[RP] Révolte des Buwhans

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Johel3007
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[RP] Révolte des Buwhans

Message par Johel3007 » mer. mars 16, 2016 6:54 pm

MJ Coordinateur a écrit :Brèves internationales

► Makara : le grand flottement de l'autorité
3 août 2029

L'accumulation des conflits locaux sur le continent makaran a dessiné un arc de cercle sur la carte du monde, comme un sourire balafrant le continent, né des intrusions étrangères, des coups d’États et des tentatives d'influence.

Il est temps, pour les pays frontaliers, d'intervenir avec intelligence, mesure et efficacité, pour que le grand flottement de l'autorité qui s'avançait dans un nombre croissant de région ne se transforme pas, comme à certains endroits, en une absence totale d'emprise de l’État et en l'exacerbation de tensions autonomistes, et armées.

Contre-coup au Panmakiranisme, qui s'agitait dans les ambassades depuis une dizaine d'années, "le grand flottement" est le symptôme d'une population majoritairement rurale, pauvre ou méprisée, qui n'hésite plus depuis un certain nombre de mois à bouder les centres. L'île-continent doit veiller à ne pas baisser la garde.


Révolte des Buwhans
Indépendantistes anti-roumaliens, nostalgiques de la Fédération Populaire du Pualo Hoy, d'inspiration nationaliste et pour un régime socialiste.

Pualo Hoy
Indépendantistes anti-roumaliens, pour des raisons ethno-historiques, pour la libéralisation du régime.

-----------------

Les nouvelles règles de modération (IMS) seront utilisées pour arbitrer toutes les interventions liées à ce RP,
dans le topic Eran (qui réouvre prochainement)
dans les autres potentiels sujets pouvant être créés par vos soins dans Conflits internationaux.

Pour tous ces Rps participatifs, sont considérés pays frontaliers :
-Raksasa
-Roumalie/Wapong
-Mayong
-Kaiyuan
-Nanseido (IMS de l'Hokkaido)
-Endo
Image
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Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples »,et qu’il échoue; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?
Frédéric Bastiat, La loi

Johel3007
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Re: [RP] Révolte des Buwhans

Message par Johel3007 » ven. mars 18, 2016 1:58 am

À la reconquête des cœurs

Le Grand Royaume de Roumalie, à l'aube de l'année 2029, c'était plus de 200 millions de personnes vivant sur un vaste territoire continental de 3,5 millions de kilomètres carrés. Une terre peu peuplée, en soi : si Rouziwu, les grandes municipalités et les rives des grands fleuves accueillaient une population parfois grouillante, des vallées entières étaient pour ainsi dire inhabitées et les immenses frontières montagneuses n'abritaient guère que quelques villages de bergers avec ici et là les occasionnelles villes-garnisons dont les populations ne survivait qu'à travers les services fournis aux soldats payés par la Cité-Soleil, important pour ainsi dire tout et ne produisant pour ainsi dire rien mais contribuant à la sécurité du Grand-Royaume.

Avec la Fronde d'Usurpation par le conseil des cinq et leurs partisans, la Roumalie avait connu une période de troubles à laquelle, maintenant que Bu-Jian était de retour sur le trône, avait succédé... une autre période de troubles. La brève vacance du pouvoir central de la Cité-Soleil, combinée aux doutes quant à l'identité et donc la légitimité du Grand-Roi, avait suffi à faire exploser des décennies de ressentiments et d'ambitions politiques réprimées dans les provinces. Et à présent, à divers degrés d'activités et de publicités, c'était des dizaines de factions plus ou moins influentes qui cherchaient à catalyser autour d'elles les lambeaux de pouvoir politique en vue tantôt de forger de nouvelles nations, tantôt d'obtenir des privilèges, tantôt d'enrichir leurs leaders et partisans, tantôt simplement de survivre dans cette poudrière qui, silencieusement, se consumait.

La plus dangereuse et visible de ces factions était celle surnommée les Buwhans, du nom de la municipalité où la révolte avait commencé. Une affaire banale en soit qui avait débuté peu après la visite royale dans la cité de Buw, en Février 2029. Visite éclair, le temps pour Bu-Jian de prendre le poul de la municipalité, de ses mandarins, officiers et notables, de recevoir leur serment d'allégeance et de rassurer ceux qui s'étaient retrouvé dans le mauvais camp lors de la guerre civile aux marques encore fraîches. Visite trop brève sans doute car elle avait simplement permis de donner l'illusion d'une situation sous contrôle par les loyalistes, dont le gouverneur Tseng Ju.
Que ce dernier annonce, seulement un mois plus tard, son intention de prendre sa retraite avant la prochaine lune du rat avait fait l'effet d'une bombe dans l'administration locale : la prise de retraite d'un gouverneur signifie typiquement une option d'avancement pour les préfets de l'ensemble du Grand-Royaume. Cela signifie aussi une promotion durable, considérant qu'il n'est pas de limite officielle à la durée du mandat d'un gouverneur, et potentiellement très lucrative quand il s'agit du poste de gouverneur d'un Jing, ces municipalités autonomes où le gros de la richesse du Grand-Royaume se concentre.
Ce genre d'opportunité arrive relativement souvent : chaque année, un ou deux gouverneurs résignent leur mandat pour rejoindre le conseil royal ou profiter d'une retraite bien méritée. La nomination d'un successeur est souvent une affaire routinière et très bureaucratique où les meilleurs candidats sont sélectionnés selon un examen puis proposés à Sa Majesté pour qu'il fasse son choix selon les avis du conseil royal et de l'ex-gouverneur. Les anciens subordonnés du gouverneur sont naturellement favorisés mais uniquement s'ils ont fait bonne impression. Et le fait qu'un préfet ne puisse demeurer dans la même province plus de soixante lunes successives suffit à éviter la création de fiefs ou même d'allégeances au sein des populations locales.
Que la municipalité de Buw ait été un foyer d'opposants au Conseil des Cinq aurait, à priori, logiquement garanti sa docilité : après tout, s'ils luttaient contre le Conseil des Cinq, les bons sujets de Buw ne pouvait que soutenir leur Roi, non ? Faux : la révolte de Buw contre le Conseil des Cinq était avant tout la révolte d'une faction de mandarins, officiers et notables qui, avant la conquête de la région par la Roumalie, appartenaient aux cadres inférieurs de la Fédération Populaire du Pualo Hoy.

Pour comprendre ce qu'est cette fédération, il faut revenir quelques années en arrière, plus précisément à l'aube du 21ème siècle. À l'époque, le territoire actuel des provinces de Rejiang, Shadong, Ganbok, Nanha, Habei, Yisha, Beilia et Qalong, ainsi que les grandes municipalités qui s’y trouvent, appartenait à un pays du nom de Saktokiev, nation héritière d’une colonie slave établie bien des siècles plus tôt par des navigateurs rostovs et où un régime socialiste vit le jour dans le courant du 20ème siècle, dans la droite ligne de l’influence de l’URSR. Le Saktokiev n’était toutefois que peuplé minoritairement de slaves et paradoxalement, si ceux-ci, concentrés dans les grandes cités de Biw, Yua, Hen, Zih, Xia, Qi et Jho, avaient à cœur de bâtir un paradis socialiste, ils méprisaient la majorité des autochtones d’origine Makaranne mais dont la peau jaune coupait court à toute ambition de pouvoir politique au sein de la nouvelle république kiroviste.
La situation fut, en soit, la même qu’au Shankhaï, où les descendants des colons Almérans, pour survivre à l’éveil du Makara et à la décolonisation, adoptèrent un régime autoritaire collectiviste ultramilitariste basé sur des critères ethniques. Mais contrairement au Shankhaï où les têtes dirigeantes étaient d’origine Alméranne, les niveaux hiérarchiques intermédiaires composés de bâtards et le gros de la population composée de Simbokiens, le Saktokiev se développa comme deux états séparés, avec d’un côté les puissantes cités slaves et de l’autre les campagnes appauvries où vivaient la plupart des Makirans chargés de travailler les champs, de creuser dans les mines et d’arpenter les forêts pour alimenter l’industrie des municipalités.
Dans ces campagnes, deux tendances politiques émergèrent, toutes deux influencées par le panmakiranisme mais l’une emprunta la voie du traditionalisme monarchiste confucianiste tandis que l’autre emprunta la voie du modernisme républicain kiroviste. Dans les années 2010, la branche traditionaliste remporta de vigoureux succès, en partie grâce à l’essor spectaculaire du Kaiyuan néoconfucéen, à l’échec de la révolution communiste en Eran et en Endo mais aussi à l’influence des services secrets du Grand-Royaume de Roumalie. Convaincus que le régime de Saktokiev ne leur offrait qu’une dictature brutale qui écrasait leurs coutumes sans rien offrir en échange, la majorité des habitants des campagnes se révoltèrent, appelant de leurs vœux l’aide des armées royales de la Cité-Soleil. Le Saktokiev fut conquis, les colons slaves exilés et la région renommée brièvement Mokrekyovie puis progressivement scindée en province en vue de diminuer et morceler les factions politiques locales, dilluant leur pouvoir par le jeu de l’assimilation des élites intellectuelles au sein de la bureaucratie du Royaume puis par la mutation réglementaire des mandarins à travers tout le Royaume. En cinq années, la Mokrekyovie n’était plus, tout comme le Saktokiev ou même la région qui l’avait précédé : le Pualo Hoy.

Le Pualo Hoy était le nom commun de la vaste région allant de la cité de Qi jusqu’à la cité de Hen. Elle incorporait alors une multitude de petits domaines féodaux influencés tantôt par la culture Kai, tantôt par la culture Kiyu, tantôt même par la culture Levantine. Nombre de nations y virent le jour, s’élevant et s’effondrant au grès du temps. La dernière fut le Grand Taishogunat Yamashido, un éphémère état-fantoche sous l’influence de l’Empire du Nihongo, alors à son apogée mais amorçant déjà son déclin face aux premiers assauts Almérans, et de l’Empire du Kaiyuan, alors au début de son « Second Empire ». Le Taishogunat fut écrasé et conquis par les colons rostovs et sombra dans l’oubli, retenu d’avantage par les historiens Almérans que par les Makirans, pour qui le nom de Pualo Hoy a bien plus de signification.

C’est ce nom que la branche panmakiraniste républicaine kiroviste emprunta pour sa propagande contre les slaves de Saktokiev, vantant les mérites de l’époque où, à défaut d’être mieux lotis sur le plan matériel, les habitants de la région avait au moins leur destinée entre leurs mains, n’étant pas discriminés sur base de la seule couleur de leur peau et étant libres de vivre selon leurs coûtumes et de décider pour eux-mêmes. D’où le nom du principal mouvement politique de cette branche : la Fédération Populaire du Pualo Hoy, en référence anticipée à la république kiroviste qu’ils comptaient installé, leur projet politique étant simple : prendre le Saktokiev tel quel mais remplacer les slaves par des makirans, ôtant les critères ethniques d’accès à l’éducation, à l’administration, aux soins, à l’armée, ect… tout en étendant les réformes économiques au-delà du simple précarré des municipalités, notamment avec une révolution agricole pour laquelle tout était disponible sinon la volonté politique. Pour cela, les conjurés comptaient sur un soutien logique de l’URKR, du Lychaka, de l’Eran, du Kirep… bref, de leurs frères communistes qui, s’ils appréciaient le Saktokiev comme allié stratégique contre le Pelabssa, n’auraient aucune raison de le soutenir face à une révolte authentiquement populaire.

Ce rêve de Fédération Populaire du Pualo Hoy mourut à gorge ouverte :
D’abord, l’aide de l’International ne se manifesta pas. Rostovs comme Kirepiens dévoilèrent par le silence que, avant la fraternité socialiste, il y avait la fraternité ethnique. Un frère slave et communiste, même imparfait, avait la priorité sur tout autre communiste. Et si l’espoir d’une aide Eranéenne et Lychakienne demeurait, elle fut rapidement plombée par le même silence diplomatique : la Roumalie et le Lychaka étaient officiellement alliés contre l’OTH, après tout. Et si l’idéologie politique pouvait les opposer sur le long terme, les réalités géopolitiques les rapprochaient à court terme. La FPPH fut donc temporairement sacrifiée au profit de la lutte contre l’impérialisme capitaliste.
Ensuite, justement, leurs rivaux confucéens reçurent une aide massive et directe du Grand-Royaume de Roumalie : argent, matériel, formateurs, armes… En quelques mois, la bataille pour les esprits fut gagnée par la faction traditionnaliste qui prônait ouvertement une annexion par la Roumalie afin de récupérer les vraies valeurs du Makara et bannir l’influence néfaste des idées Almérannes… comme le kirovisme. Quand les troupes de Roumalie paradèrent dans les grandes cités, faisant flotter leur drapeau, la FPPH choisit délibérément de coopérer afin de récolter une partie des avantages du futur nouvel ordre. Les cadres du Parti infiltrèrent la bureaucratie en passant l’examination royale, trouvant facilement des places car la demande en intellectuels était forte pour reconstruire une administration compétente maintenant que le Grand-Royaume avait doubler de taille. D’autres partisans s’infiltrèrent dans l’armée royale, dans la flotte et dans la réserve, cherchant en cela à se préparer pour quand arriverait le temps de prendre les armes contre les nouveaux maîtres.

Ce temps était arrivé lorsque le dernier Grand-Roi de Roumalie semblait avoir péri. Le Conseil des Cinq envisageait lui-même de partir sur une base républicaine. Ils pensaient en cela préserver les traditions et coutumes face au modernisme et achever en même temps l’œuvre politique amorcée voici des siècles pour éliminer l’aristocratie et créer un système purement méritocratique comme le souhaitait les confucéens, le trône survivant sans roi sous la forme d’une bureaucratie autocratique où chacun connaitrait ses devoirs et sa place. La FPPH souhaitait elle aussi se débarrasser de l’aristocratie et instaurer la même bureaucratie autoritaire… mais guidée par des principes kirovistes plutôt que confucéens. Lançant une révolte en surfant sur la vague de contestation contre « les usurpateurs », la FPPH pensait se tailler un domaine d’où démarrer une guerre populaire où le Conseil des Cinq, dont l’influence sur les masses ne dépassait par la capitale et quelques villes du sud comme Idjiwu.
Cela fonctionna un moment mais il fut vite clair que la personne royale cristallisait encore les espoirs de la majorité des Roumaliens, y compris au Pualo Hoy. Et avec le retour du Grand-Roi Bu-Jian, la création de l’Armée de Restitution, le soutien diplomatique très vaste reçu pour cette armée et le silence toujours assourdissant de l’Internationale au Makara, la FPPH décida, une fois de plus, de prendre son mal en patience : à quoi bon lutter et sacrifier les vies des travailleurs opprimés si leur sang ne bénéficiait au final qu’au retour d’un de leurs oppresseurs ?

Après la guerre civile, la FPPH fut donc un simple mouvement politique local comme d’autres, toléré par la Cité-Soleil en vertu des lois autorisant précisément la liberté d’expression dans la mesure où elle ne porte pas atteinte au Grand-Roi et la liberté d’association, bien que sous surveillance étroite de la bureaucratie. Elle espère, sur le modèle des théories du Syndicat pour la Solidarité Paysanne, infiltré la bureaucratie pour en parasiter les ressources et en saboter le fonctionnement tout en fondant des collectivités qui formeront la base d’une administration parallèle, plus efficace que celle de la Cité-Soleil et nourrie par celle-ci. Si le Grand-Royaume s’opposerait sans doute à ces projets, il n’était pas en état de le faire activement au lendemain de la restauration de la monarchie, en partie car il ignorait ces projets mais aussi parce qu’il n’avait d’autre choix que de s’appuyer sur les pouvoirs locaux existants pour maintenir l’unité du Royaume.

Parmi ces pouvoirs locaux, la FPPH est représentée par un homme en particulier : Xin Tao, un des dirigeants du mouvement devenu sous-préfet au lendemain de l’annexion de la région puis nommé préfet quelques années après. Par un étroit réseau de corruption, l’homme a su se faire affecté à Buw, sa ville natale, chose rare pour un nouveau préfet. Il y a gagné une grande popularité parmi la population et une réputation d’efficacité honorable. Avec la prise de retraite du gouverneur de Buw, la FPPH voit l’opportunité de prendre le contrôle d’une municipalité pour les décennies à venir et, avec elle, de se ménager une base sûr et prospère d’où elle pourra préparer la révolution de manière complétement légale. Il lui suffit pour cela de faire nommer « leur » préfet au poste de gouverneur.

Le plan échouera car, si Xin Tao est un choix politique intéressant pour le conseil royal et recommandé par le gouverneur lui-même si l’objectif est de rendre heureuse la population, la popularité d’un homme est un bien faible critère dans le processus de décision comparé au mérite bureaucratique et aux compétences. Et sur ce plan, si Xin Tao est doué, il est en compétition avec chacun des 415 autres préfets du Grand-Royaume. Trois autres sont nettement plus qualifiés et pas forcément moins populaire que lui.
La FPPH l’apprend et une majorité de ses cadres, principalement les plus âgés, désirent une fois de plus attendre, préférant ne pas risquer la révolution pour un gain aussi mineur qu’une ville pendant une décennie alors que la guerre populaire pourrait à elle seule nécessiter vingt à trente ans. Mais Xin Tao, lui, ne désire pas attendre ou louper cette opportunité unique. Il sait que si un autre préfet est nommé gouverneur, lui sera transféré dans une autre Jing ou dans une Sheng lointaine dans un futur proche, débutant ainsi un cycle qui l’éloignera à jamais du Pualo Hoy et tuera son utilité pour la révolution ainsi que ses chances d’en être un des dirigeants futurs. Nombre de jeunes cadres désirent eux aussi passer à l’action, estimant que Bu-Jian est un souverain jeune et faible, disposant de faibles réels appuis nationaux et d’une autorité encore trop fragile que pour créer une réelle opposition à la révolution. La guerre populaire est rejetée par ces cadres comme une méthode trop longue et incertaine, surtout face à un appareil d’état aussi robuste que la bureaucratie roumalienne, monolithe politique plus ancien que n’importe quel autre gouvernement de la planète.
Avant même que le nom du remplaçant du gouverneur de Buw ne soit connu, plusieurs régiments de réservistes de la province de Habei se révoltent. Ils sont rapidement rejoins par des régiments de la province de Ganbok lorsque l’ensemble de la FPPH se rend compte qu’un Rubicon a été franchi : si même la moitié de ses membres sont identifiés comme traitres, l’ensemble de l’organisation sera labelisée de manière similaire puis traquée et exterminée par la Cité-Soleil. Partout, les réservistes et les partisans se lèvent pour prendre le contrôle de divers points clés, suivant un plan déjà préparé de longue date par le Parti mais jamais réellement répété ou expliqué aux échellons inférieurs. Certaines offensives réussissent, comme l’attaque de la cité de Hen. D’autres échouent, comme à Buw elle-même, où l’ancien gouverneur rallie les réservistes loyalistes et reçoit une aide solide de l’armée professionnelle, composée de troupes issues de l’ensemble du Grand-Royaume plutôt qu’exclusivement de locaux.

Quelques jours après, les troupes de la garde royale arrivent à Buw en compagnie de la Princesse Cheng Lei-Hai.
La situation est relativement chaotique, avec trois grands camps :

  • Les forces loyalistes ralliées autour de Tseng Ju, actuel gouverneur de Buw, et de l’Armée Royale, luttant pour le maintien de la région sous l’autorité de la Cité-Soleil, bien que parfois avec des demandes pour d’avantage de privilèges ou libertés. Mais leur priorité est l'unité nationale.
  • Les partisans de Xin Tao, coalisés dans l’Armée Populaire des Buwhans et luttant pour la création d’une république kiroviste inspirée sur le modèle de ce que prône la Confrérie Tian-Guó en Eran, bien qu’avec un culte de la personnalité marqué pour Xin Tao en tant que leader éclairé.
  • Les partisans de la Fédération Populaire du Pualo Hoy, rassemblés derrière l’idée qu’une guerre populaire et la lutte révolutionnaire quotidienne tout azimut qui l’accompagne est la seule voie victorieuse à long terme pour la révolution communiste. L'objectif politique est une république socialiste volontaire.


Entre ces trois grands axes, il y a des factions plus grises, dont l’allégeance officielle diffère de l’allégeance réelle, sans que personne n’ait de certitudes quant à cette dernière, et dont les objectifs politiques exacts peuvent être très nuancés.
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Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples »,et qu’il échoue; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?
Frédéric Bastiat, La loi

Johel3007
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Re: [RP] Révolte des Buwhans

Message par Johel3007 » dim. mars 20, 2016 6:41 am

À la reconquête des cœurs

Dans son plan pour pacifier la révolte des Buwhans, la princesse a établi qu’il faudrait mener une lutte sur plusieurs fronts dans les provinces touchées mais aussi à l’échelle nationale pour éviter la naissance d’autres noyaux de contestation ou le déplacement des bandes rebelles existantes.

Le premier front est la propagande officielle. La ligne politique publique de la Cité-Soleil est une ligne de fermeté magnanime, où les révoltés sont encouragés à baisser les armes et à se rendre afin d’attirer la clémence des tribunaux quant à leur cas individuel et de donner plus de poids aux demandes de la cause pour laquelle ils ont pris les armes. Il s’agit de créer des divisions parmi les rebelles en offrant l’espoir d’une résolution pacifique aux moins extrémistes d’entre eux. Mais en même temps, il ne faut pas donné l’impression d’une faiblesse quant au respect des lois, sous peine d’encourager les mouvements les plus extrêmes ailleurs dans le Grand-Royaume à défier à leur tour la Cité-Soleil, vu le peu de conséquences. La prison reste donc inévitable pour les participants à la révolte mais la peine capitale, la confiscation des biens des foyers et l’opprobre public leur sont épargnées s’ils se rendent rapidement. Quel est le délai de « rapidement » ? Cela reste vague pour l’heure. Il suffit aux rebelles de savoir qu’il n’est pas encore trop tard mais que l’ultimatum est proche quand même. Cela suppose une propagande efficace, brassant large et par tous les moyens de communication possible :
  • Affiches visibles et compréhensibles par tous, combinant slogans écris et illustrations graphiques pour toucher aussi bien le public lettré qu’illettré.
  • Crieurs publiques pour attirer l’attention du public et transmettre le message aux illettrés et à ceux qui n’auraient pas compris les affiches.
  • Messages radio diffusés sur ondes larges et non-cryptées, en vue de toucher les unités rebelles des forces armées, comme durant l’usurpation.
  • Publications d’articles dans les journaux nationaux et locaux pour exposer au grand public le cours du conflit et des négociations officielles, selon une vision avantageuse pour le Grand-Royaume.


Amputés de leurs recrues les plus modérées, les révoltés restants seront forcés de choisir entre adoucir leur position en vue de négocier avec succès quelques concessions ou justement se faire plus violents et militants, ce qui justifiera une réponse également brutale des armées royales. Mais avant cela, il faut donner crédibilité au couple carotte/bâton pointé par la propagande et cela suppose la conduite effective d’efforts diplomatiques officiels au-delà de la propagande et donc l’amorce de négociations concrètes avec les leaders de la révolte. C’est le second front : négociations diplomatiques officielles.
Ce point sera plus délicat : si le principal leader, Xin Tao, est une figure connue et relativement visible, le reste de son état-major l’est moins. Quelques officiers de la réserve militaire ont pu être identifiés ainsi que quelques mandarins, principalement car ils avaient déserté leur poste au sein de la bureaucratie ou de leur garnison. Mais au-delà de cela, c’est le noir. Si la propagande ne convainc pas ces leaders de se révéler eux-mêmes en vue de négocier, les efforts diplomatiques piétineront. Mais si cela réussit, alors un vent de doute et de division pourrait être soufflé à travers l’état-major des révoltés : entre les opportunistes, les modérés et les cyniques, obtenir la défection ou la capitulation de pans entiers de la hiérarchie de l’Armée Populaire des Buwhans sera une possibilité bien réelle. Bien entendu, ces officiers seront remplacés rapidement par leurs subordonnés loyaux à Xin Tao. Mais la compétence de ces derniers ne sera pas garantie et, par leur seul départ, les chefs de la révolte enverront un puissant message à leurs subordonnés les moins loyaux à Xin Tao, amorçant un détricotage méthodique de la structure de commandement de sa faction. Les négociations pourront proposer :

  • Les biens des familles des révoltés qui se seront rendus rapidement ne seront pas confisqués, contrairement à l’usage. De même, si un révolté refuse de se rendre mais est livré par sa propre famille, cette dernière recevra la même clémence ainsi qu’une prime à définir. Le révolté purgera une peine liée aux crimes et délits qu’il aura commis.
  • Immunité judiciaire pour les révoltés dont il sera prouvé qu’ils sont innocents de crimes à l’encontre des populations civiles ainsi que de meurtre ou violence. La seule participation à la révolte, si elle est suivie d’une capitulation rapide et de remords sincères, ne justifiera pas une sentence autre qu’une déchéance d’office au sein de la bureaucratie ou des forces armées.
  • Peine de travaux forcés réduite pour les révoltés ayant commis des délits mineurs mais ayant capitulé rapidement et ayant avoué ces délits. Ne sont pas concernés les révoltés ayant commis des crimes de sang (violences physiques, meurtres, viols,…). Il sera assumé que ces délits ont été commis sous le commandement d’un des meneurs de la révolte.
  • Peine d’emprisonnement en résidence surveillée pour les leaders de la révolte, à des conditions de confort et liberté définies par le nombre d’hommes qu’ils parviennent à faire capituler avec eux. Ces hommes devront purger une peine de travaux forcés, ceci afin de décourager le recrutement de dernière minute, mais bénéficieront des conditions promises ci-avant.
  • Redistribution plus équitable de terres via l’annulation de certains privilèges de propriété actuelle chez les plus grandes Maisons et allégement des taxes pour les foyers paysans pauvres des provinces de Habei, Yisha et Ganbok. Cela sera compenser par une taxe plus élevée sur les grandes propriétés. Une exemption de taxes est également envisageable pour les propriétés les plus petites.


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À la chasse aux traitres

Avec une carotte claire et tangible agitée, il ne manque qu’un bâton crédible pour motiver les capitulations attendues. D’où le troisième front : traque et identification des révoltés parmi la population. Loin d’en être au stade de la répression d’une guérilla, il s’agit ici, sur base des census précédant la révolte, d’identifier où se trouve chaque sujet de Sa Majesté vivant dans les provinces où sévit la révolte.
  • Les sujets qui ne pourront justifier de leur absence seront assumés avoir rejoint la révolte. Les patriarches de leur foyer seront alors emprisonnés temporairement. Si le révolté supposé est lui-même le patriarche de son foyer, alors ses deux fils les plus âgés seront emprisonnés. S’il n’a pas de fils, ce sera sa femme et ses filles qui seront emmenées. La libération des otages ne se fera qu’à la capitulation du révolté supposé, lequel sera interrogé et, s’il s’avère qu’il n’a rien à voir avec la révolte, il sera libéré avec sa famille. S’il est bel et bien coupable, alors sera condamné selon les délits commis mais avec la clémence promise par la propagande et la diplomatie.
  • En même temps que cette chasse aux otages, des opérations de nettoyage seront conduites où des unités de l’armée issues de régions éloignées de la révolte seront utilisées pour affronter les formations visibles de l’Armée Populaire des Buwhans. En les écrasant lors d’engagements réguliers, il est espéré que les rebelles comprendront la difficulté de la tâche qu’ils se sont imposés et qu’ils accepteront l’idée d’une paix négociée plutôt que d’une guerre populaire perdue d’avance. Combinée aux arrestations dans leurs familles, ces mesures devraient être efficaces à provoquer leur lot de capitulations et donc à affaiblir l’APB et la FPPH.
  • Enfin, en soutien direct aux opérations de nettoyage, des zones de suppression seront installées en vue de servir à la fois d’appâts pour les éléments moins visible de l’APB et de la FPPH et de bastions-relais pour l’organisation du ravitaillement des forces armées. Chacune de ces zones sera en communication radio avec l’état-major, lequel se tiendra près à déployer rapidement des unités mobiles pour renforcer un bastion. Si possible, à terme, ce seront de véritables bases de feu sur le modèle suggéré jadis par l’OTH qui seront installées, afin de fournir un déploiement instantané d’une vaste puissance de feu contre toute manifestation ennemie.

Entre les arrestations de leurs familles, la destruction de leurs forces régulières dès qu’elles deviennent visibles et la sanctuarisation de zones entières contre leurs opérations de guérilla, le coût humain de la lutte de l’APB et de la FPPH deviendra vite intolérable.

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Construire sur des bases solides



Après la propagande, la diplomatie et la répression, le dernier front est la défense. Celle-ci vise d’avantage à préserver le moral des partisans loyalistes à la Cité-Soleil en leur prouvant que le Grand-Royaume est non seulement capable de combattre l’ennemi mais aussi capable de faire régner l’ordre et la justice. Il s’agit donc de défendre les sujets de Sa Majesté.
  • De manière réaliste, fortifier et sécuriser une zone aussi vaste que celle où opère actuellement l’APB est irréalisable. Il faudra donc choisir de manière réaliste quels zones seront abandonnées et quelles zones serviront de places fortes. La population rurale est la plus exposée sur le plan militaire car fortement dispersée et chaque cible individuelle potentielle ne représente qu’un faible atout économique pour le Grand-Royaume. Les foyers des hameaux et villages les plus reculés seront donc évacués vers de grandes villes ou même vers Buw. Nourris, logés, soignés et globalement pris en charge par le Grand-Royaume, ces gens recevront du travail dans des usines jusqu’à ce que la crise soit sous contrôle. La perte de leur production agricole représentera un souci pour le Grand-Royaume mais rien qui ne puisse être surmonté à court terme.
  • Les grandes villes seront quant à elles sécurisées, de même que les points stratégiques tels que les mines, carrières, scieries, ponts, barrages, écluses, centrales électriques… Cette fortification doublera avec le front offensif de création d’appâts surprotégés visant à leurrer la guérilla à découvert. Sans cibles faciles et visibles à attaquer, l’ennemi devra prendre des risques et encaisser des pertes lourdes en s’attaquant à des objectifs bien défendus. Même si son attaque réussit, il lui sera ensuite difficile de se replier en bon ordre s’il ne peut bouger qu’à pied face aux forces motorisées déployées en réponse.
  • À mesure que les capitulations s’enchaineront, il arrivera un moment où l’APB et la FPPH n’auront plus les moyens humains de mener des offensives d’envergure. Une partie du territoire pourra alors être recolonisé par ses anciens habitants.
  • À plus long terme, si la crise persiste, les familles seront relocalisées dans des zones à défrichés hors des provinces en révolte, de manière dispersées, limitant ainsi les possibilités de nouvelle révolte ailleurs. Une telle déportation suffira à envoyer un message puissant parmi les sujets de Sa Majesté : le Grand-Royaume est assez vaste que pour pouvoir facilement disperser es quelques foyers séditieux dans des régions désertes et inhospitalières.


Pour cette opération, la princesse et ses conseillés demandent à la Cité-Soleil de mobiliser les moyens militaires suivants :

  • 40.000 soldats de l’armée régulière (soit environ 30% des forces) avec artillerie, blindés légers, chars lourds, choisis parmi les unités des provinces du Sud de la Roumalie, où la contestation à l’autorité royale semble la plus faible. Leur rôle sera de mener les opérations de nettoyage et de se déployer comme force mobile en soutien aux futurs bastions-relais.
  • 100.000 réservistes issus des provinces du Sud de la Roumalie, pour les mêmes raisons. Leur rôle sera de participer à la défense de Buw dans un premier temps puis d'être déployer en garnison des différents points stratégiques, où ils serviront à tenir un choc initial contre les forces de l'APB et de la FPPH, le temps pour les forces armées régulières d'agir. Ils offriront aussi une aide précieuse pour les arrestations dans les familles des rebelles.
  • Possibilité de faire appel à des escadrilles de bombardiers et d’hélicoptères de combat en appui aux forces au sol.
  • Une flotte pour établir un blocus efficace de la cité de Hen et des autres villes côtières aux mains des rebelles.

Considérant l’ampleur des moyens demandés, la princesse est consciente que cela prendra du temps. Elle démarre donc les fronts de la propagande et de la diplomatie.
Sur le plan militaire, la cité de Buw étant encore sous le contrôle du gouverneur et de ses troupes, le renfort des gardes royaux devrait permettre de vaincre les dernières poches de résistance rebelles et de sécuriser la municipalité. L'aérodrome sera renforcé en vue de recevoir un traffic aérien civil pour ravitailler la population en cas de siège et en vue d'accueillir les escadrilles demandées à la Cité-Soleil.
La cité de Buw est une tête de pont pour les forces loyalistes dans cette région autrement jugée comme hostile. Sa défense est donc la priorité absolue.
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Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples »,et qu’il échoue; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?
Frédéric Bastiat, La loi

Johel3007
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Re: [RP] Révolte des Buwhans

Message par Johel3007 » mer. avr. 27, 2016 11:25 am

Construire sur des bases solides
20/12/2029

Voici déjà plus de quatre mois que la région dite du Pualo Hoy est en révolte ouverte contre le Trône, contestant l’autorité centrale de la Cité-Soleil. Les tentatives d’apaisements et de pacification ne semblent pas porter leurs fruits tandis que sur le plan de la répression, les avancées des forces loyalistes sont maigres.
La région est toujours, dans les faits, divisés en trois zones dont les frontières ont peu changées :


La zone sous contrôle des loyalistes. Suite au débarquement de troupes dans la municipalité côtière de Yua et leur avancée méthodique le long du fleuve en direction de la grande cité de Buw en vue d’en lever le siège mené par l’Armée Populaire des Buwhans, c’est l’ensemble de l’axe fluivial qui a pu être sécurisé, de même que les villes et villages pressés sur les berges.
Les rares batailles rangées entre l’APB et l’Armée Royale de Roumalie (ARR) ont été des victoires écrasantes pour cette dernière, les partisans de Xin Tao manquant de discipline, motivation et puissance de feu pour opposer une résistance frontale. Après trois tentatives désastreuses pour l’APB, celle-ci a choisi de limiter ses actions à des embuscades mineures, escarmouches d’où elle peut aisément se désengager avant que l’artillerie de l’ARR ne puisse peser de tout son poids. Incapable de tenir le terrain, l’APB n’a pas pu maintenir le siège de Buw, ses forces se repliant loin de la municipalité et du fleuve, probablement en vue de se réorganiser pour une lutte populaire prolongée qui, bien qu’en opposition aux doctrines kirovistes, semble la seule voie possible.
Conséquence indirecte de la révolte, les camps de réfugiés et de prisonniers ont fleuris comme les lotus, formant une banlieue autour des quartiers extérieurs de Buw et de Yua. Si les réfugiés reçoivent une aide modeste mais suffisante, ils sont surtout activement auditionnés par les forces loyalistes en vue de les recenser mais aussi en vue de glaner des informations sur l’APB et ses opérations, voire de repérer l’un ou l’autre partisans de l’APB caché parmi les réfugiés. Main d’œuvre peu onéreuse et disponible, cette masse miséreuse fait le bonheur des manufactures de Buw et Yua, où le prix des denrées est monté en flèche tandis que celui du travail est au plus bas.
Les prisonniers, pour leur part, sont le fruit des efforts de propagande mené de concert à la reconquête. Il s’agit pour la plupart de déserteurs de l’APB qui, suite aux « Trois Fracassantes Défaites des Buwhans », comme y réfère la propagande, ont choisi de ne pas mourir pour une cause perdue d’avance. On leur avait promis des victoires faciles contre une Cité-Soleil faible et divisée par le factionalisme, soutenant un Grand Roi à la légitimité aussi douteuse que son identité et ne commandant qu’une faible loyauté au sein des armées, dont nombre de soldats rejoindraient spontanément les rangs de l’APB sitôt les premiers combats engagés. Visiblement, on leur avait menti : lentement mais sûrement, le Trône du Dragon reprenait le contrôle de la région. La propagande royale donnait des chiffres qui faisait naître le vertige : 140.000 hommes assemblés pour écraser la révolte. Et six à sept fois ce nombre potentiellement mobilisable si besoin. Face à ce flot humain sans fin, on comprend que le soldat moyen décide de baisser les armes.
Internés dans des camps à Buw, ils sont triés en fonction des circonstances de leur capture, en accord avec les promesses de clémence. Fichés et interrogés sur leur brin d’histoire, ils livrent leurs secrets : qui sont-ils, qui sont leurs familles, où sont-elles établies, où et quand se sont-ils engagés, via qui et pourquoi, où furent-ils entraînés et déployés, qui étaient leurs officiers et camarades, d’où sont originaires ces camarades et officiers,… L’information est encodée, analysée et croisée avec les confessions des autres prisonniers ainsi que celles des réfugiés. Il est espéré mettre à jour les identités et localisations des forces de l’APB et de leurs soutiens.

Les zones sous contrôle de l’Armée Populaire des Buwhans. Chassée de Buw et de ses alentours, l’APB exerce toutefois une domination désormais complète sur les campagnes intérieures. Les témoignages des réfugiés font état d’un enrégimentement de la société civile :
  • Dépossession des grandes Maisons et de leurs branches cadettes, officiellement au profit de chaque foyer de petits paysans mais, dans les faits, surtout au profit de l’APB, qui reprend à son compte, sous prétexte de collectivisation, la part des récoltes usées jadis par les paysans pour payer le loyer garantissant leur droit de possession.
  • Organisation de « bataillons de travail » où chaque « frères et sœurs », tel que les rebelles se nomment désormais, a une place et une tâche précise, fut-elle dans les champs, dans les ateliers, dans les écoles ou au front. Comme si la société toute entière était une immense armée, elle se hiérarchise désormais selon de sinistres lignes dont les titres familiers font peur : diacres, évêques et cardinaux rappellent ainsi l’organisation de la Main Noire…
  • Stricte égalité entre les frères et les sœurs, en opposition avec la division des tâches voulue par le Confucianisme. Égalité mais néanmoins séparation : les bataillons sont unisexes, en vue « d’éviter une promiscuité propice à l’indiscipline et aux tensions sentimentales entre frères et sœurs qui les handicaperaient dans l’exercice de leur devoir ».
  • Conversion des monastères et lieux de culte existant en chapelles et églises où un rite similaire au christianisme est dispensé. Les témoignages des réfugiés sur la question sont vague mais il y est question d’étranges cérémonies où les adeptes boivent le sang et mange le corps de leur idole. Un entrainement martial quotidien est également donné aux fidèles, en même temps qu’une lecture des écris de Kirov et d’autres penseurs kirovistes.



Les zones sous influence de la Fédération Populaire du Pualo Hoy. Située plus loin du foyer originel de la révolte, cette zone ne fait pas l’objet d’une attention directe par la Cité-Soleil, en raison de la nature relativement peu violente de la FPPH comparé à l’APB et de leur nature avant tout laïque : la FPPH ne cherche pas activement à persécuter la tradition ou la religion mais plutôt à changer un système politique et socioéconomique, ce qui peut être négocié, Sa Majesté ayant fait savoir qu’il comptait ouvrir certaines avenues de réforme en vue de moderniser le pays de manière prudente.
Le siège du pouvoir de la FPPH est la cité de Hen. Bien qu’assiégée par la marine royale depuis la mer, la ville résiste sans mal, ayant un accès direct aux campagnes environnantes où la FPPH règne sans opposition. Attaquer Hen par un assaut amphibie serait suicidaire et il a donc été décidé d’une approche d’encerclement et de reconquête progressive des campagnes par l’ARR. Un plan qui n’est pas prêt de voir le jour mais, dans l’intervalle, la marine royale de Roumalie empêche au moins les rebelles de recevoir des renforts depuis la mer ou même de commercer avec des soutiens étrangers.
Moins radicale que l’APB, la FPPH est aussi dénuée de connotation religieuse et veut une république communiste strictement laïque, où les coutumes et traditions du passé seraient au moins temporairement respectées puis progressivement éliminées au profit de la raison. Ses réformes ont jusqu’ici consisté à la collectivisation des terres sur le même modèle que l’APB. La société n’a toutefois pas été enrégimentée et si l’égalité des sexes est promise à terme, le foyer demeure pour l’heure l’unité de référence. L’ancienne bureaucratie royale n’a pas été abolie et continue de fonctionner, bien que purger de ses éléments les plus loyaux à la Cité-Soleil.
Dans les écoles de Hen et des autres villes, les professeurs confucéens ont été remplacés par des cadres du Parti. Les cours se concentrant sur l’étude des classiques, sur la calligraphie traditionnelle et autres arts « obsolètes » ont été remplacés par des cours d’éducation révolutionnaire. Déjà active depuis longtemps dans l’ombre, la FPPH a une meilleure assise locale et des moyens humains plus vaste que l’APH, facilitant ce genre de « révolution silencieuse ».
Selon les propres mots des leaders du Parti : « -Cette révolution est le début d’une transition progressive d’un passé statique vers un avenir en mouvement, pas une rupture radicale et sanglante avec nos racines. Dans cette lutte contre l’esclavage du faible par le fort, les chaines du peuple de Pualo Hoy seront brisées. Mais trop de hâte à achever la révolution pourrait créer un gouffre irréconciliable entre les besoins immédiats des travailleurs et les aspirations du Parti, tuant chez les travailleurs l’esprit et le cœur nécessaire à accomplir une révolution qui, bénéfique à long terme, leur serait trop dommageable à court terme. »
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Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples »,et qu’il échoue; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?
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Re: [RP] Révolte des Buwhans

Message par Johel3007 » lun. mai 30, 2016 1:49 pm

Construire sur des bases solides
30/03/2030

Après des victoires rapides et décisives lors de la contre-offensive initiale, le combat contre l’APB semble s’enliser dans une série d’escarmouches qui, s’ils sont insuffisants à remettre en cause la puissance de l’Armée Royale, prélèvent leur lot de vies humaines et affectent la crédibilité de la Cité-Soleil lorsqu’elle prétend restaurer l’ordre dans la région. En effet, les militaires ne sont pas les seules cibles des Buwhans : les civils, aussi bien fonctionnaires que simples paysans, qui sont soupçonnés d’aider les forces royalistes sont victimes de violences diverses, allant du simple vandalisme contre le bétail et les fermes à la mise à mort de familles entières après torture.
Cette violence, si elle ne contribue pas à rallier la population aux idéaux de l’APB, aide à la décourager de coopérer avec les autorités royales, affirmant une réalité de terrain : dans la région du Pualo Hoy, la justice royale n’est absolument pas garantie pour les sujets de Sa Majesté. Il apparait clair que vaincre l’ennemi dans chaque engagement tactique ne suffit pas si celui-ci, dissimulé parmi la foule, peut librement attaquer les populations civiles nécessaires au soutien logistique et administratif de l’Armée Royale.
Pourtant, les victoires sont nombreuses et non des moindres : après trois mois de luttes, la cité de Hen a été intégralement sécurisée lors d’une opération de longue haleine combinée entre la Marine Royale et l’Armée Royale. Mais si les forces vives de la FPPH ont été vaincues, elles n’ont pas pour autant été détruites, se repliant simplement pour mieux se disperser au sein d’une population qui lui est sympathique.

Les tentatives de négociations entre la Princesse Cheng Lei-Hai trainent en longueur, la FPPH n’ayant pas une seule voix parlant pour tous ses membres et devant dès lors mener un processus consultatif long et compliqué tandis que l’APB reste silencieux. Les arguments de redistribution des terres, proposés en accord avec les grandes Maisons, sont toutefois accueillis positivement par la majorité des représentants de la population locale. Mais sans un contrôle effectif des campagnes, ces promesses resteront lettre morte, les villageois refusant de se saisir des terres offertes par la Cité-Soleil, par peur que cela ne soit interprété comme un signe de coopération par la FPPH ou l’APB.
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Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples »,et qu’il échoue; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?
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