RP | Vie aux Ménechmes

Lot 70
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Penser l’après-pétrole (1)
Mai 2038

Le boom pétrolier qui s’était produit au début du mois a pris par surprise le paisible royaume insulaire des Ménechmes, qui vit depuis des décennies sur la rente de l’or noir. Cernés à l’est par les deux géants - Hachémanie et Kars – les Ménechmes ne pouvaient guère rivaliser avec sa production sur le contrôle du cours mondial. L’après-pétrole s’imposait dans le « débat public » si tant est qu’on puisse le nommer ainsi dans cette oligarchie féodale, non pas pour des raisons énergétiques – l’indépendance était plus qu’assurée – et encore moins environnementales, que pour des raisons économiques. L’avenir de l’archipel et de tous les nobles et bourgeois qui brûlaient la chandelle par les deux bouts, en dépendait.

Agathángelos Eliadès, 33 ans, était l’un d’eux. Cousin du Baron Séryios de Koryvos, ce riche industriel avait épousé Ariana Magnor, 30 ans, une Amarantine qui avait trouvé refuge dans le pays il y a quelques années avec sa mère, Kleopatra, devenue Baronne de Cosernos. Un mariage plus de raison que de cœur – même si sa nouvelle femme était une jolie plante couronnée Miss Univers en 2033.

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L'amarantine Baronne Kleopatra de Cosernos, la nouvelle belle-mère d’Agathángelos,
a scellé un mariage d’intérêt avec un haut-fonctionnaire du Conseil exécutif,
qui a pu mettre la main sur le stock de missiles balistiques


Si ses dividendes dans des industries de la pétrochimie ménéchméenne avaient doté Agathángelos d’une grande fortune, cette rente risquerait de baisser d’au moins de moitié, le baril étant passé de 103 $ à 68 $ en l’espace de quelques mois. Il n’était bien sûr pas le seul à être touché par cette situation. Son cousin, le baron de Koryvos, comptait aussi sur les rentrées fiscales du pétrole pour administrer son fief. Se trouver une nouvelle source de revenu s’imposait comme une nécessité. Une société militaire privée, terme moderne pour « mercenariat », était un projet. Celle-ci serait destinée à opérer à travers le monde, pour le plus offrant, sans autre visée politique que celle d’enrichir la dynastie. Les institutions ménechméennes le permettaient. En plus des nobles et des barons, les riches roturiers ou prétendants pouvaient posséder leur propre « armée », plus ou moins importante, car la guerre reste dans l’archipel un moyen normal pour régler un conflit ou conquérir un fief. Mais Agathángelos partait de zéro.

Sa nouvelle belle-mère, la Baronne Kleopatra de Cosernos, avait épousé un ancien haut-fonctionnaire amarantin qui travaillait auprès du Conseil Exécutif, avant la chute de la Ligue. Répondant au nom de Konrado, il avait en vain tenté de rapatrier aux Ménechmes seize missiles balistiques qu’il avait sauvées de l’apocalypse amarantin pour doter la nouvelle armée privée d’un premier arsenal. La cargaison avait cependant été saisie par les autorités douanières royales. Le cousin d’Agathángelos est en odeur de sainteté auprès de la famille royale… il espérait ainsi jouer de ses relations pour que le Roi consente à lui laisser la marchandise. C’était cependant loin d’être gagné : le baron de Koryvos avait juré fidélité au Comte Ignátios de Zogrerekas qui craignait de voir l’un de ses vassaux augmenter en puissance, voire s’émanciper militairement. Et le Roi n’était pas très à l’aise de voir son propre comte vassal contrarié par une de ses décisions…

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Le mercenariat espère devenir la pierre angulaire de l’économie ménechméenne de l’après-pétrole.

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De retour du Thorval
Juin 2038

Anatólios s’était rendu au cimetière de Syradonia pour rendre un dernier hommage à son frère mort il y a un an, presque jour pour jour. Considéré comme la honte de sa famille avoir été absent à l’enterrement, Anatólios n’avait cessé, pourtant, de prier pour l’âme de son frère. Il n’avait par ailleurs pas envie d’assister au bal des hypocrites lors de la cérémonie, où les nobles un à un lui auraient présenté des condoléances peu sincères. Et de toute façon, logistiquement, il n’aurait pas pu y assister. C’est que Anatólios avait pris ses quartiers au Thorval depuis maintenant deux années. Le temps que la nouvelle de la mort de son frère lui parvienne et le temps qu’il rejoigne son pays natal, il aurait été enterré depuis plusieurs jours.

Ce tragique événement avait toutefois été compensé par un autre : en avril dernier, il avait épousé la belle Marie III de Thorval et avait consommé le mariage le soir-même comme le voulait la tradition. En l’histoire de quelques mois, Anatólios avait vécu plus de choses que durant toute sa vie où il a été relégué au simple rôle de puîné, tout juste bon à faire de l’équitation pour passer le temps. Le faste ménechméen l’ennuyait, voire l’émasculait. Il était timide, n’osait pas s’approcher de la gente féminine, craignait les hommes plus imposants que lui. Mais le Thorval lui a permis de devenir un homme. Les premiers mois furent exténuants : simple écuyer d’un noble du royaume, il peinait à approcher la Reine du Thorval, la Reine-mère s’interposant entre les deux amants à chaque occasion. Et surtout, Marie avait déjà été promise à un autre, qu’il a triomphé au terme d’un duel.

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Anatólios de Syradonia
Baron de Syradonia
Roi consort du Thorval


Ces périples l’avaient renforcé, malgré lui. Loin était le temps où il avait peur de se rendre à la selle pour ne pas affronter la lugubre obscurité et les loups qui pouvaient rôder autour. En l’histoire de quelques mois, il avait gagné en musculature, savait parler correctement le thorvalois, s’était marié et avait perdu son pucelage. Bientôt d’ailleurs, deviendrait-il père et son enfant montera sur le trône de Thorval. Son air, plus farouche, était aussi empli d’une immense fierté qu’il n’aurait jamais acquise s’il était resté aux Ménechmes, aux ordres de son père, le Comte de Kavaloniki. Une dernière pièce manquait à son puzzle : son titre de baron, qui lui revenait de droit après la mort de son frère, était toujours aux mains de sa sœur aînée Magdaliní qui assurait la régence. Cette dernière méprisait Anatólios, surtout en raison de son absence à l’enterrement, et elle espérait bien le devoir déshérité de son fief de Syradonia à son profit. D’ailleurs, on commençait à l’appeler « Baronne Magdaliní » ces derniers temps. Le retour au bercail s’apparentait toujours à la parabole christique du fils prodigue : lorsque le Comte de Kavaloniki revit son fils Anatólios, c’était un tout autre homme qu’il rencontrait. Plus précisément, ce n’était plus un garçon mais un homme qui se présentait en face de lui. Anatólios n’eut donc guère de mal à récupérer son titre, d’autant que le paternel était trop peu fier d’associer le nom de la Maison Katsaros à la famille royale thorvaloise, en dépit des divergences culturelles importantes.

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Musulmans des Ménechmes (1)
Janvier 2039

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Sur le port de plaisance d’Ampelopolis, des touristes affluaient pour profiter de la douceur hivernale des Ménechmes. Ici, le thermomètre ne descendait presque jamais en-dessous du zéro et certains osaient le débardeur et le short par 18°C. Une mosquée à peine plus grande que le café qui lui faisait face surveillait la Cérulée. Construite au XVIe siècle par des envahisseurs turciques, elle était aujourd’hui une attraction touristique comme une autre. Le Baron d’Ampelopolis, loin d’être halal – d’aucuns diront qu’il fait partie de la jaquette malgré son mariage avec la Comtesse de Torrepolis – n’avait pas pris la peine de sanctuariser le site. Les soirs d’été, les touristes éméchés venaient y uriner, laissant leur bière sur les rebords en vieilles briques. La mosquée était à l’image de la communauté musulmane de l’archipel, on tolérait sa présence, elle se fondait dans le décor comme n’importe quelle bitte d’amarrage. Et de toute façon, les Ménechmes n’avaient pas encadré leur activité touristique, qui s’est développée dans l’indifférence d’un roi incompétent et insoucieux.

Orgueilleux comme des rois justement, les musulmans qui rappellent à qui veut l’entendre qu’Allah leur a révélé qu’ils étaient meilleurs que tous les autres préfèrent manger leur chapeau aux Ménechmes. Ils ne sont pas chez eux et ils ne le seront jamais. Ils sont à peine 50 000 sur une population d’un million d’habitant, et l’ascension sociale est impossible. Leurs revendications d’une meilleure reconnaissance restent totalement inaudibles : « Vous avez joué, vous avez perdu. » se contente de leur rappeler le royaume féodal rechristianisé, où tout se joue au mérite, pierre angulaire du système féodal. Pour fédérer les troupes sous le drapeau du croissant et de l’étoile, les musulmans ne peuvent donc même pas jouer de leur position victimaire car victimes, ils ne le sont que dans leurs fantasmes, les Ménechméens retenant avant tout qu’ils ont été envahisseurs. Point de conflit de civilisation ou d’impérialisme ici.

Surtout, ils ne sont pas les seuls à subir encore en 2039 le régime inique, rigide et sans avenir qui régit le Royaume des Ménechmes. Leurs compagnons d’infortune, susceptibles de mener la révolte, sont chrétiens et ne vont pas parader sous le même drapeau de la rébellion. Ergun, le tenant d’un kebab non loin de la mosquée, s’est d’ailleurs fait une raison : cet archipel est voué à l’immobilisme. Se contentant de la rente pétrolière, de vendre des hectares à – cette fois-ci, on le peut dire – des impérialistes ennissois, exclu de la Route de la Soie porté par les grandes puissances musulmanes orgueilleuses, il pourrait rejoindre ses frères opprimés de Cybistrie, sous le joug de nationalistes. Mais qui va assurer le service de demain midi ?

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La part du lion gaélique (1)
12 février 2039

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Dans l’arrière-pays de Korolos, les Ennissois avaient pris possession de leur nouveau fief. Ces nouveaux vassaux du Roi étaientsans armoiries et n’avaient pas officiellement prêté serment, mais ils l’étaient de facto, jurer fidélité et protection à la Maison Paganos, qui règne sur l’archipel. C’était toutefois un aveu de faiblesse pour le Roi, contraint de céder une partie du domaine royal – en l’occurrence la baronnie de Perarekas qu’il a accordée à sa fille – à une puissance bien étrangère. Par ici, on était peu habitués à voir des cheveux roux, le visage blanc tacheté, déambuler comme s’ils vivaient au pays depuis des décennies. À l’évidence, il ne s’agissait pas de touristes et d’ailleurs, le soleil incommodait certains bidasses, dont la peau était enflammée.

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Localisation de la base militaire ennissoise


Nul ne pensait devoir mettre de la crème solaire au mois de février et d’ailleurs, c’était un cosmétique qui n’était pas souvent en vente dans les supermarchés Ó Súilleabháin Siopaí, la principale chaîne de grande distribution en Ennis. Le tapis rouge avait été déroulé pour ces roux qui se pavanaient avec leur fusil d’assaut. Georgia, veuve de 84 ans, dont la petite maison vétuste se situait à quelques kilomètres de la base, regardait le paysage qu’elle connaissait par cœur depuis plus de 60 ans évoluer de la sorte. Les petits bateaux de pêche avaient cédé leur place à des bâtiments navals de guerre, certes bien plus visibles pour la vieille dame dont la vue se réduisait à peau de chagrin, mais nettement moins romantiques. Au chant du coq s’étaient substituée la sirène, appelant tous les militaires ennissois dès six heures du matin et retentissant dans tout l’arrière-pays. Nettement moins romantique là encore.

Si Georgia avait conscience que cette époque n’était plus celle de sa jeunesse, elle gardait sa bonhommie et ses rituels. Levée avant l’aube, avant même les rouquins, elle s’attelait comme tous les jours à sa prière du matin devant sa vieille idole christique dont les couleurs avaient été altérées par l’épreuve du temps, avant de nourrir son modeste poulailler. Sa maigre pension de veuvage, couplée à sa propre retraite de femme de ménage, ne lui permettaient pas de lui offrir les rénovations dont sa maisonnée avait besoin. Et encore moins de « voir du pays ». Mais elle savait se contenter de plaisirs simples et celui de pouvoir jouir d’un toit et d’un jardin en était un, inestimable. Pourtant, en ce 12 février 2039, proposition lui était faite de « voir du pays ». Loin d’être une proposition, c’était une injonction.

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Georgia


« Non, vous ne me dérangez pas, je suis levée depuis longtemps. Je vous sers quelque chose ? » propose-t-elle encore aux deux soldats venus toquer à sa porte dès l’aube, justement. L’un portait les armoiries ménechméennes, celles de l’autre étaient méconnaissables pour la vieille dame mais sa peau et sa couleur de cheveux trahissaient ses origines gaéliques. Le fait est que la maison de Georgia, aussi petite et vétuste soit-elle, était maintenant située en zone ennissoise, et s’y exerçait le principe d’extraterritorialité. Située en hauteur, la maison de Georgia, aussi petite et vétuste soit-elle, donnait un panorama privilégié sur les activités de la base. Une situation « stratégiquement inadéquate » selon la novlangue militaire, la base devait être à l’abri de tous les yeux, y compris les plus petits et vétustes comme ceux de la vieille dame. Le soldat ennissois, qui ne pipait pas un mot d’hellène, se contentait de sourire à la petite mamie comme pour lui signifier combien il était désolé mais qu’il « obéissait aux ordres ». Peu importe si l’ordre manquait évidemment de pertinence, on ne demandait pas à un militaire de réfléchir. En compensation, Georgia se voyait offrir un petit studio tout rénové à Korolos, qui coûtait le double de sa vieille bicoque qui, aussi petite et vétuste soit-elle, survivra difficilement aux engins de démolition prévus dès le mois d'avril. La vieille dame acquiesça, tout en vaquant à ses occupations domestiques. Les soldats lui donnaient généreusement jusqu’à l’arrivée du printemps pour faire ses bagages et « voir du pays » à Korolos, au même moment que les touristes étrangers d’ailleurs.

Georgia devait obéir aux ordres, mais la différence avec les deux bidasses qui buvaient actuellement du café sur sa vieille table en bois, c’est qu’obéir aux ordres ne constituait pas son métier. Le soldat ménechméen continua de détailler les différents détails administratifs : si besoin, une aide lui sera fournie pour déménager, ses enfants ayant tous quitté les Ménechmes vers des pays qui offraient plus d’opportunités. « Vous ne voulez pas prendre de notes ? » lui conseilla le soldat, qui voyait la petite mamie préparer l’eau pour laver la vaisselle. « Non, j’ai une très bonne mémoire. » répondit-elle. Soit. Les soldats saluèrent poliment la vieille dame pour sa compréhension – « Merci pour le café, Madame ! », lui promettant de couler des vieux jours heureux dans le tumulte de la capitale ménechméenne. La perspective, étonnamment, n’avait pas l’air d’enchanter Georgia, qui manquait visiblement de « compréhension ». Après le départ des soldats, elle s’attela à ses rituels quotidiens. Prendre son cachet pour dormir en était un, une fois le soir venu. Mais cette fois-ci, elle avait envie de « voir du pays ». Elle multiplia la dose par dix-sept, c’est-à-dire d’autant de cachets qu’il restait sur la plaquette. Le reste ne changea pas : après sa prière du soir, profitant du coucher du soleil, restant imperturbable à l’agitation de ses nouveaux voisins, elle se saisit de ses deux crochets de couture pour continuer son ouvrage, assise sur une chaise extérieure, adossée à la maison. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers. Elle répéta l’opération des dizaines, voire une centaine de fois. Sa dextérité acquise au fil des années lui permettait de garder une importante cadence. À côté, les poules se préparaient elles aussi à dormir. Le geste devint plus lent, moins précis. Une maille à l’endroit… et les deux crochets qui tombent sur les genoux. La tête de Georgia vacilla quant à elle sur la droite. Demain, elle ne se réveillera pas à l’aube.

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Cazinou
Soirée du 16 au 17 octobre 2040

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Valentin Tătaru (au centre) entouré de son acolyte Nae Sturdza (à gauche) et du gérant du casino Grigoris Mastrolis (à droite)

Au Casino du Vermillon, la salle de jeu était comble mais rien qui ne pouvait empêcher Nae Sturdza de faire le pitre, en coinçant une cigarette dans la fausse bouche métallisée d’un robot croupier qui continuait son manège programmé à l’avance comme si de rien n’était. « Rien ne va plus, les jeux sont faits » annonce l’androïde, sans boucher les lèvres, en gardant la cigarette de Nae dans la bouche. Le Valdaque, amusé par la situation, la filma via son smartphone sous l’œil désapprobateur de son vieil ami et patron, Valentin Tătaru, qui buvait son verre d’ouzo – un alcool local – en compagnie du gérant du casino qui n’appréciait guère non plus ce comportement puéril. Au retour de ce dernier, Valentin montra son agacement :

Valentin Tătaru
Membre de l'Echipa de Cernavoda et actionnaire du Casino du Vermillon

« Arrête de faire le con, tu n’es pas à Cernavoda ici, je n’ai pas envie qu’on nous voit comme des clowns. En plus, tu sais combien m’a coûté cette merde de robot qui distribue des cartes ? »

Nae Sturdza
Bras droit de Valentin Tătaru

« Désolé, Vali. Je voulais marquer le coup, ça fait tellement longtemps qu’on bosse sur ce projet, j’avais besoin de décompresser un peu, tu vois. »

Valentin Tătaru
Membre de l'Echipa de Cernavoda et actionnaire du Casino du Vermillon

« Tu décompresseras quand on aura fini. Bon, Grigoris, ça fait une heure maintenant… Où est-elle ? Tu es sûr que ce n’est pas celle qui a des yeux vairons ? »

« Elle », c’était Elpída de Tyrnanikon, la fille du baron détenteur du fief du même nom. À 32 ans, la jeune rentière était toujours célibataire et dans un royaume féodal où les alliances politiques se faisaient au gré des mariages, ce célibat ne manquait pas de faire les choux gras de la presse.

Grigoris Mastrolis
Gérant du Casino du Vermillon

« Non, crois-moi, si tu l’avais rencontrée, tu t’en souviendrais… Elle a un caractère bien trempé… Je crois que c’est elle, là-bas, à la table du black jack. »

Nae Sturdza
Bras droit de Valentin Tătaru

« Je vais te donner quelques conseils. Le truc avec les femmes, c’est que… »

Valentin Tătaru
Membre de l'Echipa de Cernavoda et actionnaire du Casino du Vermillon

« Arrête ton char valdaque, Nae. Tu es un grand parleur mais à Cernavoda, les seules gitanes que tu roulais, elles étaient en maïs et tu les fumais coup sur coup avec ton chômeur de père. D’ailleurs, éteins-moi ta clope, tu sais que j’ai horreur de la fumée. À la place, garde nos places chaudes, je vais aller à sa rencontre. Girgoris, tu nous feras la traduction. »

Le bras droit s’exécuta et écrasa sa cigarette dont il balança le mégot à terre sur le tapis vermillon flambant neuf. Valentin Tătaru referma son veston, comme il le faisait systématiquement avant de s’adresser à une femme. Surnommé « Furnica » – « la fourmi » – en raison de sa petite taille, il n’était pas à court d’astuces pour se donner une plus grande stature.

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Elpída de Tyrnanikon


La noble manifesta un certain dédain au moment où les deux s’avancèrent et reluqua entièrement le Valdaque actionnaire du casino. Son gérant, qui maîtrisait l’hellène comme le valdaque, fit les présentations.

Elpída de Tyrnanikon
Fille du Baron Níkandros de Tyrnanikon

« Vous voulez que j’épouse ça ? Il ne m’arrive même pas à l’épaule ! »

Valentin Tătaru
Membre de l'Echipa de Cernavoda et actionnaire du Casino du Vermillon

« Qu’est-ce qu’elle dit ? Je ne comprends rien ! »

Grigoris Mastrolis
Gérant du Casino du Vermillon

« Oh, elle s’ennuie juste un peu mais elle a hâte de faire connaissance avec toi. Mais entre nous, ne t’inquiète pas. Malgré ses grands airs de princesse, elle est fauchée comme les blés. »

Valentin Tătaru
Membre de l'Echipa de Cernavoda et actionnaire du Casino du Vermillon

« Ah ? Bon… Et puis, elle n’est pas si canon. J’ai mes chances. »

La Ménechméenne fouilla son sac à main après son portefeuille. Celui-ci était rempli de billets verts de différentes coupures. 5, 10, 20, 50 « couronnes de Mallonnès » qui intriguèrent Valentin.

Grigoris Mastrolis
Gérant du Casino du Vermillon

« Elle tient une petite imprimerie non loin d’ici, elle dit qu’elle a répondu à une commande d’un Santognais, Alban de Mallonnès qui veut avoir un avant-goût d’une monnaie locale qu’il voudrait créer en concurrence avec la pistole, mais qu’elle n’est pas satisfaite du résultat. Elle demande si tu peux l’aider à sophistiquer ses machines comme tu l’as fait pour le casino. »

Valentin Tătaru
Membre de l'Echipa de Cernavoda et actionnaire du Casino du Vermillon

« Oui, ce n’est pas un problème. Je le ferai après notre lune de miel. »

En gentleman, Valentin se pencha pour faire une baise main à sa future épouse, qui le laissa faire en soupirant et en dirigeant son regard ailleurs dans le casino.

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La part du lion gaélique (2)
5 mars 2041

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Sa Majesté Timotheos III des Ménechmes observait le portrait accroché dans son bureau, où il figure représenté avec son fils aîné, l’héritier du royaume. Un silence de plomb régnait dans la pièce : seul l’agaçant bruit du stylo plume avec lequel le roi jouait perturbait l’atmosphère. Autour de lui, son athlétique fils héritier de dix-sept ans, se tenait debout les mains dans le dos. Un jour, il bénéficiera du privilège d’être assis dans cette pièce. Assis nonchalamment sur son siège, il attendait le retour du Chef d’état-major des armées ménechméennes, avec la conviction qu’il agissait dans l’intérêt de la perpétuation de la lignée. Deux autres gardes royaux, chacun disposés dans un coin du bureau, se fondaient dans le décor, immobiles et aucunement perturbés par le bruit du stylo. On toqua à la porte, l’un d’eux l’ouvrit. C’était le général Stavratos… enfin !

Sa Majesté Timotheos III des Ménechmes
Roi des Ménechmes

« Alors ? Tout est prêt ? »

Général Stavratos
Chef d’Etat-major des armées ménechméennes

« Oui, Votre Majesté, le missile est prêt à être lancé, nous n’attendons plus que votre accord. »

Sa Majesté Timotheos III des Ménechmes
Roi des Ménechmes

« Mon accord ? Je vous l’ai déjà donné ! »

Général Stavratos
Chef d’Etat-major des armées ménechméennes

« Pardonnez-moi, Votre Majesté, avec tout le respect que je vous dois, êtes-vous sûr que c’est une bonne idée ? »

Sa Majesté Timotheos III des Ménechmes
Roi des Ménechmes

« Exécutez l’ordre avant que je ne vous limoge. »

Le Général n’osa pas s’aventurer davantage sur le terrain de la contestation et confirma l’ordre depuis le bureau royal, avant s’en éclipser. Le Roi cachait mal son anxiété, il n’avait pas l’habitude d’endosser son rôle de chef militaire, surtout quand il s’agissait de toucher une cible étrangère. Mais il était convaincu du bienfondé de sa décision : dans peu de temps, des missiles allaient s’écraser sur le porte-avions déployé par la LIM, au large de la Dranavie. Les Ménechmes ne pouvaient pas se permettre de perdre un autre potentiel allié dans cette région, où il était coincé entre les marxistes ölanais et les musulmans karsais. Les sujets du royaume doutaient de plus en plus de sa capacité à régner et s’il n’avait pas l’appui des militaires ennissois, il aurait été destitué depuis longtemps. Endosser le nouveau le costume de chef des armées permettrait de réunifier les vassaux et le peuple autour de sa personne. Les conséquences, pourtant, pouvaient être désastreuses et il savait que même le pacte défensif conclu avec la République de Santogne ne suffirait pas. Forcastel défendrait peut-être les frontières du royaume, elle ne défendra aucunement son maintien sut le trône. Le Roi jeta un œil à sa progéniture, dont les yeux étaient maintenant rivés sur son très onéreux smartphone, ce qui provoqua l’agacement de celui qui endosse cette fois-ci la casquette de père :

Sa Majesté Timotheos III des Ménechmes
Roi des Ménechmes

« Je t’ai déjà dit de ne pas utiliser ton téléphone ici ! Range-moi ça tout de suite. »

L’adolescent s’exécuta sans un mot après avoir commenté une photo de lui-même sur les réseaux sociaux où il apparaît torse nu. Il trouvait que son père était un peu vieux jeu et qu’il devrait bien au contraire se créer un profil s’il voulait que les Ménechméens l’apprécient de nouveau.

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Quelques minutes à peine après la mise à exécution de l’ordre, un autre bruit – d’aucune mesure avec le tintement du stylo-plume du Roi, résonna. Le prince héritier en fit tomber son téléphone portable sur le sol et le Roi lui-même sursauta. C’était le bruit d’une explosion. Il regarda au travers de la fenêtre, c’en était bien une : le missile venait d’être intercepté, laissant une imposante fumée noire se déversant dans l’océan. Les deux gardes, alertes, bloquèrent les issues du bâtiment et ne laissèrent entrer que le général, qui accourut, tel un oiseau de malheur, annonce la nouvelle :

Général Stavratos
Chef d’Etat-major des armées ménechméennes

« Votre Majesté ! Le missile a été intercepté ! »

Sa Majesté Timotheos III des Ménechmes
Roi des Ménechmes

« Ne dites pas quelque chose que je sais déjà ! Comment le missile a-t-il pu exploser ? Vous avez suivi toute la procédure ? Vous avez vérifié que ça ne venait pas de notre DCA ? Ça ne peut pas être nos ennemis, on les aurait repérés ! »

Général Stavratos
Chef d’Etat-major des armées ménechméennes

« Non, Votre Majesté, effectivement… On m’apprend que le missile a été intercepté par la base ennissoise… »

Le Roi resta bouche bée face à cette découverte, s’appuya sur le dossier de son siège et cessa net de jouer avec son stylo-plume. Toujours aussi silencieux, le Prince héritier se pinça les lèvres et regarder son père. Aura-t-il seulement la chance de s’asseoir à sa place un jour ?

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Message par Sébaldie »

Fidélité au Roi
10 mars 2041

Le tableau suivant présente la fidélité des vassaux à l'égard du Roi actuel. À des fins de compréhension, il est représenté par un taux, qui n'a cependant aucune existence dans le réel.

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Message par Sébaldie »

Aristotelis Ballakis (1841-1916), l’artiste à la cataracte
Histoire | Peinture | XIXe siècle

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Photographie d’Aristotelis Ballakis en 1879, à 38 ans


La seconde moitié du XIXe siècle aux Ménechmes est marquée par un certain élan de l’activité artistique, impulsé le Roi Emilios IV, qui régna entre 1856 et 1884 sur l’archipel, connu pour son intérêt pour les arts picturaux. À l’heure où l’on questionne la place de la peinture à l’époque de la photographie naissante, un grand nombre de peintres hellènes tentent de se faire une place auprès des cours des vassaux, qui s’imposent comme seuls mécènes. Né d’une famille de bergers, Aristotelis Ballakis s’essaie au dessin au fusain à l’abri du regard de ses parents, aux côtés des moutons de la bergerie. Il dessine alors des scènes banales de sa propre vie, les paysages, les plantes et animaux qu’il côtoie. C’est un simple dessin d’un chat sauvage qui attirera l’œil du Comte de Megaloniki, qui lui offre comme à d’autres jeunes l’opportunité de faire ses preuves avec un pinceau, où on lui demande de mettre sur toile des scènes plus nobles, religieuses et historique. Sans la moindre éducation, il laisse courir son imagination. Le résultat est si convaincant qu’il reçoit du noble un montant de 15 dragmes par tableau réalisé, soit l’équivalent de deux mois de revenus. Aristotelis n’en fera rien, la somme est directement envoyée à sa famille pour compenser son absence et c’est en tant qu’indigent qu’il exerce son art dans les ateliers de Megaloniki, loin des ors de la cour. La concurrence est rude et le peu de témoignages qu’on a de l’artiste prouve qu’il était régulièrement victime de migraines ophtalmologiques à force de peindre, de concentration intense et de nuits blanches. Des photos de lui, trentenaire, réalisées dans les années 1870, le montrent en outre avec un strabisme assez prononcé et les yeux très cernés.

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L'Incendie du Maragotis, peint en 1878 (à gauche) et en 1909 (à droite).


Sa représentation de l’Incendie du Maragotis, une puissante frégate corsaire appartenant à la marine ménechméenne à fin du XVIIIe siècle, lui donnera une certaine notoriété et reconnaissance auprès de la noblesse, ce qui lui permettra de bénéficier d’une situation assez confortable jusqu’à ses cinquante ans. Mais avec l’âge, ses problèmes de vue s’intensifient. Il distingue de moins en moins les couleurs, les formes, sa sensibilité à la lumière lui rend la vie impossible. Son incapacité physique à répondre aux commandes de la petite noblesse le met hors-jeu. Vivant sur ses rentes, il vendra à des sommes modiques ses tableaux aux commerçants étrangers qui font escale au port de Korolos. Lui est atteint d’une cataracte précoce, une opacité progressive du cristallin, qui filtrera les couleurs les plus courtes en longueur d’onde (bleus, violets) pour laisser passer surtout les rouges et les jaunes. Il ne parvient plus à peindre les expressions faciales. En 1905, voilà plusieurs années qu’il n’y a plus le moindre mécène aux Ménechmes, aussi bien pour lui que pour les autres artistes. Il tente de reproduire sa principale œuvre, L’Incendie du Maragotis, dont il avait gardé une copie. Ce travail est très fastidieux, très décourageant, et il ne cessera d’arrêter et le reprendre. Avec le temps, il finit par accepter son handicap et se refusera de jeter sa toile achevée en 1909, après quatre ans de labeur. Il meurt dans l’indigence sept ans plus tard. Achetée 2 dragmes en 1910 par un marchand lébirien, la toile en vaut aujourd’hui près de 550 000, plus cher encore que la version de 1878.

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