Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

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Zaldora
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Re: Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

Message par Zaldora »

Les lignées de Mótsognir (1).
23 décembre 2040,

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Sigfreðr, d'ascendance bourgeoise, ayant fuit se réfugier à la campagne, entrain
de se rendre à la réunion des conjurés organisée au sein de l'écurie communale.


A la suite de l'effondrement de leur dernier bastion, tombé entre les mains envieuses de la Fraternité, une partie de la haute bourgeoisie, qu'elle soit de race locale ou de race Jensgårdoise, erra quelques temps dans les campagnes à la recherche du gîte et du couvert. Les Familles marchandes écumèrent les auberges de carrefour et durent, à leur profonde affliction, supporter les effluves, les chambres inconfortables et la nourriture infecte. Tout cela jusqu'au jour où, enfin, les gens d'un lieu plein de bonté, nommé Sigrgarðr, acceptèrent d'offrir l'hospitalité tant espérée. Fondée au XVe siècle, le village représentait la demeure ancestrale du clan Svalring, ancienne et puissante lignée paysanne dont les possessions claniques, tant en terme de terres que de bétails, impressionnèrent les invités. Ils subissaient régulièrement les menaces, les outrages, les brimades et les pillages de féodaux envieux ainsi que de la paysannerie pauvre et jalouse. Ainsi, ils comprirent sans mal la détresse des merciers et compatirent à l'injustice qui les frappaient. La vie y était moins généreuse qu'à l'ombre du Beffroi mais les bourgeois s'en accommodèrent, la protection offert par le dit-clan n'avait pour eux pas de prix. Toutefois, cette situation ne pouvait être que temporaire. En effet, il n'appartenait guère à l'imaginaire bourgeois que de vire au milieu des champs et des arbres. Et encore moins en compagnie des gueux, certes admirables de charité, mais qui demeuraient sales et rustres. Les Familles ne restèrent donc pas oisives et complotèrent à leur retour en ville, se servant d'or et de relations. Chaque semaine, elles se réunissaient au sein d'une des écuries du village pour se concerter sur les avancées de chacun et le déroulement du complot. Depuis peu, un homme richement habillé et de forte stature, un « estranger », les avait rejoint et se proposait de mettre ses atouts au service de la cause. Il était accompagné d'un homme de même nation [= naissance] que lui, connaisseur des dialectes citadins vieux-thorvalois.

Accueillit par les souffles et les hennissements, les marchands se saluèrent chaleureusement. Malgré l'ingratitude du lieu, souillé par les odeurs de boue, de foin, de chevaux et de merde, ces derniers tinrent à rester dignes en se vêtant de beaux pourpoints colorés cousus de files d'or, portés sous une fine pèlerine de laine noble ou de bonne fourrure. Le conciliabule s"ouvrit et chacun exposa tour à tour les corruptions, les fraudes, les menaces, les manipulations et les extorsions qu'il mena afin de faire avancer les intérêts bourgeois et améliorer le rang de tous. Depuis l'entrée en jeu du horsain, l'ambition des lignées de Mótsognir s'était décuplée. Dès lors, l'espoir de la Haute-Bourgeoisie n'était plus seulement de retrouver ses Cités perdues, mais aussi de prendre le contrôle et de diriger le Royaume en entier. La politique était trop belle et trop précieuse pour la laisser entre les mains de féodaux illettrés, imprévisibles, brutaux, belliqueux, expansifs et dilapidateurs, autant que de la confier aux gens du commun, illettrés et puants, et ne parlons surtout pas du clergé hérétique, fanatique, corrompu et décadent. Les clés du temporel devaient revenir à des personnes pacifiques, loyales, ordonnées, tempérées, rigoureuses, rationnelles, cultivées et riches, étant ainsi à l'abri de toute corruption. Les merciers firent passer leur message au traducteur qui se tourna vers son chef.

« L'assemblée entend vous faire savoir plusieurs choses, entama l'interprète, d'abord son inquiétude quant à l'usage de mercenaires. La dernière fois que l'un d'eux s'y est essayé, Jensgård fut totalement mise à sac, incendiée et détruite. Ensuite, beaucoup souhaiteraient ne pas conclure d'entente avec la Ligue du Roy dont les gens, des juristes, n'ont d'yeux que pour la Monarchie et assez peu, du moins pas suffisamment, pour les intérêts des bonnes familles marchandes, de leur rang ou de leur bonheur.
– Mes chers amis, répondit alors l'étranger, la destruction de la capitale fut malheureuse et un drame sans équivalent. Que vos Excellences dorment toutefois sur leurs deux oreilles, mon pays est argenté. Les fonds ne manqueront pas et tant que nous les paierons, les écorcheurs agiront selon nos ordres et travailleront inconsciemment au grand bien de ce pays. En outre, vous n'avez également guère de raison de douter des royalistes, ce sont nos valets et ceux-ci obéiront sous peine de retomber dans le ruisseau. Croyez-moi, seule une autorité forte, républicaine de préférence, est capable de créer la sécurité nécessaire à votre confort d'esprit, cherchant à garantir la jouissance de vos avoirs et acquis, tout en vous permettant d'en obtenir davantage, sans trop de restrictions. Ce que nous vous proposons, c'est la formation d'un pouvoir conciliant, véritable veilleur de nuit : trop faible pour s’imposer à l’activité marchande mais assez fort pour en garantir le bon fonctionnement. Ainsi, nous tirerons le Thorval de ses superstitions et nous... VOUS le conduirez vers le bonheur. Traduisez mes propos. »

Le traducteur fit son office et retranscrivit en vieux-thorvalois. Après quelques hésitations, les bourgeois se rangèrent définitivement du coté de l'horsain qui, par la force des choses, devint le chef des conjurés. Dans l'étable, certains tremblaient de peur face à l'immensité du complot qui pointait à l'horizon. Peu frémissait d'enthousiasme car l'entreprise était, certes source d'espoir, mais aussi éminemment dangereuse. La bourgeoisie avait prit de nombreux coup dans l'histoire mais avait su, bon gré mal gré, s'en relever. Or, avec cette machination, son avenir se jouerait au quitte ou double : soit elle l'emportait et régnait sans partage jusqu'à la fin des temps, soit elle mourrait pour toujours. Des perspectives extrêmes et dramatiques qui ne correspondaient en définitive ni à la personnalité, ni à l'esprit bourgeois.
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.
« Qui est le plus puissant ? Le roi ou le paysan ? Le paysan. Pourquoi ? Parce que si le paysan n’existait pas, le roi mourrait de faim. » Nasreddin Hodja

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Re: Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

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Les lignées de Mótsognir (2).
28 décembre 2040,



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Pendant que les Thorvalois se laissaient happer par l’effervescence de la Fête des Fous, une dépêche partait vers Røros, la capitale de l'État du Jernland.

Mon Général,

La fête des fous bat son plein. C'est une véritable irruption de folie, d'orgie et de vulgarité : aujourd'hui, nous côtoyons
davantage des bêtes que des hommes. Qu'à cela ne tienne, leurs sauvageries nous permettent de régler les derniers
détails à l'abri des regards et sans éveiller le moindre soupçon. Les naïfs. Odin, le Père de Tout, nous soutient en faisant
s'égarer l'esprit de la Fraternité : leur chef à Sainct-Thøger, GórmR, s'est récemment proclamé nouveau Jean-Baptiste
tandis qu'au jour de Noël, Jensgård devenait la nouvelle Hiérosolyme ! Ils perdent la tête et sombrent dans leurs
superstitions au meilleur moment. La plus grande conspiration de l'histoire est en route.

Par nos persuasions, nous avons allié de force les royalistes et les bourgeois. Ceux-ci sont nos serviteurs, nous les
contrôlons. En revanche, nous n'avons rien à attendre des Seigneurs qui ne sont que des brutes vulgaires et sauvages,
perdues dans leurs querelles, incapables de la moindre vision d'ensemble. Nous les renverrons à la place qui est la leur,
parmi la canaille et le bas peuple, indignes qu'ils sont. Du moins, pour l'écrasante majorité. En effet, le Comte Ragnarr III
et ses avoués semblent plus lucides. Nous en avons fait des alliés dont la tâche sera d'écraser l'armée levée par la Foi
militante, une milice de va-nu-pieds désorganisés et indisciplinés. Quand l'orgueilleux aura accomplit son office, nous nous
débarrasserons aussi de lui.

Quant à la Reine Marie, nous avons de quoi l'obliger à faire marcher ses bannières sur Jensgård et Sainct-Thøger.
Les mercenaires demandent beaucoup d'argent parce que la mission est dangereuse. Nous avons néanmoins tout
intérêt à bien les traiter car ils seront une pièce maitresse dans la Monarchie de demain. Un État qui s’appuiera
sur trois piliers : les juristes pour l'administration et la bureaucratie, la bourgeoisie pour les richesses, et les
mercenaires afin de faire appliquer les décisions des premiers et protéger l'activité des seconds. L'Église ne sera,
hélas pour elle, qu'un auxiliaire « fonctionnarisé » de l'État et non plus la puissance autonome qu'elle est aujourd'hui.
Simple conséquence pour une institution qui, via la Foi militante, s'était vue trop belle et avait sérieusement cru pouvoir
cumuler le temporel et le spirituel, sans oublier ses fadaises concernant les pauvres, les humbles, l'argent, les marchands...

La Reine Marie n'a ni la carrure, ni l'esprit pour régner sur notre Monarchie. Nous devrons l'éliminer, elle et les siens.
Il nous faut un monarque compréhensif et soumis qui sache intelligemment discerner où se situent ses intérêts.
A cet effet, nous vous recommandons de regarder vers le Kaiyuan. Sept familles bourgeoises exilées y vivent depuis
des siècles. Nous y trouverons notre homme, cela ne fait pas le moindre doute.


Pour le Jernland !
Erik Vindheim
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.
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Message par Zaldora »

Croyances populaires (15).
30 décembre 2040,


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La Reine, une figure plus mythique que réelle
dans l'imaginaire des gens.



Sur la Reine de Thorval.

Environ un tiers des Thorvalois (32%) n'ont jamais entendu parler de Rois ou de Reines au Thorval, et ne connaissent que leur chef de clan ou leur seigneur.
Plus des deux-tiers (68%) ont connaissance de l'existence d'une Reine. En dehors du domaine royal, la suzeraine reste toutefois une figure lointaine, mystérieuse voir légendaire.
Parmi ceux qui savent, environ 95% pensent que la Reine possède des dons Thaumaturges, ainsi que du sang d'ours lui léguant d'autres pouvoirs magiques.

Sur le Thorval.

Plus de trois-quart des Thorvalois (88%), n'ont pas conscience du « Thorval », ni même de nom. Ils estiment habiter Miðgarðr (monde des Hommes).
11% ont déjà ouïe le nom de « Thorval » mais ne se le représentent pas.
Moins de 1% a une proto-conscience nationale (chez les fidèles de la Ligue du Roy et de Mótsognir).
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.
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Message par Zaldora »

Révélations (8).
3 janvier 2041,

Une troupe de dix chevaliers s'avança vers le Beffroi et la Cathédrale. Les humbles s'écartèrent au rythme des cris du porte-bannière « Place ! Place ! Feste place au Roy ! ». Disséminés parmi la foule, les Frères observèrent ces hommes portant le tabard par dessus leur cotte de maille, et l'épée à la ceinture. Ce n'était à l'évidence pas une visite de courtoisie. Le convoi s'arrêta devant un clerc à la robe noire où le suzerain descendit de cheval.

« Chancelier, salua-t-il.
– Austmarr Roy, bienveignance monsignor.
– Mercet. Que pensez-vous de poursuivre dans ma langue natale, le grec ? suggéra le roi en lui passant le bras sur l'épaule.
– Ancien, signor ?
– Le grec du deuxième millénaire, celui que je vous ai appris.
– Oui monsi... seigneur. Pas trop moi savoir.
– Donc, qu'avez-vous de nouveau sur cette secte ?
– Ça trou de fous. Pédérastes, diables, élites dedans. Municipales, économies y seigneuriales. Je initié ce soir à Université. Moi, montrer toi tunnel entrée. »

La conversation continua sur le même ton. Des propos hésitants de Markus Hundólfring, le consort de Marie tira qu'il s'agissait d'une secte pédophile et satanique, très secrète. Son noyau dur et historique se situait ici à Sainct-Thøger, mais ses tentacules s'étendaient au delà des murs de la Cité. Ses membres appartenaient à l'élite : des échevins, des orfèvres, des marchands, des gradués mais aussi des seigneurs et des prêtres célébrant les messes noires. Depuis la révolution citadine, ces derniers faisaient néanmoins le dos rond et avaient cessés les rapts d'enfants. Selon le chancelier, l'évènement aurait décimé jusqu'à un tiers des membres. Entre viols et sacrifices, le récit fut glaçant.

Le soir venu, le Chancelier pénétra au sein de l'Université par le passage secret. S'étant barricadée à cause de la menace paléo-communiste, on ne pouvait rejoindre l’institution que par le tunnel qui courrait sous terre. Tirant ses racines de l'histoire ecclésiastique, la corporation universitaire offrait esthétiquement le spectacle d'une cathédrale et de ses dépendances, l'ensemble étant entouré d'une haute muraille. Les promeneurs rêvassaient et se perdaient souvent dans la contemplation de ses croisées d'ogives, ses fenêtres hautes, ses grandes arcades, ses écus de facultés, ses jeux de lumière et de couleurs, la décoration des chapiteaux, la polychromie des moulures, des sculptures, des arcs et des cristaux. Enfin, la verticalité donnait une impression grandiose, vénérable et d'infini au lieu. Peu de personnes y circulait à cette heure, en effet, une bonne part des maitres ès-arts, des bacheliers, des docteurs, des écoliers, des appariteurs, des régents, des hérauts, des enlumineurs, etc. était présentement en leur dortoir, assoupis dans les bras de Morphée. Avec les celliers toujours assez pleins, l'Université pouvait vivre ainsi, en autosuffisance, pour encore des mois. Finalement, le chancelier se présenta, soupirant, devant la porte du Grand Hall. A l'intérieur, éclairé par moult bougies, il trouva une allée, cérémonieusement bordée, par une dizaine d'hommes masqués. Au bout de cette allée se tenait un drôle d'autel ainsi qu'un prêtre vêtu d'un chasuble sombre. L'érudit s'avança et fut dépouillé de ses vêtements au profit d'un simple linceul. On le conduisit ensuite vers la table sacrée où il fut placé à genoux. Le servant de Satan se mit à réciter des formules, des incantations et des prières sacrilèges. Puis, celui qui semblait être le maitre de cérémonie releva l'initié et le mit au defi de prouver sa loyauté en s'unissant charnellement avec le garçon qu'on lui amena. Le serviteur de la Reine en fut pétrifié ; le petit n'avait même pas dix ans. C'en fut de trop.

« Dies iræ ! Dies iræ ! Dies iræ ! » cria-t-il soudainement, ébranlant le grand hall et au delà. Des murmures confus, semblables à la marée montante, se levèrent. On entendit alors des bruits de combat, sourds puis de plus en plus proches, avant le fracas terrible de la porte, d'où émergèrent le Roi et ses guerriers. Ces derniers chargèrent, tandis que Markus attrapa l'enfant et l'éloigna hâtement de la mêlée. En se retournant, il vit les blessures et le sang couler. Dans le chaos, il aperçut même le seigneur Austmarr bloquer le curé satanique contre un mur et lui plonger l'épée dans la poitrine. Au final, ce fut un massacre ; une vingtaine de corps jonchait le sol de la pièce, antre des arts libéraux, et du sang absolument partout. Après les avoir démasqués, le roi consort reconnut plusieurs visages dont celui du Recteur, de trois échevins, de trois merciers de renom, d'un orfèvre et du chef de l'ordre des Murmureurs. Des gens plus que notables. L'identité du dernier le fit sursauter :

« Le comte Dragmáll II ?! Ce... salaud a tué cinq de mes hommes ! s'emporta le suzerain d'origine hellène.
– Lui horrible trouver ici, opina Markus.
– Et dire que nous étions ensemble, il y a peu, à la guerre... Nous avons combattu et triomphé côte à côte sur le champs de BATAILLE. LE TRAITRE, LE TRAITRE !
– Paix, messire, paix.
– Oui, oui. Bien. Où est la bibliothèque ? Je recherche un livre.
– Biblio.... ?
– Jà... librairie... » s'agaça quelques peu Austmarr qui revint au vieux-thorvalois.



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La bibliothèque enchainée de l'Université.


Le chanoine conduisit son maitre à la bibliothèque, tandis que le peuple universitaire se réveillait et constatait petit à petit l'ampleur des évènements. Après un temps de recherche plus ou moins long, ils mirent enfin la main sur un imposant volume de physique optique. Comme les autres, le manuscrit était enchainé. Rares et précieux étaient les livres en ce pays. A cet effet, Austmarr ordonna à Markus de faire copier plusieurs chapitres parlant du télescope, et de les lui envoyer.

En dépit du massacre et du coup dur assené à la secte, l'inquisition sur ses méfaits n'était absolument pas terminée...
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.
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Re: Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

Message par Zaldora »

Les lignées de Mótsognir (3).
11 janvier 2041,

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Auðr (fond) et Gunhild dans les cuisines entrain de préparer des tourtes.


Auðr était servante auprès de la Reine depuis bientôt une décennie. Avant elle, sa mère avait servit, sa vie durant, auprès du père de Marie, le Roi Níels. Et cela remontait jusqu'à sept générations, faisant du clan une véritable dynastie de valets. Ils n'avaient de toute façon pas le choix. Présentement, Auðr se trouvait à Himinnborg, au sein d'une petite forteresse à flanc de montagne où sa maitresse enceinte s'était éloignée, contre son gré, des contraintes écrasantes du pouvoir féodal. Une sage-femme veillait abondamment sur son confort et à sa santé. Toutefois, les remèdes et le riche savoir médicinal de l'acoucheuse attisèrent rapidement toutes sortes de rumeurs et de suspicions. Ainsi, les gens d'un village voisin, Sainct-Jón-Yfir, la suspectait d'être une mauvaise sorcière et de pratiquer des incantations abominables. Les journées d'Auðr étaient pleines et ses tâches nombreuses : elle pétrissait le pain, préparait le ragoût, rôtissait le gibier, entretenait le feu, tirait de l'eau au puits, récurait le sol du fort (régulièrement jonché de boue), aidait le garçon d'écurie, trempait, battait, rinçait, essorait et séchait le linge, etc. Elle aimait particulièrement le temps passé aux cuisines où Goðen l’Échanson venait fleurter et lui dire des mots doux, au point d'en devenir son amant. Chargé de vérifier et servir les boissons, ce dernier devait également goûter les plats. Preuve de la turbulence du règne, Goðen était déjà le cinquième échanson de Marie, remplaçant le précedent qui mourut, empoisonné, dans d'atroces souffrances. Si bien que les volontaires ou ceux qui s'en faisaient un honneur était de plus en plus rares. La servante se demandait elle-même s'il était sage de s'attacher à un homme dont la vie ne tenait, à ce point, qu'à un fil ? Le cœur avait ses raisons que la raison ignorait.

En contrepartie de son labeur, Auðr partageait, avec son clan, une couche dans le château, certes dure, mais large et fraiche. Elle ne grattait pas la terre, si ce n'est quelques travaux aux potagers, et était convenablement nourrit, blanchit et protégée. A ce titre, la reine avait dernièrement fait pendre par les pieds et fouetter un garde qui tenta de l'abuser. Marie se montrait bonne à son encontre, cédait souvent à ses demandes (telles que payer les noces de ses frères) et lui parlait jusqu'à se confier sur ses préoccupations et ses fardeaux. Dieu que ces derniers pouvaient être lourds ! Enfin, Marie ne l'avait jamais battu, contrairement à certaines seigneuresses beaucoup plus sévères à l'égard de leurs servants. Pour toutes ces raisons, la reine inspirait non seulement de la loyauté à ses valets, mais aussi une indéfectible amitié. Ceux-ci la servaient plus par attachement personnel que par devoir. Hélas, ce tableau idyllique risquait de s'effondrer face à la violence et aux coups de boutoir des complots et intrigues féodales.

D'horribles hommes approchèrent récemment Auðr pour lui proposer une mission contre une bourse sonnante et trébuchante de Boucliers d'argent, l'une des diverses monnaies seigneuriales ayant cours dans le royaume. La femme refusa et c'est alors que les mercenaires la rudoyèrent et menacèrent de s'en prendre aux siens. Finalement, son obstination flancha et elle accepta, à contre-cœur, d'agir pour les bandits. Depuis, Auðr paraissait triste, agitée et faisait des cauchemars la nuit. Elle se sentait prise en étau, entre le marteau et l'enclume : renoncer à sa loyauté sauverait sans doute sa famille mais, après découverte de sa complicité personnelle, lui ôterait surement sa propre vie, alors que maintenir sa féauté la garderait certainement en vie mais tuerait inévitablement ses proches et son clan. Le changement chez Auðr ne passa pas inaperçu et les murmures la concernant se levèrent très vite.

« Que destorbe Auðr, demanda la reine en passant, di mastines a vespres ti plorois ?
– Ceo est... cose granment frivole. Mercet mestresse. » rassura-t-elle.

La suzeraine opina du chef et s'éloigna, mais sentit que sa servante ne disait pas la vérité, et qu'il n'y avait rien de frivole dans sa récente tristesse. Cela l'intrigua.
Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

Message par Zaldora »

Les lignées de Mótsognir (4).
20 janvier 2041,



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Dans une nouvelle missive, le maitre d’œuvre de la future Monarchie Bourgeoise partageait avec Røros les toutes dernières étapes de la machination et semblait aussi dire Adieu ou Aodin.

Mon Général,

Le complot contre le trône est en place. Une fois engagé, aucun retour en arrière n'est possible. Nous avons couverts
nos traces et pris toutes les dispositions nécessaires : personne ne saurait impliquer ou accuser l'État du Jernland si les
choses tournaient mal. Je requiert votre feu vert pour lancer officiellement l'opération.

Néanmoins, en dépit de nos précautions, les communistes anglo-saxons demeurent un danger. Ils fouinent un peu partout
et pourraient remettre en cause nos plans. Le Roi, lui-même, se méfie et soupçonne quelque chose. Il me l'a clairement fait
savoir en m'étranglant contre un mur ; je suffoquais et ai bien cru mourir.

Toutefois, je connaissais les risques en devenant ambassadeur en ce rude pays : pas de protocole, pas de courtoisie mais
beaucoup de violences. Pas d'immunité diplomatique mais un simple sauf-conduit oral que n'importe quel prétexte peut annuler.
Au fond, peu m'importe : j'accepte de me faire rouer de coups pour le bien du Jernland. Par ailleurs, comme je l'ai mainte fois
mentionné, je tomberais seul si cela permettait de protéger les intérêts et la réputation de notre grand État.


Pour le Jernland !
Erik Vindheim
Le Thorval en un clin d’œil.
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Re: Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

Message par Zaldora »

Ancienne rivalité (1).
2 février 2041,



Image
Le château d’Himinnborg perdu dans la brume. Au premier plan, les pieux délimitaient
la frontière Est de la seigneurie. En d'autres lieu, le marquage pouvait aussi être un lac,
un arbre, une rivière, un rond d'elfes, une pierre runique etc.



Une troupe de cavaliers gravit le sentier arboré et enneigé qui conduisait jusqu'aux positions altières du château d’Himinnborg. La région était en ce temps recouverte d'un épais manteau de neige, et un vent glacial soufflait sur la vallée. La nature semblait au repos, des rivières gelées jusqu'au gibier introuvable des forêts. Le furieux sifflement des éléments effrayait les chiens autant que les chats, et couvrait à peine, la nuit venue, le cri lugubre des loups affamés. Du haut des maigres remparts, un garde aperçu les arrivants : ces derniers arboraient l'emblème des comtes d'Haguigarðr, l'ambitieux Ragnarr III, ainsi qu'un drapeau blanc. L'homme tira sa corne et sonna. Un son court retentit, suivit d'un long qui réveilla la place. Un tel signal annonçait l'arrivée de guerriers aux intentions ambiguës ou incertaines. Il ne fallait pas systématiquement se fier à la bannière immaculée, surtout celle agitée par des soudards au blason... révélateur. Les archers accoururent sur les murs où se trouvait déjà le grand capitaine Söfren. Il leur ordonna de bander l'arc et de se tenir prêts, tout en scrutant l'approche des étrangers. La troupe ralentit et s'immobilisa devant l'entrée sous la menace des archers. L'homme de tête présenta le drapeau blanc et annonça venir en paix afin d'informer que son maitre, le seigneur Ragnarr III, provoquait la Reine en duel, et qu'un émissaire était présent afin d'en négocier les conditions. La tension ne baissa pas et les échanges continuèrent. Une éternité pour les archers qui se fatiguèrent de plus en plus. Il suffisait que l'un d'eux ne décoche par erreur et c'était la crise diplomatique. Heureusement, le capitaine se décida enfin à ouvrir les portes et à permettre aux gens d'entrer. Ceux-ci furent escortés et laissés sous bonne garde dans le Grand Hall. Ils y demeurèrent sans nouvelle, ni visite, jusqu'au lendemain quand la suzeraine daigna enfin les recevoir à Tierce.

N'ayant eu droit qu'à un simple bouillon de volaille, l'émissaire était plus que remonté, mais garda ses sentiments pour lui, et présenta à la principale concernée la missive insultante envoyée en fin d'été à son maitre. Marie ne protesta pas, reconnaissant parfaitement son écriture et sa culpabilité. Dès lors, le diplomate l'informa que le comte était prêt à se montrer magnanime et à renoncer au duel si elle acceptait de venir à Suðrvindr, la demeure ancestrale des comtes d'Haguigarðr, pour faire amende honorable devant Dieu et les gens de son maitre. Marie rétorqua de l'excuser de ne pas pouvoir voyager dans son présent état, avant d'ajouter ne pas vouloir aller à Suðrvindr quoi qu'il advienne, surtout pas pour « lechier fondement de le vostre mestre est Ragr de nacion et dusk'a la mort. » Son interlocuteur resta sans voix quelques minutes. Non seulement, la Reine refusait de s’amender mais réitérait l'insulte avec la dernière des insolences. Au fond, cela ne l'étonna qu'à moitié : les norrois étaient tellement rustres qu'il était, par exemple, impossible de souper sans que quelque uns n'en viennent irrémédiablement aux mains. On négocia alors les modalités du duel. Celui-ci se tiendra à la Saint Joseph, le 1er mai, aux Champs Saincte Hlíf à None précise. Les duellistes combattront à l'épée jusqu'au premier sang versé, au sein du cercle sacré dont ils ne devront pas sortir sous peine d'être disqualifié. Le perdant sera bannis à vie et marqué au fer rouge, sur le front ou la joue, du sceau infamant des Skógarmaðr. Il perdra ses droits, ses possessions et sa place au sein des communautés. Son unique foyer sera la nature, sauvage et hostile, tandis que tout homme pourra le tuer à vue sans subir de poursuites judiciaires ou de représailles claniques. Un sort pire que la mort ! Grâce toutefois à la christianisation et à l'influence de l'Église, le Skógarmaðr pouvait, après trois ans d'errance, entrer au sein d'un monastère et y finir sa vie. Pour des crimes odieux mais moins graves, les coutumes prévoyaient aussi le statut de Ströndskógarmaðr, bannis temporaire de trois ans, sans marquage, pouvant ensuite réintégrer la société. A l'issue de ce duel donc, quelqu'un perdra obligatoirement son trône. En cas de victoire, Ragnarr III espérait profiter des incertitudes de la régence pour se saisir de la couronne, tandis que Marie entendait bien se débarrasser d'un personnage turbulent et annoncer publiquement l'alliance conclut avec son héritière, Gisela.

Les relations entre le clan royal et celui des comtes d'Haguigarðr étaient délétères depuis cinq siècles. Ces derniers ambitionnaient de prendre le trône et ne lésinaient ni sur les intrigues ni sur les coups bas pour y parvenir. Le dernier rejeton de la lignée, Ragnarr III, était le chef des Chevaliers de l'Espee, une société secrète dont l'objectif primaire était d'abolir la royauté au profit d'une république seigneuriale. Par duplicité et ruse, le comte s'était également allié aux lignées de Mótsognir qui complotaient pour une Monarchie bourgeoise. Les conjurateurs citadins ne soupçonnaient toutefois pas ce que Ragnarr leur réservait... Marie n'éprouvait de son coté aucune sympathie envers celui qui tenta de l'assassiner au moins trois fois, et n'hésita pas à la faire enlever en 2028 pour la retenir prisonnière durant de longs mois d'hiver.
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.
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Message par Zaldora »

Le Christ universel.
5 février 2041,

La Vierge Marie et l'Enfant Jésus Teikos.

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La Vierge Marie métisse Dorimarienne.

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La Vierge Marie et l'Enfant Jésus Makengais et Algarbiens.

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La Vierge Marie et l'Enfant Jésus Liango-Kaiyuanais.

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La Vierge Marie et l'Enfant Jésus Nord-Olgariens.

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La Vierge Marie et l'Enfant Jésus Gandhariens et Janubiens.

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La Vierge Marie et l'Enfant Jésus Thorvalois ; ainsi que Marie-Madeleine et Jesus Christ Thorvalois.

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La Vierge Marie et l'Enfant Jésus Latins et Céruléens.

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Jésus Christ des Corporatistes.

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Le Thorval en un clin d’œil.
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Les lignées de Mótsognir (5).
22 février 2041,

De fins flocons se déversaient sur la lande bordée par trois montagnes jumelles : Saincte-Birsa, Sainct-Sǫlvi et Saincte-Eyildr. Y serpentaient une rivière dont les eaux laiteuses ne formaient en cette saison qu'un léger clapotis à peine sensible de l'endroit où se trouvait Auðr. Seule sous la brise, la servante releva les pans de sa cape, pour se réchauffer, et reprit aussitôt la tapisserie posée quelques secondes à ses pieds. Elle serra le tissu contre elle et le manipula avec délicatesse comme s'il était de très grande valeur. Pourtant, Auðr ne fut jamais aussi maladroite que durant cette fatidique matinée : elle y renversa un tonnelet d'hydromel, fit chuter des écuelles, versa le beurre fraichement battu à coté du moule, fit tomber flacons et herbes médicinales, et faillit aussi se rater au moment de jeter une pincée d'herbe de Saint-Georges dans le gobelet à lait. Heureusement, personne ne se doutait de rien ou ne l'avait aperçu quitter le fort par la poterne. Soudain, le mercenaire apparut au chemin de crête, de derrière le relief nord, et descendit prudemment la pente afin d'y rejoindre une Auðr pétrifiée. Ses jambes tremblaient et des larmes tombèrent sur ses joues. Son esprit, tourmenté et tiraillé entre son clan et sa loyauté envers la Reine, lâcha prise et craqua littéralement.

La servante tourna alors les talons et fila vélocement avec la tapisserie. Derrière, le bandit s'agita et grogna des choses en un dialecte vieux-thorvalois incompréhensible. La femme n'en avait cure et ne pensait plus qu'à courir le plus vite possible, quitter ce lieu maudit et échapper au méchant. Elle regarda furtivement derrière et vit le mercenaire perdre du terrain et s'éloigner toujours plus. L'espoir revint et la paysanne se mit également à louvoyer de droite à gauche afin de parer toute éventualité. En arrivant au château, elle comptait tout dire à Marie : les pressions et menaces subies, les coups reçus, implorera son pardon, et la suppliera de défendre son clan. Sa maitresse était bonne et se montrerait compréhensive, juste et miséricordieuse. Alors, la servante regretta, l'espace d'un instant, de ne lui avoir rien révélé et de s'être embourbée dans cette tourbe ! Tout à coup, un sifflement sourd s'approcha et fondit sur Auðr. Sa force flancha : elle tomba et lâcha la tapisserie. Couchée sur le coté, un filet de sang coulait de sa bouche et son souffle se faisait court. Un énorme carreau s'était logé dans son dos et traversait sa poitrine.


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Quand le mercenaire apparut, la servante avait rendu l'âme et gisait inerte sur le sol. L'homme récupéra sa flèche et se pencha sur la tapisserie où il vit une jeune fille enroulée. C'était sans doute la bonne. Où bien n'était-ce qu'une ruse ? Mais alors pourquoi la paysanne aurait-elle essayé de s'enfuir ? La stupide femme, une bourse remplie de Boucliers d'Argent l'attendait. Pendant ce temps, l'enfant montrait de premiers signes de réveil ; l'écorcheur lui plaça la main sur la bouche et l'agrippa de ses doigts gourds.

« Shhhh, ne dit mots, petitelette ! » ordonna-t-il.

Les Bourgeois avaient la princesse Marie, héritière du trône.
Le Thorval en un clin d’œil.
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Message par Zaldora »

Les lignées de Mótsognir (6).
23 février 2041,

Depuis l'aube, les campagnes d'Himinnborg étaient ratissées au peigne fin. Les gardes pénétraient de force dans les chaumières, violant ainsi la sacralité entourant la demeure et le foyer, causant grand scandale aux coutumes. Pendant ce temps, les limiers flairaient des pistes et parcouraient des lieues entières. Leurs aboiements et hurlements, ainsi que les encouragements des pisteurs qui les suivaient, se faisaient entendre dans tout le petit pays. C'étaient des chiens peu commodes, excités et agressifs que peu souhaitaient rencontrer. Quelque part entre Tierce et Sexte, l'un d'eux trouva Auðr à l'entrée d'une petite prairie en cuvette. Des corbeaux lui avaient picoré les yeux et mangé plusieurs parties du corps. Les gardes amenèrent la dépouille jusqu'au Chancelier qui conduisait personnellement l'inquisition. Il fut, le matin même, rejoint par le Roi consort Austmarr qui tomba des nues en apprenant la disparition de la princesse Marie. Bien qu'elle ne fut pas de son sang, mais celle de feu le Roi Valdemar, il la considérait comme sa propre enfant, au nom de l'amour qu'il portait à la Reine. Les deux hommes se réunirent près d'une porte arrière, réservée aux fuites, située dans une partie silencieuse et discrète du château.


Image
Une conversation houleuse se tint en ce lieu entre le Roy
et le Chancelier.

Perdant presque toute notion de vieux thorvalois lorsqu'il était énervé, le roi parla en grec du deuxième millénaire (Austmarr venant des Ménechmes), même si le savant chancelier maitrisait incomparablement mieux le grec ancien. L'apprentissage dont se chargeait personnellement le consort était assez moyen, n'étant pas écolâtre...

« Pardon ? Vous dites que la Reine n'en sait rien ?
– S'estoit fel d'advertir la Reyne en le sien estat messire, répondit le clerc en vieux thorvalois nonobstant.
– Qu'avez-vous dit à Marie ?
– Ehhh... qu'estoit di la follette sa doulce fillote soffrante.
– La follette ? Qu'est-ce encore que cela ? s'étonna Austmarr.
– En latinum, phlegmasia pestis, messire...
– La peste ? Mais c'est encore pire que de lui annoncer la disparition de sa fille. Elle finira d'ailleurs par s'en rendre compte ! »

La discussion se poursuivit sur ce ton, et criblée de quiproquos : le chancelier comprenant la moitié de ce que lui disait Austmarr, et ce dernier croyant en une peste alors que son interlocuteur ne parlait que d'une simple grippe. Dans ces conditions, les ennemis de la Reine, responsables de l'enlèvement, pouvaient encore dormir sur leurs deux oreilles. Pendant ce temps, la princesse Marie, effrayée, était trainée d'auberges en auberges et se dirigeait vers le nord du royaume, en des terres plus hostiles. Sa destination était le village de Sigrgarðr, fief temporaire de la Haute Bourgeoisie à la suite de la révolution qui frappa la Cité de Saincte-Thøger. Et alors que les investigations semblaient piétiner, à l'exception de la découverte du corps sans vie de la servante, l'espionne Westréenne Edna laissa les hurluberlus divaguer entre eux et s'en alla solitairement traquer les ravisseurs. Elle avait un mauvais pressentiment, son intuition lui disait que quelques terribles desseins se cachaient derrière la rapt d'une princesse.
Le Thorval en un clin d’œil.
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Message par Zaldora »

Les contrées du loup.
27 février 2041,



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Au Thorval, le loups gris comptait entre 900 et 1100 spécimens se concentrant au nord du royaume et dans les terroirs montagneux. Chassé depuis toujours, le loup fut presque entièrement décimé dans la moitié sud du pays, absent ou de présence seulement occasionnelle (zone grise). Quant aux meutes, elles se composaient de huit à quinze individus, pouvant très exceptionnellement en atteindre trente.

---

Image
Manuscrit présent au sein des librairies du monastère Sainct-Hallvarðr, dans le Rugrland.


Le roi Austmarr jouissait de la réputation d'avoir affronté et vaincu la Bête de Rugrland, un descendant terrible du monstrueux Fenrir, voir Fenrir lui-même. Ce haut fait permit à cet homme de plus ou moins basse extraction de ravir la main de la Reine Marie, accomplissant la quête confiée, et d'obtenir le respect des paysans ainsi que de nombreux seigneurs. Depuis, les scaldes chantaient son nom et ses prouesses. Toutefois, certains théologiens de l'École-abbatiale Sainct-Kjeld rejetaient cette histoire à dormir debout et estimaient que le roi fut, en fait, victorieux de Freki, l'un des deux loups accompagnant Odin, et que c'était Dieu qu'il fallait remercier.
Le Thorval en un clin d’œil.
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Les lignées de Mótsognir (7).
7 mars 2041,

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La princesse Marie, rhabillée en paysanne par ses ravisseurs afin de ne pas éveiller l'attention.


« Iceux borgeois ont malissement et felement faict. Point n’avrons pardonnance por tel fol et torchecul. » annonça la Reine Marie tout en envoyant nonchalamment la missive sur le coté, quand son autre main caressait son ventre bien arrondie et sur le point de donner à nouveau la vie.

La chambrelle était noire de monde. Assise sur un siège, la suzeraine se trouvait cernée de gens curieux, avides de voir sa réaction en apprenant le rapt de son unique enfant vivant et, pour l'heure, héritière du trône. Parmi la foule présente, on discernait son écuyer Valdríkr mais aussi le roi consort Austmarr, le chancelier Markus Hundólfring, le grand capitaine Söfren, autant que des enfants, cousins et parents du clan venus de la province voisine, des gardes, des servantes et des seigneurs locaux qui faisaient la queue jusque dans le couloir. De foyer calme et apaisé, Himinnborg devint, en l'espace de quelques jours, une cour bruyante, agitée et populeuse. Tout le monde semblait savoir, sauf la Reine, qui ne l'avait appris qu'à l'instant, même si l'agitation lui mit la puce à l'oreille. Sa réaction face à la disparition de sa fille fut, à ce titre, étonnamment mesurée, avec nulle panique ou désespoir. L'assistance bu ses quelques paroles et approuva par des hochements de tête, des clameurs et des grognements. Certains s'esclaffèrent aussi de ses vulgarités, qui étaient courantes au sein de la noblesse. Rudes existences, rudes mots, rudes mœurs. La voix de Marie renfermait toutefois de l'inquiétude et de la tristesse, noyés sous les flots d'une sourde colère et d'une forte détermination.

La lettre était une revendication. Une bonne dizaine de lignées bourgeoises affirmaient détenir la princesse Marie en otage, acte regrettable mais nécessaire compte tenu de leur situation d'exil et de profonds malheurs. Les conjurateurs assuraient bien la traiter et ne lui faire aucun mal aussi longtemps que sa mère la Reine daignasse les soutenir dans leur quête ! Et cela signifiait : l'obliger à user de son ost afin de chasser la Fraternité des Cités et restaurer les saines familles à leur juste place. A cet effet, les bourgeois proposaient la tenue de négociations discrètes sur le pont d'Allfriðhross, dans le Mágrland, en fin de Printemps. Son enfant en jeu, Marie manda au chancelier d'écrire une missive d'acceptation, et au grand capitaine, de convoquer prestement le ban.

« C'est reuse, Marie ! Sales races qu'icelles ! » s'essaya Tom le Westréen, l'Ours Borgne, en vieux thorvalois. Celui-ci s'inquiétait de la tournure que prenaient les évènements et ne pouvait rester de marbre alors que les puissances marchandes semblaient prendre le dessus sur la Reine. Assistait-il au début de la fin du camps féodal ? Le commencement de son embourgeoisement, l'envahissement des valeurs et de l'esprit bourgeois, si contradictoires avec la mentalité seigneuriale mais aussi paysanne ? Et pire encore avec la Fraternité en danger de mort. La suzeraine demanda à tout le monde de sortir, sauf à son chancelier et au Westréen.
Le Thorval en un clin d’œil.
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Message par Zaldora »

Excommunication.
10 mars 2041,


Image
Lors d’une bataille des Chevaliers de la Foi, défenseurs de l’Eglise.


En mars de l’an de grâce 2041, le Pape Célestin VI excommunia un illustre prêtre Westréen. Tout de suite, ce fut la stupeur aussi bien chez la Dytolie vaguement catholique que celle franchement sécularisée et déchristianisée. Des foules éberluées apprirent que le Saint Père parlait et agissait ; et que les excommunications existaient toujours au siècle de la croissance, du commerce et des échanges technologiques. Le carnage de la guerre en Dranavie paracheva ce phénomène où l’Occident se souvint qu’il fut jadis croyant. Allait-il dès lors revenir à la foi de ses pères ? Non.

L’excommunication fit grand bruit dans toute l’Eglise, et jusqu’en Orient, tandis que la Bulle Papale était toujours en cours d’acheminement vers les cardinaux thorvalois. En apprenant l’exclusion du Père Saavedra, ces derniers risquaient de réagir de façon plus mesurée, un simple haussement d’épaules, alors que la liste des excommuniés au Thorval était longue comme le bras. Les évêques et abbés-mitrés prononçaient ce type de punition plusieurs fois par mois. Les seules menaces étaient, quant à elles, quotidiennes et formaient une arme efficace afin de ramener les puissants à la raison. L’autre moyen de pression était l’Interdit, glaive encore plus redoutable à cause du chaos social que son application engendrait. Autant de faits prouvant que les relations entre l’Église et les pouvoirs laïcs n’étaient pas toujours idylliques mais souvent conflictuelles, sombrant régulièrement dans la violence. De par sa nature même, le pouvoir spirituel se trouvait au dessus du temporel, chose que les clercs rappelaient et proclamaient sans ambage à la face des chefs politiques. Pour autant, les cardinaux thorvalois n’appréciaient pas vraiment Célestin VI, comme d’ailleurs tous les papables du dernier conclave, qu’ils prenaient pour un Réformé infiltré dans l’Église.

Une liste non exhaustive des excommuniés et anathèmes majeurs actuels :

Le père Álfarr Álfarrsson Dragmálling, curé de village, astronome et astrologue, pour avoir prétendu opiniâtrement que la lune était le dieu Máni des anciennes croyances norroises.
Éldi Fastarrsen Geirólfring, échevin citadin et marchand, pour pratique répétée (sans repentance) de l’usure.
La seigneuresse Halldís III de Þiðrandland pour avoir répudié son dernier mari qui, par les intrigues et retournements d’alliance, était politiquement devenu inintéressant.
Le seigneur Ólafr III de Danirvágr pour simonie et tabassage de l’abbé-mitré Lúkas.
Margerðr Odasdóttir Ranoging, échevine citadine et possédante de tavernes, pour maquerellage.
Le comte Ragnarr III d'Haguigarðr pour avoir pillé et brûlé l’abbaye Nostre-Dame d'Vörðrbrekka.

Personnes sous la menace d’une excommunication mineure (non exhaustive) :

La Reine Marie III de Thorval pour fréquentation d’un excommunié (duel contre Ragnarr III prévu en mai).
Le Thorval en un clin d’œil.
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Message par Zaldora »

La vie au milieu des champs (5).
13 mars 2041,


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Le village d'Hægrbú et son église Sainte-Fríða, avec son cimentière (non visible sur l'illustration).


La première Þing naquit au IIe siècle après Jésus Christ et tapissa le royaume à travers les siècles. A la présente époque, communément appelée l’Ère des Clans, on en recensait environ 20 000. Une toile d'assemblées autonomes, de natures (paysannes, bourgeoises, claniques et seigneuriales) et d'échelons différents (locales, provinciales, États-Généraux), scellées par l'usage en une coutume constante et indélébile. Toutes celles et ceux qui essaieraient de l'altérer ou de passer outre s'exposeraient à des turbulences potentiellement graves. Réunies à intervalles réguliers (saisonnières, lunaires, fêtes chrétiennes, ect...) ou au besoin selon le contexte, elles réalisaient l'autogouvernement, la législation, la régulation des querelles, etc. Alors que sur le plan spirituel, la terre tournera et la croix demeurera, sur le plan politique, la féodalité et toutes les idéologies passeront quant les Þing resteront. L'institution était ancrée au point que certains pensaient que les Þing seront les dernières créations humaines à s'effondrer le jour où Dieu accomplira Son rendez-vous d'éternité avec les Hommes.

Toutefois, les pensées de la Fin des Temps ne préoccupaient pas à l'heure actuelle les esprits paysans du village d'Hægrbú, dans le þokaland. Les cloches de l'église de bois, d'architecture norroise, constellée d'entrelacs et de sculptures païennes, comme les dragons couronnant les pinacles, appelèrent au rassemblement de la BóndiÞing au sein de la Nef. Là, il fut délibéré :

- Le début de la traite des vaches du village, à compter de quatre semaines après les vêlages, ainsi que la transformation du lait en beurre et en fromage.
- Le paiement des haches demandées au forgeron par trois petites meules de beurre.
- La désignation des personnes qui resteront protéger le village quand tous les autres partiront en transhumance.
- La réparation des dégâts causées par les récentes guerres claniques sur la cave où s'affinaient les fromages (c'est du sérieux !!)
- De chasser du finage les étrangers de la Ligue du Roy.

Les décisions furent votées favorablement, le lendemain, par l'ensemble des habitants d'Hægrbú réunis devant l'église.
Le Thorval en un clin d’œil.
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Message par Zaldora »

La Foi militante (8)
23 mars 2041,


Image
La nouvelle église Sainct Ásgeirr dans le village de … Sainct-Ásgeirr.
D’architecture norroise l’édifice, financé par la Foi Militante, était toujours
en construction au début de l’hiver. Ici, deux femmes entrain d’en peindre
les entrelacs.


Près d’un an après, la quête de la Foi Militante gravissait les cimes du pays et déferlait sur les plaines sans qu’aucune digue ne puisse l’enrayer. La « fermeture » de Nostre-Dame d'Vörðrbrekka ne fut qu’un fâcheux contre-temps ; les Chevaliers de l’Espee ne parvenaient pas à contenir la montée en puissance de la Théocratie et des sentiments théocrates. Même le Cercle Sacré, conseil restreinte des Hautes Figures, n’imagina pas un tel succès. La Confrérie Sainct-Óláfr avait su rallier la majorité des églises, abbayes et monastères. Certains la rejoignirent volontairement, d’autres y furent contraints parfois brutalement. Les rangs de la Foi Militante se constituaient désormais d'une grande partie des prêtres, abbé-mitrés et moines thorvalois. Tous ne partageaient néanmoins pas son millénarisme égalitaire et communautaire, mais chacun semblait à minima se retrouver dans la nécessité de s’opposer au Veau d’Or et d’empêcher la bourgeoisie de réorganiser le Royaume selon les principes du Veau d’Or. Durant son parcours, l'organisation prit aussi le contrôle des inquisitions régionales et conduisit, au cours des derniers mois, une terrible et implacable purification de l’Eglise, chassant du clergé les simoniaques, les fornicateurs, les gloutons, les hypocrites, les riches… Couverts d’oripeaux sales et troués, ceux-ci faisaient dorénavant pénitence, trainant leurs âmes en peine sur les chemins ruraux.

La Foi Militante infiltra aussi massivement les cours seigneuriales ; celles qui lui résistaient encore diminuaient. Ainsi, les chanceliers de la Reine Marie et de la puissante Duchesse Hella de Myllaen étaient des théocrates, tous comme l’intendant du comte Bjǫrn de Fǽrbjarg. Pourtant, les choses ne furent pas toujours faciles. Les intrigues purent prendre de mauvais tour et les introductions échouer totalement. Les seigneurs renvoyèrent durement plusieurs prédicateurs… avant de les rappeler, terrorisés par les discours de l’Enfer dont les flammes leurs chatouillaient déjà le dos la nuit. Présents au sein de leurs entourages ou en tant que chapelains, ils pouvaient alors influer les conduites seigneuriales, ainsi que les astreindre à d’austères pénitences. Exemple d'exercice : demeurer toute la journée, les bras en croix, dans un cour d’eau gelée. Ces mortifications s’effectuaient le plus souvent à l’abri des regards afin de ne pas humilier le pénitent, chose qui risquait de réveiller en lui un désir de vengeance et de meurtre.

Au besoin, la Foi Militante pouvait enfin compter sur sa propre milice : les Freres Crestiens du Sainct Nom qui comptaient 10 000 hommes. Certes, la plupart était paysans et manquait d’expérience mais avaient malgré tout subit un bon entrainement, dispensé par des chevaliers. Ainsi, la Confrérie Sainct-Óláfr semblait en réussite. C’est elle qui régnait de façon informelle sur le royaume ; un véritable État profond. Les choses sérieuses pouvaient donc commencer : bâtir une société de communautés rurales et égalitaires s'appuyant sur la communauté des biens et des terres, avec le dépérissement prochain des quelques villes qui infestaient la terre sacrée du royaume. Et le premier grand signe de ce renouveau serait la fin des guerres privées et claniques qui déstabilisaient et ensanglantaient encore trop souvent le pays. Bref, la Confrérie travaillait à l’avènement d’une véritable société chrétienne, comme il n’en existait aucune sur terre, et dont le Christ serait fier. La Foi Militante triomphait mais devait toujours se méfier des Chevaliers de la Foi qui se dédiaient à la protection de l’Eglise et des pauvres contre les puissants, ordre monastique guerrier et potentiel rival. Elle devait aussi surveiller les Chevaliers de l’Espee, qui n’avaient pas dit leur dernier mot, ainsi que les lignées de Mótsognir dont les intrigues et l’enlèvement de la princesse Marie ne présageaient rien de bon. Sans oublier les manigances de la Ligue du Roy, soutenue par les terres à l'Ouest [Jernland].
Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.
« Qui est le plus puissant ? Le roi ou le paysan ? Le paysan. Pourquoi ? Parce que si le paysan n’existait pas, le roi mourrait de faim. » Nasreddin Hodja

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