TRAME | De este Lado del Andoak (2041-...)

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TRAME | De este Lado del Andoak (2041-...)

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DE ESTE LADO DEL ANDOAK
De ce Côté de l'Andoak | 2041-????

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La chaîne montagneuse de l'Andoak sépare les Provinces-Unies de la Confédération aguadorienne.

L'Aguador est une contrée aux reliefs et aux cultures variées. Principale culture et langue du pays, les hispaniques sont majoritaires au sein d'une union confédérale qu'ils tiennent par la diplomatie du Conseil depuis plusieurs siècles en assurant leur suprématie sur les sept Républiques aguadoriennes. Mais l'affront pluriséculaire qu'est la survie de la civilisation indigène occidentalisée dans la République d'Iquique, où les aymaras sont les derniers héritiers de l'empire disparu, est une preuve de la fragilité de l'hégémonie hispanique dans la Confédération. Autre État aguadorien notable, l'émergence du Karatxoa comme puissance euskale au sein d'une union initialement divisée entre indigènes et hispaniques pose la question d'une scission interne des occidentaux aguadoriens, avec le dynamisme économique de la petite République montagnarde qui menace l'équilibre inégal établi entre l'Iquique isolationniste et la suprématie de l'Alegreja, dirigée depuis Arenjuez la capitale alegrejienne et confédérale.

Les prétentions hispaniques, combinées à la résilience indigène et à la relative jeunesse de la culture euskale dans l'union, promet une acmé prochaine des tensions avec une escalade militaire entre Iquique et Alegreja et une compétition économique entre hispaniques et euskals. Démographie, économie, politique, diplomatie et militaire sont autant de domaines dans lesquels s'affrontent les trois puissances de la Confédération pour avoir la suprématie, ou du moins la tranquillité, dans une union fortement décentralisée où la souveraineté des États est la dernière arme contre les rivalités internes à la Confédération. Les menaces frontalières qui se multiplient autour de l'Aguador menacent également l'équilibre des puissances dans ce sanctuaire d'ingouvernabilité : une puissance étrangère pourrait bien faire basculer cette balance méticuleuse et faire exploser la Confédération pluriséculaire au profit des intérêts d'un autre pays. Mais les luttes internes à la petite union centre-dorimarienne lui font également oublier le monde extérieur, qui pourrait bien rappeler à l'Aguador son existence - douloureusement.


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Jungle Todermosía (Ubriera, Aguador) | 08/04/2041

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La dangereuse jungle tropicale Todermosía recouvre une importante portion du territoire aguadorien.

Tandis que les cris des primates résonnaient dans la forêt vierge, plusieurs pirogues remontaient un des affluents du fleuve Carroya, lui-même un affluent du Valacerón qu'il rejoint dans l'extrême sud de la République hispanique de l'Ubriera. Petit État majoritairement hispanophone enclavé territorialement entre les Républiques confédérales d'Iquique, de l'Alcavez, de l'Abiedo et de l'Alegreja, l'Ubriera était le pays-membre le plus pauvre de la Confédération. Outre sa pauvreté endémique, le petit État enclavé était également connu pour sa forêt vierge qui occupait la majeure partie de la vallée du Carroya et le territoire était également caractérisé par le plus important pourcentage de jungle intact de toute la Confédération. Le relief, qui était également très faible, s'expliquait par la présence de nombreux petits affluents du fleuve Carroya qui creusaient de profondes vallées dans les quelques massifs avoisinants. Sur les petits rafiots naviguant tranquillement sur les eaux troubles du Carroya, le bruit des moteurs venait rompre le brouhaha de la forêt paisible.

Rares étaient les embarcations à comprendre de la mécanique, la plupart marchant à la seule force des bras de ses passagers, mais ce n'était pas le cas des miliciens. Ces derniers, indirectement financés par le régime d'Arenjuez, semait la pagaille dans la région grâce à ces engins très mobiles qui leur servait de véhicules. Mal équipés, mal armés, les paramilitaires étaient néanmoins redoutables dans une région aussi boisée et où le terrain abrupte et ses conditions difficiles rendaient impossibles le passage de troupes régulières. Les fleuves et affluents, souvent en crue, ne pouvaient pas accueillir de navires trop importants et les rares bateaux pneumatiques autrefois utilisés par les autorités des différents États amenés à naviguer dans la zone avaient été braqués puis démantelés par les quelques cartels qui opèrent dans cette région reculée. Ces derniers n'osaient cependant pas s'attaquer aux hommes venus d'Alegreja qui, plus lourdement armés que les bandits - ce qui témoigne de leur manque de moyens -, avaient déjà infligé de lourdes pertes aux escrocs par le passé.

Se déplaçant donc sans gêne aucune dans ce territoire conquis par leurs faits d'arme, les miliciens transportaient avec eux plusieurs paquets d'un peu moins de deux mètres de long, tous entassés sur les quelques pirogues. Les moteurs à essence peinaient à tracter tout ce beau monde mais la petite troupe était arrivée à bon port : un petit point de confluence où les eaux semblaient légèrement plus profondes. Là, plusieurs des paquets furent lestés et jetés sans aucune attention apportée à la délicatesse du geste - après tout, ça n'était qu'un colis comme les mille autres que les miliciens avaient vu passer en faisant leur travail. Après s'être assurés qu'aucun des paquets lestés n'allaient remonter, les paramilitaires firent accoster leurs embarcations et ils s'enfoncèrent dans la forêt sur quelques centaines de mètres, portant encore une fois sans délicatesse aucune leurs colis, les tirant ou les tractant comme bon leur semblait sur la distance à parcourir. Une fois arrivés dans une petite clairière naturelle, ils entassèrent les sacs pêle-mêle.

Une fois le quota atteint, ils repartirent pour une autre clairière, une centaine de mètres plus loin, où un trou formé naturellement les attendait. Là, ils jetèrent d'autres colis en répétant le processus, tandis que dans l'autre clairière des miliciens s'affairaient autour d'une excavation différente qu'ils venaient de creuser. Avec négligence, les paramilitaires faisaient rouler leur cargaison jusqu'au fond du trou, les propulsant sans gêne contre les parois au risque d'en abîmer le contenu. Les sacs continuaient à être amenés dans les deux clairières, jetés dans les deux trous. Une fois les deux cavités remplies des encombrants paquets, les miliciens armés de pelles se mirent recouvrir le tout - manifestement pour dissimuler ces caches dans le sol. Une fois le sol aplani, les miliciens jetaient également quelques lianes trouvées plus loin pour rendre le tout plus crédible. Au moment de reboucher l'un des trous avec la terre qu'il venait de mettre dans sa pelle, un des soldats remarqua que quelque chose dépassait du sac, jeté avec une telle violence qu'il s'était déchiré. Sur le visage du mort étendu dans la terre, le milicien jeta un pleine pellée avec indifférence.
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Désert de Souraholdi (Karatxoa, Aguador) | 18/04/2041

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Le désert salin de Souraholdi, à la frontière txiléo-karatxoane, est une zone aride et inhabitable.

En cette matinée d'automne du mois de mars, le vent qui balayait habituellement l'immense désert de sel, endroit qui marquait dans la région la frontière avec la province txiléenne d'Ikuñoa, était absent. C'est ce silence inhabituel que le moteur de quatre véhicules blindés légers venaient de briser avec la plus grande des arrogances, leur cuirasse flambant neuve tranchant avec le désert immaculé sur lequel ces derniers roulent. Les quelques bestioles qui batifolaient dans le salar fuyaient rapidement devant l'avancée des véhicules militaires, desquels aucun signe distinctif ne dépassait, ne permettant pas de les identifier. Le désert de sel, lieu plutôt touristique pour les ikuñoans, était relativement grand et, même si l'on pouvait observer à perte de vue ses étendues salées, les rares touristes n'osaient pour autant pas s'aventurer vers l'intérieur du salar de peur de se retrouver de l'autre côté de la frontière face à la douane aguadorienne, qui était relativement hostile aux circulations humaines dans cette région frontalière.

Il faut dire que les récents agissements pro-txiléens du gouvernement karatxoan avait forcé un redoublement d'attention des autorités du Conseil confédéral, que l'Alegreja tenait d'une main ferme grâce à son influence et ses pots-de-vins internes à l'administration confédérale. Il n'était pas question pour la République d'Alegreja d'abandonner cette partie de la Confédération au Txile, encore moins quand il s'agissait de la zone la plus industrialisée de toute la région. Mais le contrôle d'une si grande frontière était impossible, surtout pour des États aussi désorganisés que les Républiques aguadoriennes, et le Txile effectuait lui-même le gros du travail de contrôle douanier tout en se faisant une terre d'asile pour les nombreux karatxoans désireux de traverser la frontière en sens inverse. Les rares habitants de la région montagneuse l'avait également désertée lorsque les fonctionnaires confédéraux avaient transformé la zone pour des raisons touristiques et frontalières, rendant de fait stérile les tentatives d'habiter dans ces très hautes montagnes.

Perché à plus de trois mille mètres d'altitude, le désert de sel de Souraholdi était un sanctuaire de solitude. Rien ne vivait sur ces terres rongées par le sel, et rares étaient les autochtones à oser s'aventurer en son centre. Seuls quelques véhicules rodés aux routes impraticables pouvaient prétendre pouvoir accomplir la prouesse inutile de traverser le salar, ce que faisaient actuellement les quatre véhicules. Arrivés à leur destination, près d'un petit talus de sel qui émergeait du reste du sol salé, les militaires arrêtèrent leur convoi et descendirent. Sur leurs bras, on pouvait distinguer trois couleurs caractéristiques des deux États frontaliers : le rouge, le blanc et le vert, couleurs euskales arborées et par la République du Karatxoa et par les Provinces-Unies du Txile. Mais le Karatxoa n'avait pas de forces armées à proprement parler, encore moins aussi bien équipés. D'un des trois véhicules sortit également un civil, vêtu discrètement sans doute dans l'espoir de ne pas attirer l'attention. L'homme paraissait de haut rang et s'approcha avec son escorte d'un autre homme arrivé avant lui, placé devant la colline de sel où ils s'étaient arrêtés.

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Txurio Ibuaga et Bartolome Landabarri

TXURIO IBUAGA | « Votre Excellence, sachez que nous sommes honorés d'accueillir le Ministre des Affaires Étrangères des Provinces-Unies du Txile sur notre sol. En tant que Lehendakari (président) de la République euskale du Karatxoa, je me dois de vous remercier pour vous être déplacé afin de me rencontrer en ce lieu qui, bien que aride, est, je trouve, magnifique. Ce sel qui s'étend sous nos pieds est un trésor pour la République karatxoane, qui, coincée dans les montagnes de l'Andoak comme nous le sommes, ne peut se permettre de ne pas profiter d'une once de son territoire au sein de la Confédération aguadorienne. Je sais que choisir un tel endroit pour un sommet officieux n'est pas très orthodoxe, autant au vu de l'exposition à tous dont nous profitons que de l'absence de commodités modernes en ces lieux reculés, mais sachez qu'ici nous sommes et serons seuls aussi longtemps qu'il nous faudra pour discuter de nos propositions respectives, je puis vous en assurez, croyez-moi. »

BARTOLOME LANDABARRI | « Bien qu'il s'agisse d'un endroit quelque peu hostile, sachez que j'en apprécie moi aussi le caractère solitaire, votre Excellence, et je ne peux que comprendre votre choix de faire cette petite rencontre accommodante en ce lieu si extraordinaire. Vous devez savoir que vos propositions ont beaucoup plus à sa Majesté Gaspar II, mais aussi au Kantziler (chancelier) Isaak Ezabal : un rapprochement txiléo-karatxoan est une occasion pour le prince et les Provinces-Unies de faire rayonner la culture euskale et son hégémonie potentielle en Dorimarie, après les quelques revers de fortune que avons connu au cours des années passées. La situation interne de la Confédération des États aguadoriens est cependant jugée inquiétante par les autorités txiléennes, et le très virulent Bautista Santángel est suivi depuis plusieurs années par nos services pour son hostilité claire à la monarchie txiléenne. Nous ne doutons cependant pas de votre volonté et de la bonne coopération possible entre nos deux États. »

TXURIO IBUAGA | « À vrai dire, votre Excellence, vous n'êtes pas sans savoir que moi-même et mon gouvernement nous sommes toujours montrés hostiles à Santángel et à son Partido Per la Victoria (PPV, « Parti Pour la Victoire ») depuis mon arrivée au pouvoir. Nous considérons également qu'au niveau confédéral les différentes démocraties sont mises en danger par la virulente République d'Alegreja et ses moyens paramilitaires dangereux qui sont déjà déployés dans le sud du pays pour nuire à la République indigène d'Iquique. Bien que nous ne portions pas les indigénistes iquiquéens dans nos cœurs, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un allié de circonstance contre Arenjuez (la capitale de l'Alegreja). Mais les Provinces-Unies sont notre principal objectif géopolitique : Goiatz (la capitale du Karatxoa) veut et doit impérativement se trouver des soutiens sur le continent dorimarien dans le conflit confédéral qui s'annonce et dont l'Alegreja semble être le principal instigateur d'après nos investigations discrètes. »

BARTOLOME LANDABARRI | « Certes, votre Excellence, nous avons nous aussi pu constater le niveau d'instabilité de l'union aguadorienne mais nous craignons que de trop grands mouvements de troupes dans la région et si proche de la frontière septentrionale puisse attirer l'attention de l'autre voisin de la Confédération. Si nous pouvons juridiquement assurer la protection du Karatxoa, sa protection effective devra se faire par la constitution d'une force militaire txiléo-karatxoane discrète et surtout défensive. Placer de l'équipement militaire txiléen offensif en Dorimarie centrale serait une opération de plus limitant la désescalade des tensions entre le Txile et l'ogre corporatiste, chose que nous ne pouvons pas nous permettre dans la politique étrangère du gouvernement fédéral actuel. En revanche, nous pouvons déjà assurer votre protection par l'envoi d'une force militaire purement défensive en plusieurs étapes mais nous auront besoin pour cela de la signature d'accords diplomatiques. »

TXURIO IBUAGA | « C'est là la partie la plus difficile, votre Excellence : pour que le Parlement karatxoan puisse signer et ratifier un traité quelconque avec un pays extérieur, y compris les Provinces-Unies, il faut que nous disposions de l'aval du Conseil confédéral qui, comme vous le savez, est essentiellement contrôlé par l'Alegreja qui obtient systématiquement les votes des autres Républiques hispaniques qui composent l'arrière-pays, malgré leur poids démographique et économique très faible. Nous avons cependant envisagé l'ouverture de négociations secrètes avec Arenjuez afin de parvenir à un accord sur la question : il nous faudra faire des sacrifices sur le plan diplomatique et économique, mais je ne désespère pas de faire entendre raison à ce borné de Santángel. Ce que nous redoutons le plus est cependant que par ses démonstrations militaires à la frontière iquiquéenne, l'Alegreja ne devienne incontrôlable et que le Conseil confédéral ne devienne plus que l'outil du régime d'Arenjuez. Mais soyez rassuré votre Excellence, nous aurons l'accord du Conseil d'ici quelques semaines. »

Après des salutations courtes et protocolaires, les deux hommes d’État se tournèrent le dos et partirent dans des directions opposées. Bartolome Landabarri devait regagner le siège de son ministère, le Palais Barradako à Donostia (province d'Axberiko), où l'attendait le chancelier Ezabal ainsi que le prince Gaspar II pour un compte-rendu sur la position du chef d’État karatxoan dans le cadre d'une possible alliance txiléo-karatxoane. De son côté, Txurio Ibuaga ne savait à quoi s'attendre : il redoutait un refus du Txile, pays ayant souvent été isolationniste par le passé y compris envers son voisin karatxoan, mais espérait néanmoins que Donostia saurait entendre l'appel à l'aide de la petite République montagnarde enclavée entre le géant txiléen et l'hostilité des Républiques hispaniques d'Aguador. Entre Charybde et Scylla, Txurio savait que des siècles d'euskalophilie avaient taillé le Karatxoa pour ce moment. Les journalistes du régime d'Arenjuez s'amusaient déjà appeler la République karatxoane la « neuvième province du Txile », surnom que le gouvernement karatxoan comptait bien faire sien.
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Delta de l'Avefría (Alegreja, Aguador) | 20/04/2041

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Le delta du fleuve Avefría est une région sauvage près de la frontière entre l'Alegreja et le Karatxoa.

Des rives du fleuve hispanique Avefría se déversait un brouhaha diffus et indistinct, les cris de primates tenant tête aux piaillements des aviens dans un concerto bruyant. Rares étaient les hommes à vouloir s'aventurer dans ces eaux piégeuses où la piraterie avait bon cours. Mais les cartels locaux n'avaient aucun levier de pouvoir contre les miliciens et autres forces de l'ordre qui patrouillaient de temps à autre la région, empruntant le seul pont qui coupait le fleuve et son delta. Certes délabré, ce dernier accueillait de temps à autres des convois solitaires et autres passagers prudents qui connaissent la région et ses dangers. Le delta, qui était le plus grand en termes de superficie brute de tout l'Aguador, était la dernière région côtière boisée où le contact humain n'avait pas encore détruit la nature. De toute façon, l'Aguador était une sorte de sanctuaire naturel où l'ingouvernabilité de ses États rendait l'urbanisation impossible, au grand dam des multinationales dytoliennes et autres firmes impérialistes.

Les capybaras et autres cabiaïs, qui proliféraient dans la région, était également très convoités par les chasseurs et braconniers locaux qui vivotaient sur cette base de braconnage. Mais ces derniers n'osaient pas s'aventurer sur le fleuve Avefría en lui-même, cours d'eau relativement large qui descendait des montagnes de l'Andoak dans l'arrière-pays, prenant sa source à différents points dans la République euskale du Karatxoa où le fleuve lui-même porte un autre nom, celui d'Hegabera. En plus d'être un énième sujet de tensions entre les deux États confédérés, le fleuve accueillait également une population majoritairement euskale sur sa rive nord et une population hispanique sur sa rive sud. Une dualité qui, comme dans le reste de l'Aguador, était le fruit de plusieurs décennies de repopulation de la zone par des familles euskales nombreuses, supplantant le substrat hispanique. La ville euskalophone d'Artza, près de la frontière confédérale avec le pays à l'ouest de l'Aguador, était un ancien fief de l’État failli du Charcas.

Sa prise en 1987 n'avait toujours pas été digérée par la population euskale, autant alegrejienne que karatxoane, et le débat sur la question de l'occupation du corridor d'Artza par les troupes alegrejiennes était encore vif. La jungle Todermosía plongeait ses racines dans les mangroves de l'extrémité du delta, et la déforestation en Alegreja n'avait pas encore atteint cette région reculée. Les industries karatxoanes, qui débordaient largement des frontières de la simple République du Karatxoa et s'étalaient sur les États confédérés limitrophes. C'est sur le seul pont qui traversait le delta que deux convois différents s'engageaient : d'un côté, plusieurs voitures noires aux vitres teintées s'engageaient sur l'ouvrage d'art tandis qu'en face d'elles, plusieurs tout-terrains boueux qui avaient dû traverser les nombreuses routes sinueuses qui descendaient des montagnes. Il faut dire que les autorités d'Arenjuez, la capitale alegrejienne, ne prêtaient pas une grande attention au bon maintien des routes vers Goiatz, la capitale karatxoane. S'arrêtant à peu près au milieu du pont, surplombant le delta, les deux convois se vidèrent de leur contenant et deux hommes se positionnèrent l'un face à l'autre.

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Txurio Ibuaga et Bautista Santángel

TXURIO IBUAGA | « Votre Excellence, je vous remercie d'avoir fait le déplacement aujourd'hui. Je vois que vous êtes bien accompagnés, mais sachez que je viens en paix, comme toujours. Nos intentions ne sont pas belliqueuses : au contraire, nous voulons nous assurer qu'en aucun cas un conflit ne puisse éclater au sein de la Confédération aguadorienne et, au vu des tensions actuelles, je ne peux qu'espérer que vous souhaitiez bien m'écouter aujourd'hui. Vous le savez très bien vous-même, Goiatz en a plus qu'assez des chamailleries alegrejo-iquiquéenne et nous savons également que le Parti Per la Victoria, votre parti, est derrière tout ça. Vous ne trompez certes personne, mais nous n'avons aucun moyen de porter ce sujet avec suffisamment de voix au Conseil confédéral, mais je peux néanmoins vous causer suffisamment de tort pour que vous vous en souveniez. Nous souhaitons juste avoir l'aval d'Arenjuez concernant la question txiléenne : l'appui de l'Alegreja au Conseil confédéral nous permettra de passer outre le veto iquiquéen sur la question de l'ouverture diplomatique. »

BAUTISTA SANTÁNGEL | « Intéressant. Vous me convoquez ici, sur le fleuve que nous vous avons arraché légitimement, pour me demander de vous le rendre ? Vous êtes l'agent de Donostia au Conseil confédéral. Votre affiliation aux Provinces-Unies impérialistes ne nous est pas inconnue, et nous n'ignorons également pas que vous pensez vous-même que le Txile est plus votre patrie que l'Aguador. Mais n'oubliez pas, señor Ibuaga, que c'est l'Aguador qui accueille votre misérable État d'exilés et d'immigrés txiléens ; il faudrait mieux que vous-même vous en vous souveniez avant de vouloir me faire la leçon sur les menaces que vous m'adressez. Ni mon gouvernement ni mon parti n'ont jamais été hostiles à l'idée de l'ouverture diplomatique, mais il faudra des concessions pour que nous donnions notre voix au projet de Goiatz. Plutôt que de n'accepter que le Txile dans notre carnet de contacts confédéraux, je suppose que nous pouvons ouvrir la Confédération à l'international, non ? »

TXURIO IBUAGA | « Je m'y attendais. Mais ne vous méprenez pas, Santángel : les puissances étrangères s'en contrefichent des intérêts du régime d'Arenjuez, et votre nationalisme hispanique pliera devant la toute-puissance des sociétés transnationales. J'espère que vous saurez discerner ce qui est bon pour l'Aguador et l'Alegreja de ce qui est bon pour vos intérêts à vous. En aucun cas le Txile ne va venir briser l'équilibre présent dans l'union, puisque la population euskale représente déjà plus d'un tiers de la démographie confédérale, et ça je pense que vous le savez déjà, tout comme vous connaissez les capacités économiques actuelles du Karatxoa qui tire tout ce beau monde vers le haut. Les Provinces-Unies, à défaut de garantir notre autonomie économique, pourraient assurer la souveraineté confédérale : d'autres pays n'hésiteront pas à revenir sur ce point si vous les y invitez comme vous souhaitez apparemment le faire avec certaines puissances susceptibles de venir vous soutenir par humanisme. »

BAUTISTA SANTÁNGEL | « Vous ne semblez pas voir, peut-être est-ce par aveuglement, peut-être volontairement, que les Provinces-Unies sont un État impérialiste affilié à une monarchie qui a déjà fait des siennes dans l'archipel des îles Paskoak en conquérant sentimentalement l'opinion publique insulaire. Mais l'Aguador ne se laissera pas faire face à la puissance txiléenne ! Nous n'avons nous non plus aucune vergogne pour nous dégoter des alliés certes impérialistes mais en tout cas pas aussi médiocres que la « première puissance euskale ». L'hispanité de la Confédération triomphe déjà : les hispaniques représentent plus de la moitié de la population confédérale et ne se laisserons pas déborder par le vassal du Txile dans nos propres frontières. Méfiez-vous de ceux qui jouent avec le feu, Presidente Ibuaga : l'ouverture diplomatique par le Conseil confédéral ne vous sera pas bénéfique. Donostia a d'autres idées derrière la tête que soutenir un petite République euskale perdue dans les montagnes dorimariennes, croyez-moi. »

Alors que son interlocuteur se préparait à répondre au chef d’État alegrejien dans la langue de Cervantes, ce dernier tourna les talons et se dirigea vers les hommes de son convoi, qui l'attendaient quelques mètres plus loin. Après que le tempétueux hispanique eut regagné son véhicule aux vitres opaques, Txurio Ibuaga se dirigea lui aussi vers ses hommes de main. La rencontre n'avait pas été un échec mais n'était pas non plus un franc succès : dans le simple objectif de nuire à l'Iquique isolationniste, l'alegrejien avait accepté de négocier l'ouverture diplomatique totale de la Confédération aguadorienne. Il restait encore à faire voter la motion par le Conseil confédéral, mais cela restait relativement faisable étant donné qu'Ibuaga avait désormais avec lui l'appui des États hispanophones de l'union. L'Iquique passera à la trappe, pensa Txurio, mais l'opinion d'une petite République indigéniste de Dorimarie centrale importait peu pour le karatxoan. Il avait tapé un coup inédit dans la fourmilière confédérale.
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Plaine de Guadazapela (Alegreja, Aguador) | 05/05/2041

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La plaine de Guadazapela traverse la République hispanique d'Alegreja et alimente toute l'union.

Plaine sèche et fertile s'étalant des montagnes de l'Andoak à l'ouest jusqu'à la vallée du Río del Oro à l'est, la plaine de Guadazapela était brumeuse en ce début de saison sèche dans l'hémisphère sud. Les étendues verdoyantes mais hostiles de la plaine s'étiraient jusqu'à l'horizon, où le soleil du petit matin peinait à percer les épais volutes portés par les vents septentrionaux depuis les cimes voisines. C'est dans ce climat austère qu'évoluait une petite colonne de soldats, tous grimés d'uniformes dépareillés et d'un équipement militaire sommaire qui se résumait à des protections surannées et un fusil à l'enrayage certain. Ce petit groupe homogène avançait avec une discrétion qui faisait s'envoler les quelques oiseaux présents dans le matorral. De toute manière, ça n'était pas dans leurs ordres de faire dans la dentelle. Les préparatifs s'intensifiaient dans cette partie de la plaine, où les groupes paramilitaires avaient un règne sans égal grâce aux bons intérêts du régime d'Arenjuez.

En effet, à la capitale, on voyait d'un bon œil la mise en place de milices pour assurer la supposée défense du territoire de la République d'Alegreja, quand bien même ces organisations n'obéissaient plus qu'aux dignitaires du Partido Per la Victoria (PPV, « Parti Pour la Victoire »), le parti politique national-libéral au pouvoir depuis plusieurs décennies. Le difficile maintien d'effectifs militaires réguliers sur l'ensemble des frontières alegrejiennes, garnison qui se faisait au détriment du reste de l'appareil politico-militaire d'Arenjuez, avail été supplanté par le chaos des paramilitaires, qui faisaient feu de tout bois dans cette région méridionale de la Confédération tout en dédouanant le régime de Bautista Santángel par la même occasion. Troupes faiblement équipées mais combattants irréguliers aguerris, les miliciens frappaient souvent la frontière alegrejo-iquiquéenne parfois en rasant des villages entiers. Des techniques sanglantes, qui avaient cependant l'effet voulu sur la population indigène local : la faire fuir de l'autre côté de la frontière et pousser l'Iquique à l'agression.

Des techniques d'harcèlement qui avaient fait leurs preuves jusque-là, puisque le Piqi (le président iquiquéen) Wayta Quelka Hualla, dit « WQH », avait fustigé à plusieurs reprises le bellicisme des troupes d'Arenjuez, sans pour autant pouvoir prouver l'implication directe du régime présidentiel alegrejien dans les exactions des paramilitaires sur son propre territoire. Des conflictualités qui culminaient la plupart du temps par des incursions miliciennes au sein du territoire iquiquéen, dans la vallée du Río del Oro, expéditions punitives auxquelles Viru Viru (la capitale iquiquéenne) répondait par une intervention frontalière de la Jaljayaña, la pléthorique armée iquiquéenne. Ces altercations, qui s'achevaient le plus souvent par le recul des milices sur le territoire iquiquéen après moult affrontements sans réelles pertes humaines. Tout ce petit manège prenait place depuis un moment mais s'opérait à petite échelle pour limiter l'impact confédéral des opérations paramilitaires transfrontalières.

Cette fois-ci, les miliciens avaient reçu des ordres inédits. Se réunir n'était pas dans la tradition des paramilitaires qui opéraient depuis plusieurs années en totale séparation entre chaque groupe, et la volonté de l'état-major constitué des milices avait surpris nombre de chefs locaux, qui voyaient dans cette centralisation soudaine la décision de mettre à mal la sécurité confédérale et iquiquéenne. Matériel militaire et hommes s'entassaient dans des campements protégés des regards indiscrets, perdus en plein milieu de la pampa sèche aguadorienne. Tout ce mouvement risquait d'attirer les oreilles et autres yeux indiscrets de l'union, mais le Conseil confédéral comptait déjà mettre en place des commissions pour la surveillance de la frontière alegrejo-iquiquéenne : l'Alegreja jouait contre le temps en freinant des quatre fers les procédures confédérales tout en avançant ses pions dans la plaine de Guadazapela. Les miliciens lambdas ne se doutaient cependant pas de l'ampleur de ce qui se préparait autour d'eux.
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