L'âme du Karmalistan [culture]

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Vladimir Ivanov
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » mer. nov. 28, 2018 4:14 am

Image
Des jeunes qarlouks s'affrontent (merci à Viktor pour l'image)

LES ÉCHECS

Le Karmalistan est très probablement le berceau de ce jeu de société combinatoire théorique, vieux d'une quinzaine de siècles. Les traces les plus anciennes remontent exactement à la fin du IIIe siècle de notre ère, chez les Sürgüngë de l'Altaï (ancêtres communs des Syirs et des Qarlouks), lorsque le reste du Karmalistan était occupé par l'empire indo-iranien (ethno-linguistique) greco-bouddhiste (culturel) du Gushana.

Nommé d'abord Chaturanga dans sa forme primitive au Gushana et dans le monde janubien après sa transmission par les nomades de l'Altaï, il devient le Shatrandj une fois son encadrement et "moralisation" achevée à la fin de l'Antiquité en Eranshah (chez les perses zoroastriens, ancêtres des Tojiks). Le commerce l'amène ensuite en Ventélie continentale, où il est adapté aux coutumes locales et renommé Xiangqi (Liang et Kaiyuan actuels). Il se répandit ensuite en Marquézie et Algarbe, cette fois-ci par les conquêtes islamiques (les musulmans le ramèneront de la Perse karmale). Il ne sera véritablement introduit en Dytolie qu'à la fin du Moyen-Âge, vraisemblablement par les Syires (grandes invasions) à partir du XIIIe siècle.

Inventé par des nomades turciques païens, il devînt le jeu de société islamique par excellence : Ali, gendre du prophète Mohammed et quatrième calife rashidun, était un grand amateur d'échecs après les avoir découvert lors de la conquête du Karmalistan iranien (après 651), tout comme son lointain successeur Haroun al-Rachid (IXe siècle). C'est ce dernier qui organisera le premier grand tournoi (à l'échelle du monde islamo-marqaz) en 847, après la rédaction cinq ans plus tôt d'un "Livre des échecs" par l'expert Al-Adli.
Le monde islamique a ainsi considérablement développé l'esprit du jeu, en étudiant et retranscrivant les différentes techniques.
Au passage, une curieuse anecdote au Karmalistan médiéval fut rapportée par les chrétiens à partir des écrits du meilleur joueur du IXe siècle, al-Suli :
Un jeune seigneur eut la folie de jouer aux échecs pour un monceau d'or ; [misant] sa belle et favorite esclave Dilaram. Réduit à une position désespérée et menacé d'un mat en un coup, sa vue se trouble, sa tête s'égare, il maudit sa cupidité qui l'expose à perdre une femme qu'il adore. Incapable de se délivrer du danger qui le menace, il croit n'avoir plus qu'à se résigner à son malheureux sort. Mais la belle Dilaram suivait la partie. Derrière son voile, elle l'avait étudiée avec soin, et ne désirant pas devenir la propriété de l'étranger, elle s'écrie : "Oh ! mon seigneur, que la joie rentre dans votre âme, sacrifiez vos deux rocs [tours] plutôt que moi, avancez hardiment votre éléphant [fou], poussez votre pion et votre cavalier donnera le mat !" Un peu incrédule, son maître suivit quand même son conseil, gagna l'or et garda Dilaram.
Contrastant avec l'avance scientifique et artistique de l'islam médiéval sur le reste du Monde, où les combinaisons du jeu étaient complexes et recherchées, donnant même naissance à une véritable littérature échiquéenne arabo-perse, les nobles dytoliens, bons vivants, étaient fort peu enclins aux problèmes d'échecs, optant pour des parties simplistes pour gagner par des ouvertures maladroites et coups à court terme.

Néanmoins, le caractère anthropomorphe des figurines, considérées comme impies en islam, oblige à la modification des pièces en formes abstraites décorées pour les jeux musulmans. En Ventélie elles deviendront très vite des jetons avec inscriptions calligraphiques.

Aujourd’hui, on dit Shakhmat chez les Qarlouks et les Tojiks, et Shatar chez les Syirs. Au Dahar, on utilise le terme d'origine perse Charandj.

Sport de réflexion ancestral extrêmement populaire au Karmalistan, il incarne l'un des aspects de l'identité du pays. On le trouve aussi bien en version originale (pièces figuratives) qu'en version "islamique" (pièces en forme abstraite décorée, populaires chez les Tojiks les plus conservateurs). Il est pratiqué souvent dès l'enfance, partout dans le pays, en intérieur comme en plein air.
Victor Hugo : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ».
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » dim. déc. 16, 2018 10:55 pm

LES 14 GRANDES VILLES DU KARMALISTAN
DÉMOGRAPHIE, ÉCONOMIE ET CULTURE

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1- Karagol
Population : 8 millions (9 millions avec l'aire urbaine)
Principales activités économiques : industrie lourde (mécanique & sidérurgie, armement), chimie & pétrochimie, artisanat, textile (filature du coton, tissage et confection), R&D, industrie de pointe (dont informatique), électronique (télécom), agroalimentaire, aéroport international
Intérêts : vestige de l'émirat du Kormalestan, mosquées, musée et monuments commémoratifs sur al-Fârâbi et Ferdowsî, vieux manuscrits du Shâh Nâmeh
Surnoms & particularités : capitale politique et administrative du Karmalistan ; cœur historique ; citadelle du peuple tojik
_______________________________________________________________________________________

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2- Daharpur
Population : 8 millions (12 millions avec l'aire urbaine)
Principales activités économiques : finance (banque, assurances, bourse...), commerce portuaire, R&D, industrie de pointe (dont informatique), électronique (télécom), textile (tissage et confection), construction navale, industrie lourde (mécanique & sidérurgie), chimie et pétrochimie, tourisme, agroalimentaire, aéroport international
Intérêts : Dahar towers, vestiges du Rajanagar et de l'ère coloniale britonne, temples hindouistes, universités prestigieuses (ULDP)
Surnoms & particularités : capitale économique ; cité de la Grande Porte ; cité isthmique ; citadelle du peuple rajan

_______________________________________________________________________________________

Image

3- Tchardjou / Tcharkand
Population : 3 millions (5 avec l'agglomération et la cité voisine de Fargana)
Principales activités économiques : industrie lourde (mécanique & sidérurgie, armement), artisanat, textile (filature du coton, tissage et confection) et tapisserie, R&D, chimie & pétrochimie, industrie de pointe (dont informatique), agroalimentaire, tourisme, aéroport international
Intérêts : Registon, vestiges du khanat taragaïde, tombeau de Taragaï et autres constructions taragaïdes, mosquées, musées, vestiges de l'occupation bykovienne
Surnoms & particularités : capitale culturelle ; centre de la Route de la Soie ; capitale taragaïde ; citadelle du peuple qarlouk

_______________________________________________________________________________________

[pas encore de référence IRL]

4- Enokhobod
Population : 2 030 000
Principales activités économiques : industrie lourde (mécanique & sidérurgie, armement), artisanat, chimie & pétrochimie, textile (filature du coton, tissage et confection), R&D, industrie de pointe (dont informatique), agroalimentaire
Intérêts : vestiges antiques des peuples Sürgün (proto-syirs / proto-qarlouks), kourganes
Surnoms & particularités : la mère de toutes les villes (umm al-balad) ; cité de Qobyl ; cité d'Afrasiab

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5- Hyperabad
Population : 1 770 000
Principales activités économiques : finance (banque, assurances, bourse...), R&D, industrie de pointe (dont informatique), électronique (télécom), textile (tissage et confection), industrie lourde (mécanique & sidérurgie), chimie et pétrochimie, tourisme, agroalimentaire, aéroport international
Intérêts : vestiges du Rajanagar et de l'ère coloniale britonne, temples hindouistes, mosquées, universités prestigieuses
Surnoms & particularités : capitale politique et administrative du Raj Dahar

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Image

6- Sürgün
Population : 1 400 000
Principales activités économiques : industrie lourde (mécanique & sidérurgie, armement), artisanat, chimie & pétrochimie, agroalimentaire
Intérêts : vestiges archéologiques de l'Empire Shvetahuna des Sürgüngë (kurgan)
Surnoms & particularités : cité de l'exil ; refuge des exilés
_______________________________________________________________________________________

Image

7- Altaï-Ata
Population : 1 330 000
Principales activités économiques : industrie lourde (mécanique & sidérurgie, armement), artisanat, chimie & pétrochimie, R&D, industrie de pointe (dont informatique), agroalimentaire
Intérêts : vestiges du Syirkhanat et monuments commémoratifs de Djaghataï
Surnoms & particularités : capitale de la steppe ; nouvelle citadelle du peuple syir
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8- Sanghar
Population : 1 050 000
Principales activités économiques : textile (filature du coton, tissage et confection) et tapisserie, industrie de pointe (dont informatique), électronique (télécom), industrie lourde (mécanique & sidérurgie), chimie et pétrochimie, tourisme, agroalimentaire
Intérêts : Ghanta Ghar, vestiges de l'ère janubienne puis coloniale britonne, mausolée de Rukn-e-Alam
Surnoms & particularités : carrefour janubo-marquézien
_______________________________________________________________________________________

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9- Khorramshar
Population : 940 000
Principales activités économiques : chimie et pétrochimie (plus grande raffinerie du pays), artisanat, textile (filature du coton, tissage et confection) et tapisserie, industrie de pointe (dont informatique), industrie lourde (mécanique & sidérurgie, armement), agroalimentaire
Intérêts : tapisserie, mosquée Rawze-i-Sharif
Surnoms & particularités : capitale mondiale de la tapisserie ; centre pétrochimique majeur
_______________________________________________________________________________________

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10- Mirpur
Population : 820 000
Principales activités économiques : construction navale, commerce portuaire, R&D, chimie et pétrochimie, textile (tissage et confection), industrie lourde (mécanique & sidérurgie)
Intérêts : sites industriels modernes remontant au début du XIXe siècle
Surnoms & particularités : principal chantier naval du pays
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11- Orkodyr (Arkadyr)
Population : 780 000
Principales activités économiques : artisanat, textile (filature du coton, tissage et confection), R&D, industrie de pointe (dont informatique), tourisme, agroalimentaire
Intérêts : complexe Poi-Kalon, vestiges antiques de l'ère scytho-hellénistique, vestiges de l'ère islamo-khorassanienne (capitale califale), sites historiques d'al-Bukhari Mukhammat bin al-Mughira et d'Avicenne, avec monuments commémoratifs et musées
Surnoms & particularités : capitale antique ; capitale califale
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12- Tarobaïn
Population : 700 000
Principales activités économiques : chimie et pétrochimie, artisanat, textile (filature du coton, tissage et confection), agroalimentaire
Intérêts : vestiges greco-bouddhistes, janubo-ventéliens de l'Empire Gushāna, temples bouddhistes et hindouistes
Surnoms & particularités : Mésopotamie ; Ortosundagol ; cité des cinq religions ; principal centre de l'industrie agroalimentaire

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13- Khunjerab
Population : 600 000
Principales activités économiques : chimie et pétrochimie, artisanat, textile (filature du coton, tissage et confection) et tapisserie, industrie lourde, agroalimentaire
Intérêts : vestiges du califat du Khorasan (tribunaux islamiques), sites historiques, musées et monuments commémoratifs sur Afzal Al-Bīrūnī
Surnoms & particularités : centre de la jurisprudence islamique ; capitale de l'hanafisme
_______________________________________________________________________________________

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14- Khaybar
Population : 530 000
Principales activités économiques : chimie et pétrochimie, artisanat, textile (filature du coton, tissage et confection) et tapisserie
Intérêts : mosquées et madrasas datant du IXème siècle, sous le Califat du Khorasan
Surnoms & particularités : cité de la misère ; une des "métropoles" les plus pauvres du monde
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » lun. févr. 04, 2019 7:59 am

LES RÉGIONS HISTORIQUES NATURELLES DU KARMALISTAN

===> Carte des régions historiques / naturelles <===

(rappel de la carte administrative des provinces)

En fonction de la nature et de l'histoire, le Karmalistan peut être séparé en 8 régions principales (du Sud vers le Nord).

1_ le Dahar (Rajanagar)
"La Porte". Territoire de l'extrême Sud, formé de plaines agricoles, de vastes concentrations urbaines, et bénéficiant du seul littoral du pays. Peuplé de Rajans (janubiens), souvent occidentalisés et aux fortes inégalités entre très riches et très pauvres, il est doté de sa propre province (correspondance quasi-parfaite), et qui plus est semi-indépendante. C'est le poumon commercial et financier du pays. La capitale historique est Hyperabad (Daharpur est la ville la plus peuplée).

2_ la Ciskormalie
"En-deça des monts du Kormal". Territoire du Sud, formé de plaines et vallées cultivées et de montagnes. Peuplé de Tojiks (iraniens / perses orientaux / tadjiks), généralement très pauvres et ultra-conservateurs (mais quiétistes), il comprend 4 provinces. Grenier à blé du pays, la région est réputée pour son industrie textile et sa pétrochimie. La capitale historique est Khorramshar.

3_ la Transkormalie du Sud
"Au-delà des monts du Kormal". Territoire central, montagneux. Peuplé de Tojiks et de Qarlouks (ouzbeks), généralement pauvres et conservateurs, il comprend une province entière et la moitié d'une autre. Zone sur-militarisée, mais à l'économie diversifiée, avec bassin énergétique (charbon). La capitale historique n'est autre que la capitale politique du pays, Karagol.

4_ la Vallée de l'Iaxarte
Ou "Tcharkand", ou "Vallée du Sürgüngë". Territoire du centre-nord, formé d'une immense vallée creusée par le plus grand fleuve du pays. Peuplé de Qarlouks (ouzbeks), généralement pauvres, il comprend une moitié de province (partagée avec la Transkormalie du Sud). C'est le poumon industriel du pays, un haut-lieu culturel et le bastion du progressisme social. La capitale historique est Tchardjou.

5_ l'Ala-Tau
"Montagnes disparates". Territoire de l'Ouest, exclusivement montagneux. Peuplé de Tojiks, généralement très pauvres et ultra-conservateurs, il a sa propre province. Pastoralisme prédominant. La région concentre à elle seule le tiers de l'extraction mondiale de fer. C'est aussi le bastion de l'islamisme radical. La capitale historique est Khunjerab.

6_ l'Arkodyriane
Territoire septentrional, formé de steppes et de déserts. Peuplé de Qarlouks et de Syirs (hazaras et mongols), généralement pauvres, il comprend deux provinces et la moitié d'une autre. Berceau historique du Karmalistan, il partage avec le Tcharkand le rôle de "cœur" du pays sur le plan culturel. Les deux capitales historiques sont, d'abord Enokhobod, et, en second lieu, Orkodyr (Arkadyr).

7_ le Tshygysh
"Orient". Territoire de l'Est, exclusivement montagneux et nombreuses forêts. Peuplé de Syirs, généralement très pauvres, il n'a pas d'entité administrative propre, et concerne une moitié de province. Production de bois et activité pastorale. C'est la région la moins peuplée du pays, mais aussi la plus militarisée. Sa capitale historique est Taraz.

8_ l'Altaï
"Montagnes d'or". Territoire du Nord-Est, formé de steppes sur hauts- et moyens-plateaux, elles-mêmes ceinturées par la chaîne de hautes montagnes éponyme. Peuplé de Syirs, généralement pauvres ou très pauvres, ce territoire est pourvu de sa propre province. C'est le bastion du communisme karmali (guérillas syires, du PRDK-ML et du Nod). Sa capitale est Altaï-Ata.
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » sam. févr. 09, 2019 6:27 am

Go'r Amir Maqbarasi
LE GUR EMIR (TCHARDJOU)


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Le Gur Emir (prononcez "Gour Emir", en qarlouk : "Go'r Amir Maqbarasi") est le plus grand mausolée du Karmalistan, à Tchardjou. Il est le lieu de sépulture de Taragaï, conquérant syrio-qarlouk et plus grand personnage historique du pays.

Imitant son ancêtre Djaghataï, Taragaï avait pourtant réclamé la plus simple des sobriétés pour son enterrement : « Juste une pierre et mon nom dessus ».

Mais son petit-fils et successeur désigné, Muhammad Sultan, en décida autrement alors que son grand-père guerroyait à des milliers de kilomètres d'ici pour réaliser les vœux universalistes de son ancêtre Djaghataï ("puisqu'il n'y a qu'un Dieu dans l'au-delà, il ne doit y avoir qu'un Roi ici-bas"). C'est lui qui fut chargé des travaux par le Khural de la capitale, Tchardjou.

En 1401, un premier mausolée commençait ainsi à sortir de terre : il était constitué d'une madrassa (école coranique) et d'un khanqah (couvent pour abriter les mollahs/oulémas, experts en religion), sur lequel se trouvait une mosquée à coupole. Cet ensemble architectural relativement sobre n'en demeurait pas moins impressionnant par ses dimensions, encadrait par quatre quatre iwans (portails) une vaste cour intérieure. Ces iwans répondaient tel un écho aux quatre minarets de la mosquée du khanqah.

Mais rappelé au combat avant la fin des travaux, Muhammad Sultan mourut sur le champ de bataille. Inconsolable, son illustre grand-père ordonna alors la construction d'un mausolée, plus grand, plus majestueux encore... mais destiné cette fois-ci uniquement à son petit-fils bien aimé.

Les ruines du premier complexe de Muhammad Sultan sont toujours visibles et font face au mausolée en tant que tel.

Deux ans plus tard, Taragaï rendit l'âme à son tour alors qu'il se préparait à envahir le Sengaï et le Kaiyuan. C'est alors que le mausolée de Muhammad Sultan... devînt le sien. Néanmoins, ses vœux n'ont pas été complètement ignoré, Taragaï reposant comme réclamé aux pieds de son maître spirituel, le cheik de la Confrérie de Naqshband Mir Said-Bereke, tandis que le complexe funéraire abrite également son petit-fils.
Durant les décennies suivantes, d'autres taragaïdes rejoignirent leur aïeul au Gur Emir, tels Shah Rukh, Miran Shah et le grand Ulugh Beg. Ce dernier fit agrandir le mausolée, y ajoutant une grande porte à iwan et des pierres néphrites en jade rapportés de l'Altaï et du Liang.
Néanmoins, les pierres tombales visibles aux visiteurs ne sont que des cénotaphes : les véritables dépouilles reposent dans des cryptes inaccessibles, sous-terre.

Image
Porte principale du complexe rajoutée quelques décennies plus tard par Ulugh-Beg

A ce titre, une légende rapporte que Taragaï lança un avertissement peu avant sa mort : si par malheur, on osa sortir ses restes de son tombeau, l'Humanité serait victime d'une terrible malédiction.
Ce fut chose faite, par des archéologues bykoviens, la veille de la dernière guerre mondiale lébiro-britonne, au XXème siècle. Ses ossements furent ré-enterrés conformément au rite islamique quelques mois plus tard.

Image
Vue depuis l'extérieur

Le cœur du complexe est un monument octaédrique surmonté d'une sublime coupole dont le dôme s'élève à une hauteur de 32 mètres. Celle-ci est couverte de briques vernissées d'un bleu très vif, enrichi de rosettes de profondeur et de taches blanches. La lourde cannelure nervurée donne une expressivité incroyable à la coupole.
A l'intérieur, une salle spacieuse donnant une impression de grande hauteur, et luxueuse, aux enduits des murs peints et aux dalles d'onyx à peintures raffinées sur la base de ceux-ci. Au sommet, la corniche (moulures en surplomb pour le couronnement de l'édifice) est formée d'étincelants moqarnas en marbres (motifs ornementaux islamiques en forme de nids d'abeille).

Image
Vue depuis la cour intérieure

Référence architecturale majeure du monde islamique, voire au-delà, le Gour Emir est le précurseur des grandes œuvres [mogholes] (descendants directs des taragaïdes) de la Janubie septentrionale, dont le [Taj Mahal].
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » jeu. févr. 28, 2019 1:35 am

Sainte Mosquée Bleue du Mausolée d'Ali


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Mosquée bâti par les Taragaïdes en 1481 sur le mausolée d'Ali, dans le centre-ville de Khorramshahr, grande ville textile (capitale mondiale de la tapisserie) située au Nord-Est de la Ciskormalie (Centre du Karmalistan). L'ancien site religieux musulman bâti vers l'an Mil, toujours en l'honneur d'Ali, avait été rasé par Djaghataï en 1220 (anéantissement de l'empire Jarqori par les Syirs).
Ce sont les carreaux de faïence ornant les façades qui donnent à la mosquée cet étincelant bleu turquoise, rendant honneur à la sainteté du lieu.

Image

En effet, comme son nom l'indique, le mausolée abrite le tombeau d'Ali ibn Abu Talib, quatrième calife rashidun ("bien guidé") et gendre du Prophète. Selon la légende, sa dépouille fut transportée à dos de chameau du Marharb (Marquézie arabe) où il combattait pour l'islam, vers l'Est, jusqu'à l'épuisement mortel de l'animal. Il fallait alors l'éloigné le plus loin possible des vicissitudes de l'Ouest où la première fitna donna -hélas !- la victoire à la rébellion de Mu'awiya, calife qui représentait alors les intérêts de la féodalité (récupération de classe de la foi), contre les authentiques fidèles de la pureté égalitaire islamique (comme al-Ghifari).

Cet exode post-mortem n'est pas sans rappeler une série d'autres exils, tel la fuite des premiers syiro-qarlouks, les Sürgüngë (signifiant les "exilés" en vieux turcique), ou bien la déportation des opposants hellènes sous l'empire hellénistique thraco-arkadyrian dans la province la plus éloignée de l'époque (Karmalistan), et surtout, légendaire celle-ci, l'errance de Caïn sur les terres de Nod après le châtiment divin.

Signe de défiance à l'égard du traître Mu'awiya, Ali emporta à jamais dans son tombeau le mythique Zulfiqar, cimeterre à deux pointes le plus célèbre de l'islam, que lui avait légué son beau-père Mohammed.

Au printemps, les steppes fleuries alentours, recouvertes de tulipes sauvages à perte de vue, et survolées par des milliers de pigeons blancs, inspirent tous les poètes et les amoureux du pays.

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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » lun. mars 04, 2019 9:15 pm

Bibi Khonym masjidi
BIBI KHANOUM (TCHARDJOU)


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Elle compte parmi les plus grandes et belles mosquées du Monde. Elle inspire la vénération des musulmans et la fascination des visiteurs. Elle reflète la grandeur d'un empire déchu, le zénith de la puissance militaire et culturelle des peuples nomades islamisés. La mosquée Bibi Khanoum, ou Khonym.
En langue turcique qarlouke, son nom signifie "première princesse" : elle fut bâti -de son vivant- en l'honneur de l'épouse syire (mongole) de Taragaï, plus grand conquérant et bâtisseur de l'histoire du Karmalistan.

Techniquement, c'est la plus grande mosquée du Sharqoz (Marquézie orientale). Elle fut construite à la toute-fin de l'ère médiévale, entre 1399 et 1404, un an avant le décès du terrible conquérant. Contribuèrent à sa construction des milliers de travailleurs venus de tous les horizons ; dont cinq cents mineurs des carrières de pierres des monts du Kormal, de l'Ala-Tau et de l'Oltaï, et bien-sûr, deux cents tailleurs de pierre qualifiés. Parmi eux et chez les concepteurs, des centaines de maîtres-artisans turciques (locaux), persans, janubiens, ventéliens... raflés sur toutes les terres conquises, de Touranie, de Marquézie, de Janubie et de Ventélie. Pour le transport des pierres des mines (souvent éloignées de plusieurs centaines de kilomètres), on fit venir 99 éléphants d'Eashatri, alors conquis par Taragaï.

Si la beauté des cieux semble se refléter dans le bleu intense des coupoles, l'immense portail (pishtak) symbolise rien de moins que la Voie Lactée. Dans le sillage d'Afzal al-Biruni (et avant lui d'al-Khwârizmî), c'est en effet ici, au Karmalistan, qu'on trouve les plus grands astronomes de l'âge médiéval.

Les mosquées sont couronnées de coupoles qui, comme celle du Gour Émir et d'autres célèbres du pays, sont constituées de sublimes carreaux de céramiques bleues. Les majestueuses façades de celles-ci et de l'iwan, sont ornées de figures géométriques représentants des végétaux, des inscriptions épigraphiques souvent issues des versets du Coran, ainsi que de majoliques bleues.

Image
Le monumental pishtak (portail), l'un des plus grands iwan (arcs) au Monde.


Bibi Khanoum est en fait, en soi, un véritable complexe de structures et de cours reliées les unes aux autres par de multiples galeries à colonnes marbrées.
De ces dernières, on en dénombre pas moins de 480, pour une surface totale de 18 000 mètres carrés. Le gigantisme de la construction dépassait de loin le savoir-faire de l'époque. De ce fait, la détérioration n'attendit pas, et les premières destructions dans cette zone sismique apparurent dès le XVe siècle.
Cinq ensembles et leurs galeries subsistent encore aujourd'hui : le portail principal, la grande mosquée au fond de la cour (laquelle abrite le support en marbre du saint Coran), deux autres petites mosquées à coupoles, et un total de six minarets étêtés (en 1404, ils s’élevaient alors bien au-delà de 50 m !).

Le grand séisme de 1897 endommagea gravement la majeure partie des édifices du complexe. La restauration commença 70 ans plus tard, et se poursuit aujourd'hui encore.

Inutile de préciser qu'elle fait l'objet de nombreuses légendes.
La femme qui lui a donné son nom, illustre princesse mongole (syire) et épouse de Taragaï, est vénérée au Karmalistan non-seulement pour sa grande piété, mais aussi pour ses talents d'administratrice (Taragaï guerroyant...) et sa bienveillance sociale (sens de la justice, gardienne des arts...).

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Bibi Khanoum est la mosquée principale de Tchardjou, capitale culturelle du Karmalistan et 3ème ville du pays.
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » dim. mars 17, 2019 3:04 pm

Aq Saraï
AQ SARAÏ (SHAHAR-DALA)


Image


"Le Palais Blanc".
Aq (blanc) Saraï (palais) est un complexe monumental archéologique situé à Shahar-Dala, au Qarloukistan (Nord de la Trasnkormalie), dans la vallée de l'Iaxarte. Cette région est connue comme étant la terre natale de Taragaï, né dans un village des environs, Khodja-Ilgar.

Construit à la fin du XIVe siècle et au début du XVe, sous le règne de Taragaï, il s'agissait alors d'un immense palais.
Il est aujourd'hui en ruine. Les vestiges restants n'en demeurent pas moins impressionnants. Le portail de 44 mètres de hauteur, lequel a considérablement rétréci après les destructions, donne une idée des dimensions de la structure d'origine, cela alors que nous étions encore à l'ère médiévale. On estime en effet que lors de son inauguration, ce portail géant faisait le double de sa hauteur actuelle. La voûte, aujourd'hui effondrée, était l'une des plus grandes du monde.

Le portail était recouvert de carreaux de céramiques émaillés aux innombrables motifs blancs et bleus à mosaïques, sur lesquels on pouvait également lire des versets du Coran en écriture koufique (calligraphie arabo-marquézienne).
Le portail est sujet à controverse quant à son rôle : était-il l'entrée principale du complexe, ou l'iwan sur lequel Taragaï tenait ses audiences ?
On sait que s'y trouvait également une cour intérieure revêtue de dalles blanches sur plus de 150 mètres de large ("300 pas"), ceinturée d'arcades richement décorées, dont quatre iwans, et pourvu d'un magnifique bassin en son centre. Les galeries sur le pourtour du complexe, richement décorées, étaient sur deux niveaux, et menaient à des salles de conseil, de réception et de prière.

Les dimensions impressionnantes du complexe, surtout relativement à son époque, témoignent avant-tout de l'aspect politique de l'architecture taragaïde. Celle-ci s'explique en une inscription, encore visible : « Si tu doutes de notre pouvoir, regarde nos bâtiments ».
Ainsi, le déclin du Karmalistan lors des dernières siècles est symbolisé par celui de ses monuments... en pleine décrépitude.

Un projet de remise en valeur, voire de reconstruction du palais est en cours d'étude, mais le manque cruel de fonds nécessaires à la restauration d'un tel monument historique retardera le projet pour encore bien des années.

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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » mer. mars 20, 2019 7:44 pm

Shohizinda
SHAH-I-ZINDEH (TCHARDJOU)


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Le Shah-i-Zindeh est une nécropole située à Tchardjou, capitale culturelle des Qarlouks et troisième plus grande ville du Karmalistan. Son nom signifie "roi vivant".
Il s'agit d'un vaste complexe monumental concentrant plusieurs mausolées datant du XIe au XVe siècles. Celui-ci fut bâti progressivement, au fur et à mesure que s'enterrèrent d'illustres personnages locaux (notamment dans l'entourage de Taragaï et de ses successeurs). La nécropole atteindra son extension maximale sous Ulugh-Beg, successeur de Taragaï, qui l'agrandira.

C'est là que reposerait la dépouille du saint céphalophore Koussam Ibn Abbas, cousin du prophète Mohammed. D'où le choix du site (et son nom) pour d'autres tombes : on cherchait alors à recevoir sa bénédiction en s'y faisait enterrer.
En effet, Koussam, missionnaire musulman venu en Transkormalie prêcher sans arme en 676, fut massacré et décapité par les zoroastriens pendant qu'il priait. La légende raconte qu'il se releva, récupéra sa tête détachée du reste du corps, et s'en alla avec elle dans un puits pour rejoindre le paradis souterrain. A la fin des temps, il y ressortira vivant.
Dès 712, son "tombeau" devînt un lieu de pèlerinage pour les musulmans. D'autres mausolées islamiques furent bâtis jusqu'au XIIIe siècle, mais la quasi-totalité d'entre-eux furent rasés par Djaghataï lors des conquêtes syires de 1220. Seul celui de Koussam fut épargné, et subsiste encore aujourd'hui, bien qu'agrandi en 1335.

On y trouve de nombreux iwan à pishtak, et de belles façades, tous richement décorés de céramiques émaillées ou sculptées, avec inscriptions calligraphiques en arabe et en persan, ou bien encore des dessins floraux et géométriques traditionnels du Qarloukistan.
C'est au XIIIe siècle, et surtout au XIVe (date de leur sophistication), que nait la céramique glaçurée, ou « majolique », aux décors géométriques, floraux ou calligraphiques, réalisés au pinceau avant cuisson. Comme souvent en Qarloukistan, le bleu, couleur de deuil, prédomine.

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L'architecture commune de tous ces mausolées est un plan carré à tambour cylindrique, octogonal ou hexadécagonal, lequel est ouvert par un portique décoré (pishtak) et surmonté d'un dôme, lui-même pouvant être hémisphérique ou nervuré.

L'édifice central de la nécropole n'est autre que la mausolée du célèbre saint céphalophore. Situé en haut d'une colline, celui-ci est surmonté d'un immense dôme en terre cuite ciselée et vernissée, datant de 1334. C'est ici qu'on trouve le vieux minaret, seule structure pré-syire (XIe siècle) du complexe. Son portail affiche l'inscription : « Portes du paradis ouvertes au peuple ».

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Dôme du tombeau de Koussam Ibn Abbas.

Un autre chef d’œuvre est le mausolée de Shadi Mulk Aga, réalisé en 1372 sur ordre de la soeur de Taragaï, Turka Aga, en l'honneur et mémoire de sa fille. Son immense et sublime pishtak fut le fruit du travail des maîtres-artisans d'Akchatou Chams ad-Din et Zaïn ad-Din.
Un tombeau anonyme est même orné de "nœuds mongols" (syirs) rehaussés de feuilles d'or.
Celui de Tuman Aga, autre princesse taragaïde, porte l'inscription « Le tombeau est une porte que tout le monde franchit ».

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L'immense pishtak (portail à iwan) du mausolée de Shadi Mulk Aga.

A côté de ces sépultures de femmes, sont aussi honorés un compagnon de Taragaï : l'émir Burunduk, l'un de ses meilleurs guerriers : Tuglu Tekin, et le grand astronome Kadi Zade Rumi. Le Karmalistan est l'un des seuls pays ayant inhumé des savants, à l'âge médiéval, dans des cimetières de princes, de princesses et de rois...

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Iwan des mausolées Touman Aka, Khodja Ahmed, et Koutloug Aka.
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » lun. mars 25, 2019 5:56 pm

Tchorsu Bozor
CHORSU BAZAAR (ENOKHOBOD)


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Le Chorsu Bazaar (prononcez "Tchorsou Bazâr") est le grand marché traditionnel couvert d'Enokhobod, ville qarlouke de 2 millions d'habitants au Nord du pays. Constitué de plusieurs secteurs, son bâtiment principal s'étale à son tour sur plusieurs niveaux (dont souterrains), et couvert d'un grand dôme bleu d'un diamètre de 350 mètres. Il compte parmi les symboles de la ville.
Centre à commerce de détail, on y vend surtout des biens de première nécessité, notamment alimentaires : céréales et pain grillé circulaire (lepeshka), légumes, fruits frais et secs, viandes fraiches, épices..., mais également des tapis, vêtements traditionnels (comme les couvre-chefs duppis), des porcelaines décorées, jolis objets en céramiques, souvenirs pour touristes, ainsi que divers outils propres à la culture locale et armes blanches traditionnelles (cimeterres / kilij, poignards / kindjal...).

Les toits, souvent en forme de coupoles, permettent surtout de protéger de la chaleur marchands, visiteurs et produits.

Depuis la nuit des temps, dans la culture orientale, le bazar est le cœur d'une cité, son lieu le plus vivant en tant que centre de la vie publique, et le gagne pain de tous.
Les bazars établis à l'intersection de voies d'échanges, furent à la fois des relais et des lieux de distribution des produits locaux ou importés de la Route de la Soie. Mais on y fait pas qu'acheter ou vendre : ils sont également des lieux de restaurations et de discussions, où les habitants parlent de la vie courante et de l'actualité autour de choykhanas (café qarlouk) ou de thé vert, souvent en mangeant du pilaf (riz épicé de Janarqei, cuit avec de l'huile et des oignons), du shashlyk parfumé (viande grillée) et du shurpa (soupe). Les bazars sont aussi des lieux de spectacle où sont jouées des pièces de théâtre.

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Le Grand Dôme du Bazar d'Enokhobod.

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Intérieur.

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Porcelaine traditionnelle.

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Duppis : couvres-chefs typiques des Qarlouks.

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Souvenirs.

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Vente de fruits secs.
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » mar. mars 26, 2019 2:02 am

Photos : les costumes traditionnels ("folkloriques") chez les Qarlouks

Les costumes traditionnels tels que le duppi, le chapan et la khalat font partie intégrante de la culture du pays, au point qu'ils sont encore très courants aujourd'hui.
Pourtant, le Karmalistan n'est pas un parc zoologique. Ces vêtements ne sont pas portés sur commande pour faire plaisir aux touristes condescendants à sacs à main Vuitton et I-Phonix-32, en quête d'exotisme essentialisant [HRP : comme au Xinjiang, au grand malheur de la population ouïghoure].
Dans ce pays encore relativement enclavé et isolé (les touristes affluent où les hôtels peuvent les accueillir et où règne la sécurité, à savoir au Dahar), où l'or blanc (coton), la borderie et la tapisserie comptent parmi les piliers de l'économie locale, la population, généralement pauvre, s'habille avec ce qu'on produit sur place ; entre-autres parce qu'elle ne peut pas faire autrement. Et avec le temps, l'Histoire en a fait des marqueurs identitaires : comme les motifs des couvre-chefs qui indiquent généralement l'origine géographique du porteur. Les couleurs sont vives, les motifs nombreux et variés, en évolution constante au fil des années, impliquant "des dynamiques", [...] "un caractère mouvant des choses". C'est entre-autres aussi une manière de redonner un peu d'optimisme à une vie particulièrement dure.
Toutefois bien-sûr, l'habit ne fait pas le moine : ce n'est pas parce que ce "folklore" est spécifique au Karmalistan, que l'on peut en déduire une essence profonde réductrice et caricaturale sur ce peuple. A moins de considérer les costumes de mère-noël sexy, les strings fluorescents et les derniers modèles de godemichets électroniques en vente sur le marché de Cartagina comme du folklore occidental.

__________________________________

Le couvre-chef le plus célèbre est le duppi, ou tubeteika.

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Le tubeteika (ou duppi)

Le chapan est un vêtement traditionnel d'origine tojike, porté également (et réadapté) par les populations qarloukes.

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Un chapan qarlouk

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Un autre chapan qarlouk porté ici pour l'occasion par un homme d'affaire du Lébira. A moins que ce ne soit l'inverse.
L'occidental est ici à son tour "folklorisé" (non sans une forme d'autodérision... plutôt répandue au pays natal de Nasreddin Khodzha).


Le khalat est le manteau typique des Qarlouks et des Tojiks. Il se porte généralement avec une ceinture, nommée "turma".

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Femme drapée d'un khalat

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Femmes qarloukes en khalat tojik

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Danseurs à Tchardjou

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Femme à Akchataou

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Femme d'Enokhobod

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Mariés à Tchardjou
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » mer. mai 15, 2019 5:13 am

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Nassreddin


Nasreddin est un ouléma soufi, philosophe et voyageur médiéval turcique, natif de l'Estolie musulmane probablement au début du XIIIe siècle. Ce personnage est devenu mythique dans l'ensemble du monde musulman, par les nombreuses histoires et anecdotes, morales ou humoristiques, qui l'a dispensé aux populations au cours de son périple en Marquézie. Ces histoires ont dépassé les frontières spatiales et temporelles, ainsi que sa propre personne, pour marquer les générations arabes, turciques, syires et perses au cours des siècles, cela jusqu'à en être lui-même un sujet (il est soit conteur, soit à la fois conteur et acteur, soit sujet posthume de l'histoire). D'où la mystification du personnage et les zones d'ombre qui concernent sa vie et les histoires prodiguées.

Ces mini-contes, le plus souvent absurdes, sont différemment interprétables, mais révèlent en général un enseignement de principes moraux. A l'instar du cadre des productions d'Aristote dans la Poétique, elles se forment en trois actes. D'abord la présentation brève d'une situation initiale, généralement représentative de la vie quotidienne des populations auxquelles il (Nassreddin) ou bien elle (l'histoire posthume) s'adresse. Puis l'irruption d'un évènement perturbateur, tel que la confrontation de Nasreddin avec une autre personne, par exemple son épouse ou un villageois, ou bien avec lui-même, amenant à un déséquilibre. Enfin, la chute, généralement sous forme de résolution verbale prononcée par Nasreddin : parfois absurde, parfois ingénieuse, cette chute est toujours surprenante jusqu'à la sidération.
La trivialité du contexte renforce la pertinence de ses histoires, lesquelles s'adaptent au mode de vie des populations et à leurs préoccupations.

Reconnu et célébré dans maintes contrées de Marquézie jusqu'aux abords de la Janubie, de la Ventélie, de la Touranie, de la Natolique et de la Dytolie orientale, on lui a construit de nombreux cénotaphes et d'innombrables statues. On le représente le plus souvent sur dos d'âne, à l'envers.
Au Karmalistan, il est particulièrement apprécié et respecté comme philosophe, cela en raison de sa grande proximité avec le peuple, son caractère anti-élitiste. Son humilité et apparence bouffone dissimule en réalité une grande sagesse intérieure, tandis que l'absurdité des anecdotes délivrées n'ont d'égal que la richesse de l'enseignement qu'on en tire.

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Sa statue à Tchardjou, au Karmalistan.
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Re: L'âme du Karmalistan [culture]

Message par Vladimir Ivanov » jeu. mai 16, 2019 8:41 am

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Un jour un commerçant d’Aksehir vint trouver Nasreddin Hodja avec une lettre qui lui venait de Marquézie persane.
— « S’il te plaît, lis-moi cette lettre. »
Nasreddin Hoxha* prit la lettre, vit qu’elle était écrite en persan, et lui dit :
— « Cherche quelqu’un d’autre, je ne peux pas la lire. »
Le commerçant ne pouvait croire un instant que Nasreddin soit analphabète, lui dit :
— « Comment cela, tu ne peux pas la lire ! Il est impossible qu’un Hodja ne connaisse pas le persan ! N’as-tu pas honte de porter ce turban ? »
Alors Nasreddin retira son turban et le mit sur la tête du commerçant :
— « Si le miracle est dans le turban, tu peux la lire toi-même ! »
Et il s’en alla.


__________________________________________________________________
__________________________________________________________________

On demanda à Nasreddin Hodja :
— « Qui est le plus puissant ? Le roi ou le paysan ? »
— « Le paysan. »
— « Pourquoi ? »
— « Parce que si le paysan n’existait pas, le roi mourrait de faim. »


__________________________________________________________________
__________________________________________________________________

Un jour, l'épouse de Nasreddine dit à son mari :
- « La vie dans le village est devenue intolé­rable : la moitié des gens se rassasie en fruits sur des plateaux d'argent, pendant que l'autre moitié n'a pas de quoi manger.
Si toi, qui es respecté de tous, tu arrivais à les convaincre de partager leurs richesses, alors, tout le monde pourrait vivre heureux. »
- « Tu as absolument raison, femme, j'y vais de ce pas. »
Le Hoxha quitta sa maison et ne revint que le soir, complètement épuisé.
- « Alors ? l'interrogea sa femme. »
- « Alors, j'ai réussi à convaincre les pauvres ! »



[*enseignant musulman, désignation de Nasreddin]
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