Comprendre le Nihongo - Connaître le Nihongo

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Ramiro de Maeztu
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Comprendre le Nihongo - Connaître le Nihongo

Message par Ramiro de Maeztu » jeu. août 21, 2014 11:01 pm

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Quels sont les grands éléments qui configurent le Nihongo dans son identité, sa culture et ses traditions ? Quelles sont ses grandes manifestations artistiques ? Quelles sont les figures de proue de l'art levantin ? Comment vit-on au Nihongo ? A quoi ressemble l'Empire ? Quelles sont les grandes valeurs qui définissent le pays ?
Autant de questions qui appelleront des réponses thématiques et régulières, au travers de textes, d'images voire d'audiovisuel.



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Le torii du Sanctuaire d'Itsukushima est sans doute l'une des plus célèbres vues du Nihongo, et il s'agit de l'un des "trésors nationaux" de l'Empire
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"Qu'elle est seule la nation qui jadis fut si peuplée ! La nation dont l'empire s'étendait du Ponant au Levant !" (José de Espronceda, "À la patrie : élégie")

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Message par Ramiro de Maeztu » sam. août 23, 2014 1:08 am

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Un plan schématique de la capitale, Edo, orthographiée "Jedo" par un voyageur fiémançais du XVIIe siècle





La plupart des voyageurs, des géographes, des historiens ou des simples curieux sont toujours frappés de constater que, pour un pays traditionaliste, l'Empire du Nihongo est une nation singulièrement urbaine. Ainsi, environ 70% des habitants du pays vivent dans une ville, c'est-à-dire dans une commune d'au moins 5 001 habitants. Qui plus est, la plupart de ces villes sont regroupées au sein d'agglomérations tentaculaires commandées par une métropole de premier plan. Nara, la plus grande ville du pays, compte ainsi environ 10,5 millions d'habitants au sein de l'aire urbaine dont elle est le coeur, tandis que les agglomérations de Kamakura (6,2 millions d'habitants), Yamanashi (4,5 millions) ou Okayama (3 millions) sont tout aussi impressionnantes.

La raison en est à la fois simple et complexe. Fasciné depuis longtemps par les prouesses technologiques et la réussite économique de l'Occident (notamment de l'Alméra) - tout en étant profondément rétif à une occidentalisation culturelle ou politique -, le Nihongo constate, vers la moitié du XIXe siècle, que l'industrialisation a entraîné dans cette zone du monde un fort exode rural. Or, cet exode rural, très logiquement, ne peut que favoriser la croissance pantagruélique des principales aires urbaines. En comparaison, l'Empire ne dispose que d'une seule agglomération digne de ce nom, Nara, qui compte à l'époque 800 000 habitants, un chiffre déjà impressionnant pour cette date. La capitale, Edo, qui sert surtout à abriter les principaux bâtiments politiques et dont la construction remonte à deux siècles auparavant, ne dépasse pas les 150 000 habitants, en comptant large.
Des politiques de modernisation accélérée ont déjà été mises en place, sur l'instigation de conseillers ou d'ingénieurs venus du Numancia, de Rostovie, du Thorval et du Schlessien, à partir des années 1750. Toutefois, les résultats semblent trop faibles aux yeux des empereurs successifs et le processus semble particulièrement lent aux yeux de Kōmei, qui règne entre 1846 et 1867. Il décide alors, de façon indépendante et malgré les fortes récriminations de ces conseillers étrangers, d'entamer une politique brutale de concentration de la population et des activités économiques.

Toute la machinerie administrative impériale se met en branle, suivant comme un seul homme les nouvelles directives du "Fils du Ciel". L'autorité de ce dernier est telle que les habitants des campagnes obéissent massivement aux mesures édictées, qui visent notamment à faciliter (voire à forcer) l'installation de plusieurs millions de Levantins dans les principales villes du pays, qui se mettent alors à grossir. Dans les trois premières décennies, petits artisans mais aussi anciens paysans, mineurs, chasseurs ou bûcherons quittent leur hameau avec femme et enfants en quête d'une vie urbaine qu'on leur promet meilleure, mais ils s'entassent dans d'immenses banlieues construites à la hâte, à l'urbanisme anarchique et aux conditions précaires et insalubres. Plusieurs épidémies de choléra ravagent ces faubourgs et la dernière, qui se produit en 1869, manque de tuer le nouveau prince héritier, fils de l'empereur Mutsuhito. Ce dernier, conscient des graves erreurs de son père - qui a voulu aller trop vite et n'a pas prévu les conséquences fâcheuses de ses décisions -, sait aussi qu'il ne peut pas revenir en arrière. Il commence par tenter d'arrêter l'exode rural, mais les décrets pris en ce sens mettent plus de deux décennies à vraiment faire effet. Quelque peu découragé, il va toutefois lancer avec l'aide d'un ambitieux conseiller, Bunmei Ibuki, un vaste plan de réaménagement des agglomérations, nommé Décret de la Renaissance (復活の法令 - Fukkatsu no hōrei). Ce joli nom cache en réalité une série d'expropriations, destructions et reconstructions selon des normes rationalistes, provoquant une vague de mécontentement que seule l'apparition de l'empereur au sein des faubourgs de Nara, à l'hiver 1873, peut calmer.

A la mort de Mutsuhito, en 1912, presque toutes les agglomérations ont suivi ce plan de rationalisation radicale, qui a notamment permis l'installation de réseaux d'égout et d'adduction d'eau. L'électrification postérieure n'en sera que plus facile, même si le pays, qui ne dispose pas de ressources fossiles, connaît des problèmes récurrent de tension et d'alimentation du réseau. Mais ni Mutsuhito, ni son père n'ont pris conscience d'un autre grave problème causé par cet exode rural massif et incontrôlé. La population paysanne, qui a fini par être minoritaire dans le pays, n'a pu assurer l'autosuffisance alimentaire du pays, qui connaît depuis des crises de disette dans certaines zones, particulièrement à l'Est. Les plans de rationnement alimentaire engagés en 1986 ont pu résoudre partiellement le problème, mais le Nihongo cherche aujourd'hui à s'approvisionner à l'extérieur pour tenter de pallier ce fléau.

L'alphabétisation et la scolarisation massives pour un pays peu avancé sont la conséquence indirecte de cette urbanisation galopante des années 1850-1930, renforcée par une deuxième vague entre 1960 et 1990. Lorsque le décret qui rend obligatoire l'enseignement primaire est édicté en 1890 par Mutsuhito, le fait qu'une partie déjà considérable des Levantins habite en ville permet de mettre en place plus facilement une batterie de mesures coercitives et incitatives visant à ce que tous scolarisent leurs enfants au moins de six à douze ans. L'objectif n'est pas de créer des dizaines de millions d'ingénieurs ou de professeurs, mais de s'assurer que tous les enfants du Nihongo, ruraux ou urbains, pourront effectuer leur métier dans des conditions décentes. Or, même pour être paysan, il est nécessaire de savoir compter, de se former à certaines technologies (même rudimentaires) et de pouvoir tenir des registres. L'apprentissage des bases du calcul mental et des idéogrammes est alors jugée nécessaire. Les disparités entre les régions et les classes sociales restent toutefois fortes : plus d'un siècle après l'approbation de ce décret, les chiffres remarquables (98,5% d'alphabétisation et 95% de scolarisation) ne doivent pas occulter le fait que, dans les zones rurales, la scolarisation s'arrête presque toujours à douze ans et que les jeunes fils et filles de paysans, de bûcherons ou de mineurs ne maîtrisent que la base du vaste savoir que nombre d'urbains (appelés à être fonctionnaires, administrateurs ou ingénieurs) pourront acquérir. Conscient de ces inégalités face à la connaissance, l'empereur Seiwa compte mener une ambitieuse politique d'élévation du niveau général d'ici à trente ans.

Ce fort déséquilibre dans la répartition des Levantins sur leur territoire a eu une autre conséquence : l'explosion de l'artisanat, de plus en plus spécialisé, et de toute une batterie de services dans les vastes métropoles levantines. Les habitants du Nihongo considèrent depuis lors, en toute logique, que les métiers les plus valorisants sont ceux qui supposent une création artistique (d'où la prolifération de poètes, peintres, chanteurs, musiciens, prosateurs, essayistes, etc. dans les villes) ou artisanale. Or, une partie croissante des artisans demande aussi aux préfets et au Conseil de Sa Majesté impériale de nouveaux moyens techniques, économiques et énergétiques pour progresser, produire davantage, répondre à une hypothétique demande extérieure (qui ne manquera pas d'apparaître plus massivement avec l'ouverture diplomatique du pays) et se diversifier. Une tâche qui paraît démesurée mais à laquelle Sa Majesté compte bien s'atteler.
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"Qu'elle est seule la nation qui jadis fut si peuplée ! La nation dont l'empire s'étendait du Ponant au Levant !" (José de Espronceda, "À la patrie : élégie")

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Re: Comprendre le Nihongo - Connaître le Nihongo

Message par Ramiro de Maeztu » mer. août 27, 2014 6:40 pm

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Un samouraï en armure dans la préfecture d'Aomori - Il s'agit de l'une des plus vieilles photographies en couleur que l'on connaisse pour le Nihongo et elle est datée de 1932





Tous les voyageurs et observateurs occidentaux l'ont souligné à l'envi depuis des siècles : l'honneur est l'une des valeurs centrales, si ce n'est la valeur principale dans l'Empire du Nihongo. Liée à la fois au passé féodal du pays, aux grandes luttes entre l'empereur et les shoguns entre le XIIe et le XIXe siècle et, plus généralement, à une conception de la vie et du monde, la notion d'honneur est définie par le Dictionnaire impérial de la langue levantine comme le "principe moral d'action qui porte une personne à avoir une conduite conforme (quant à la probité, à la vertu, au courage) la norme sociale nationale et qui lui permette de jouir de l'estime d'autrui et de garder le droit à sa dignité morale". Cette définition quelque peu longue recèle deux points fondamentaux qui permettent d'expliquer le comportement des Levantins au quotidien et face à des événements exceptionnels de leur vie. En premier lieu, l'honneur ("名誉" - "meiyo") est toujours liée à la considération que les autres ont d'une personne donnée ; il n'existe donc d'honneur qu'au sein d'une société en particulier, avec son axiologie propre, et conserver son honneur est le meilleur moyen de bénéficier non seulement de l'acceptation de la société mais aussi de sa considération, voire de son admiration. Or, si le bien suprême recherché est l'admiration de la société - et non pas la productivité, l'inventivité ou l'originalité -, les individus auront tendance à délaisser les tâches productives, liées au commerce ou à l'industrie, pour être en adéquation parfaite avec les valeurs qui régissent ladite société. Ce rejet du travail de façon générale a longtemps pénalisé l'économie levantine, qui souffrait d'un retard réel sur les économies occidentales tout au long du XVIIIe et du XIXe siècle. C'est aussi pour lutter contre cette tendance naturelle à ce que les occidentalistes appellent "oisiveté" qu'à partir du règne de Kōmei (1846-1867), ceux qui incarnent la recherche de l'honneur par-dessus tout vont être peu à peu marginalisés à la fois du fait de l'urbanisation accélérée et programmée du pouvoir centrale (la notion d'honneur étant intimement liée à celles de nature et de campagne au Nihongo) et de la valorisation croissante de l'artisanat au sein des nouvelles métropoles.

Une première lutte entre honneur et efficacité ("効率" - "kōritsu") se dessine ici. Dans ce combat engagé vers la moitié du XIXe siècle, ce sont les occidentalistes, tenants de la notion d'efficacité (mais aussi de celle de productivité), qui semblent l'avoir emporté. Toutefois, aux yeux de tous les Levantins, quel que soit leur milieu socio-économique, l'honneur reste une valeur fondamentale et c'est pourquoi un Occidental sera toujours surpris de constater qu'un sujet de Sa Majesté impériale considère très vite perdre la face. Si l'affront qu'il estime avoir subi est léger, le Levantin choisira de battre en retraite aussi élégamment et discrètement que possible. S'il pense, au contraire, que l'affront qu'on lui a fait subir est trop important, il pourra aller jusqu'au suicide par éventration, avec un sabre ou un poignard - c'est ce que les Occidentaux appellent "harakiri" ("腹切り"), bien que ce terme soit considéré comme vulgaire au Nihongo et qu'on lui préfère celui de "seppuku" ("切腹"), qui signifie littéralement "coupure au ventre". Le Nihongo enregistre ainsi un taux de suicide étonnamment haut pour un pays pauvre (16,4‰ selon les données officielles de 2023). De fait, ce recours courant au suicide, intimement lié à l'idée que l'honneur est irrémédiablement perdu, est l'une des pierres d'achoppement majeure entre le Nihongo et l'Occident, puisque ce dernier est largement dominé par les religions abrahamiques, qui considèrent le suicide comme un péché (d'orgueil ou de désespoir) et en font à la fois un interdit absolu et un tabou.
Par ailleurs, ceux qui incarnent les formes les plus hautes d'honneur (dont les samouraïs, qui n'existent plus aujourd'hui au Nihongo qu'à titre patrimonial et anecdotique) restent largement craints et respectés, y compris par les citadins. Seule l'administration impériale et les couches les plus hautes de la société méprisent ouvertement cette caste de guerriers féodaux apparue vers le XIIe siècle. L'empereur, dans sa lutte pour l'absolutisme puis pour la modernisation du pays, a ainsi historiquement contribué à combattre puis à éradiquer de façon méthodique ces samouraïs qui prétendaient pourtant officiellement lutter pour lui. C'est l'un des grands paradoxes du combat séculaire entre Nara (puis Edo) et les différents shogunats : les seigneurs de guerre régionaux ne pouvaient critiquer ouvertement l'empereur, représentant sur Terre des divinités célestes, ni le combattre en tant que tel. Ils prétendaient alors le servir (et la défense du "mikado" était alors considérée comme le plus grand des honneurs) tout en combattant l'administration, le "mauvais gouvernement" ("悪政" - "akusei") qui retenait l'empereur "en otage" et lui faisait prendre de mauvaises décisions (ou les prenait à sa place et en son nom, tout en lui ôtant tout pouvoir réel). Cette attitude presque schizophrénique aboutira finalement à ce que les Occidentaux appellent la "rébellion de Satsuma" - nommée au Nihongo "Seinan Sensō" ("西南戦争"), c'est-à-dire "Guerre du Sud-Ouest" -, du nom du dernier grand clan féodal du pays. Une fois cette rébellion écrasée, en 1877, toute conception féodale du pays sera définitivement éradiquée, l'absolutisme impérial sera total, la modernisation du pays sera définitivement en route et l'honneur sera surtout une valeur testimoniale, une survivance des temps passés.

En second lieu, la définition de l'honneur telle que fournie par le Dictionnaire impérial de la langue levantine s'appuie sur un présupposé majeur : l'honneur, puisqu'il s'agit d'une notion sociale, implique une dimension publique. Tout un chacun connaissait, par exemple, l'identité des samouraïs de sa région, au moins pour les principaux. S'ils portaient un masque pour intimider l'ennemi, ces guerriers féodaux ne se cachaient cependant pas, ils étaient les garants de la "république" au sens étymologique de "chose publique". Chaque samouraï, selon les symboles traditionnels de son seigneur, sa propre identité et ses moyens, avait ainsi une armure particulière, en quelque sorte "personnalisée", de même que son sabre ("刀" - "katana"), son casque, son masque, etc. Toutefois, puisqu'ils devaient respecter un code d'honneur strict, les samouraïs offraient une vulnérabilité considérable que leurs ennemis intérieurs ont parfaitement su exploitée. Non seulement leur armement lourd les rendait généralement peu mobile et peu leste, mais il ne s'est guère modernisé entre le XIIe et le XIXe siècle, les féodaux refusant l'utilisation d'armes à distance et, a fortiori, d'armes à feu. Par ailleurs, ils ne pouvaient vouloir remporter le combat à tout prix ; un certain nombre de gestes et de méthodes d'attaque leur étaient formellement interdits (et les utiliser aurait supposé un déshonneur et un rejet social forts). Tirant parti de ces limites intrinsèques à l'art de la guerre levantin traditionnel, l'empereur, pour affirmer son pouvoir face aux shoguns, a eu recours à plusieurs reprises, à partir du XIVe siècle, à une nouvelle caste "paramilitaire", les fameux ninjas, totalement opposés aux samouraïs. Adeptes de l'anonymat, de la discrétion et de la furtivité, les ninjas (dont l'existence aujourd'hui est elle aussi patrimoniale) n'avaient aucune limite dans les méthodes à adopter du moment que leur mission était menée à bien. Cet affrontement quasi paradigmatique entre ninjas (souvent employés comme membres de commandos chargés de l'élimination d'un seigneur de guerre) et samouraïs a nourri une grande partie de l'art, de la littérature et de la psychologie collective des Levantins.
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