RP | La Santogne au jour le jour

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Sébaldie
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Hypothèse d’élections générales anticipées : sondage
Août 2040

Ce sondage teste l’hypothétique convocation d’élections anticipées.

Légende : Résultat du sondage (nombre de sièges estimés) // Rappel résultat 2039 en nombre de sièges obtenus en 2039) [Evolution en sièges]

Action Réformiste Santognaise (gouvernement sortant)
Anti-corruption | Réformisme | Légalisme | Sécuritarisme | Technocratie | Transhumanisme | Franc-maçonnerie
28.5 % (74 sièges) // 80 sièges [- 6] (prime majoritaire de 20 sièges comprise)

Rassemblement pour la liberté
Démocratie libérale | Capitalisme | Libertarianisme | Conservatisme fiscal
23 % (44 sièges) // 25 sièges [+ 19]

Ligue du Renouveau
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Xénophobie | Nationalisme de droite
10 % (20 sièges) // 22 sièges [- 12]

Parti populaire santognais
Conservatisme | Libéral-conservatisme | Démocratie chrétienne | Capitalisme | Conservatisme fiscal
7.50 % (14 sièges) // 36 sièges [- 22]

Mouvement social-démocrate
Social-démocratie | Social-libéralisme | Progressisme | Capitalisme vert
6 % (11 sièges) // 13 sièges [- 2]

Les Dégagistes
Démocratie directe | Convocation d’une Assemblée Constituante | Populisme | Anti-taxes | Attrape-tout | Anarchisme
5.5 % (9 sièges) // 13 sièges [- 4]

Parti Communiste santognais
Communisme | Marxisme-léninisme
5 % (9 sièges) // 0 siège [+ 9]

Fédération des Ecologistes
Ecologie politique | Ecologie profonde | Anti-productivisme | Collapsologie
5 % (9 sièges) // 11 sièges [- 2]

Alliance du pouvoir populaire
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Ecologie | Régionalisme | Nationalisme de gauche | Démocratie directe
5 % (9 sièges) // 0 siège [+ 9]


Seuil électoral : 5 %

Société pour la Vie et la Tradition
Ultra-conservatisme | Catholicisme traditionaliste | Royalisme
4 % (0 siège) // 0 siège [=]

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Sébaldie
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Elections générales anticipées d’octobre 2040 : sondage
Septembre 2040

Légende : Résultat du sondage (nombre de sièges estimés) // Rappel résultat 2039 en nombre de sièges obtenus en 2039) [Evolution en sièges]

Action Réformiste Santognaise (gouvernement sortant)
Anti-corruption | Réformisme | Légalisme | Sécuritarisme | Technocratie | Transhumanisme | Franc-maçonnerie
31.5 % (83 sièges) // 80 sièges [+ 3] (prime majoritaire de 20 sièges comprise)

Rassemblement pour la liberté
Démocratie libérale | Capitalisme | Libertarianisme | Conservatisme fiscal | Confédéralisme
25 % (49 sièges) // 25 sièges [+ 24]

Ligue du Renouveau
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Xénophobie | Nationalisme de droite
8.5 % (16 sièges) // 22 sièges [- 6]

Parti populaire santognais
Conservatisme | Libéral-conservatisme | Démocratie chrétienne | Capitalisme | Conservatisme fiscal
7 % (13 sièges) // 36 sièges [- 23]

Mouvement social-démocrate
Social-démocratie | Social-libéralisme | Progressisme | Capitalisme vert
6 % (11 sièges) // 13 sièges [- 2]

Parti Communiste santognais
Communisme | Marxisme-léninisme
5.5 % (10 sièges) // 0 siège [+ 10]

Fédération des Ecologistes
Ecologie politique | Ecologie profonde | Anti-productivisme | Anticapitalisme | Collapsologie | Véganisme
5 % (9 sièges) // 11 sièges [- 2]

Alliance du pouvoir populaire
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Ecologie | Régionalisme | Nationalisme de gauche | Démocratie directe
5 % (9 sièges) // 0 siège [+ 9]


Seuil électoral : 5 %
Les Dégagistes
Démocratie directe | Convocation d’une Assemblée Constituante | Populisme | Anti-taxes | Attrape-tout | Anarchisme
4.5 % (0 siège) // 13 sièges [- 13]

Société pour la Vie et la Tradition
Ultra-conservatisme | Catholicisme traditionaliste | Royalisme
2 % (0 siège) // 0 siège [=]

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Survivre aux envieux
Janvier 2041

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Dans une maison cossue d’Oradour-sur-Méguès, on attendait moins de Mamie Feliça qu’elle apprenne à ses têtes blondes – littéralement parlant – de petits-enfants à bien de se tenir qu’à se parer à l’éventualité probable d’une horde de prolos qui viendraient les attaquer. La paume de la main contre une planche à découper, elle répéta le même geste avec une rapidité sans égale : de son autre main, elle tenait un couteau très tranchant et s’amusa à les planter entre les doigts. L’erreur n’était pas admise et se payait au prix d’une belle entaille dans le meilleur des cas. En face d’elle, les enfants de son propre fils la regardèrent médusés. Anatole, l’aîné, Colin et Tristan, les jumeaux… tous voulaient être la fierté de leur grand-mère… Quant à Edmond, il avait encore l’âge de sucer son pouce, pas de le couper mais pour la matriarche, il n’y avait pas d’âge minimum pour apprendre et c’étaient par les blessures que se forgeaient le caractère.

Feliça avait connu les heures sombres de la Santogne, celles qui a plongé le pays dans la faillite, celles qui l’ont contrainte à se séparer de la maison secondaire familiale à un prix deux fois inférieur, celles qui l’ont incitée à construire un abri souterrain dans le jardin. Lorsque les prolos viendront répandre leur haine dans le quartier, toute la famille Capdebosq devra être prête pour riposter. Ce jeu du couteau n’était qu’un exercice parmi d’autres pour améliorer l’agilité et répondre aux coups par les coups. Les Capdebosq étaient même les seuls à pouvoir protéger leur demeure et ne devaient rien attendre de l’Etat : le gouvernement était à moitié communiste et n’hésitera pas à réquisitionner leurs biens. Fuir le pays reviendrait à leur abandonner la maison et contrairement aux foutaises libertariennes, même une agence de protection privée ne viendra pas sauver leurs miches lorsque viendra le Grand Soir et que la monnaie aujourd’hui en vigueur n’aura plus aucune utilité.

Le petit Edmond, 4 ans, pleurait à chaudes larmes après d’être blessé au doigt. Prévenante, Mamie le soigna, tout en lui dispensant une leçon de vie : « Pleurer ne te servira à rien face aux méchants. Mamie ne sera peut-être plus là pour te protéger. Alors, si tu sais tenir un couteau, tu sais aussi le planter. ». Feliça en avait la certitude : ce n’était plus qu’une question de temps avant que la Santogne se déchire de nouveau. Preuve s’il en était que l’entreprise Voïdex ne se contentait pas seulement de vendre des abris, mais qu’elle était parvenue par des campagnes marketing très agressives, à vendre de la peur et par là même occasion toute une philosophie de vie ou plutôt de survie.

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Wint’heure is commi(n)e (1)
6 février 2041 - Village de Cantebégude

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Quelle heure était-il ? Gautier Labbadie se posait encore cette question comme un réflexe pavlovien. Couché sur le sol, autour d’immondices et de feuilles de papier ratatinées en boules, il regarda sa montre mécanique qui affichait 12h11. Mais quelle importance finalement ? Elle était complètement déréglée et sa nouvelle vie n’exigeait plus le juste-à-temps. Ancien ingénieur informatique pour Voïdex, le concepteur santognais d’abris souterrains, il s’était cloîtré au nord de la Santogne, dans une bourgade de 400 habitants du nom de Cantebégude, qui faisait les choux gras de la presse pour être le village de centenaires. Lui avait emménagé ici il y a treize mois et ne comptait pas y faire de vieux os, carburant aux liqueurs locales. Il se leva péniblement du plancher, la bouche pâteuse et plongea sa tête dans l’évier avant d’ouvrir le robinet d’eau glaciale. S’il était une épave, c’est parce qu’il avait perdu le gouvernail de sa vie. En 2039, alors qu’il jouissait d’une situation confortable à Forcastel, le travail lui est de plus en plus pénible. Cette migraine empirait de semaine en semaine et toute la lumière des néons l’agresse violemment. Premier diagnostic : Migraine ophtalmologique. Quinze jours de repos. La situation ne s’améliorera pas pour autant. Tel un animal blessé, il devint irritable, jusqu’à en pleurer. Second diagnostic : burn-out. « Les beurres na-outes, c’est que pour les gonzesses. » se disait ce célibataire endurci qui l’était par choix - mais pas le sien – un peu goujat et désormais contraint au télétravail, avec un salaire réduit de vingt-cinq pourcents.

C’est finalement lui-même qui dresse son propre diagnostic : il est atteint de sensibilité électromagnétique. Impossible pour lui de continuer à vivre à Forcastel et le voilà plus d’un an plus tard dans une vieille maison de Cantebégude. Le choix, qui n’était encore une fois pas le sien, était le sien : le village était encore une zone blanche malgré les promesses heureusement non tenues du gouvernement précédent de les abolir définitivement. Certes, il y avait encore un réseau électrique mais lui n’y était pas raccordé. À 36 ans, il était parmi les plus jeunes de la localité mais ses échanges avec ses compagnons étaient strictement limités à l’épicerie du coin qu’il dévalisait une fois par semaine. Boîtes de conserve, bouteilles, gaz, fuel, médicaments, vis, clous… Tout ce qu’il pouvait acheter, il l’emmagasinait dans son abri souterrain, non certifié Voïdex mais de très bonne facture, qu’il s’était conçu. Ce ne fut pas très évident de faire les travaux à la lueur d’une lampe à l’huile mais il y était quand même parvenu. De toute façon, il n’avait plus que ça à faire. Il lui était impossible de travailler, même en télétravail. Il avait bien essayé de se transformer en écrivain sur une vieille machine à écrire qu’il a récupérée gratuitement d’une ancienne propriétaire. Histoire d’écrire des romans à succès. Mais l’écriture, c’était définitivement pas son truc, il détestait ça.

Une fois sa tête rincée à l’eau froide, il regarda à travers la fenêtre de son humble demeure. Silencieusement mais rapidement, le village se couvrait d’un épais manteau blanc. Son voisin le plus proche n’avait pas de lumière allumée, synonyme que les chutes de neige s’étaient accompagnées d’une coupure de courant. C’est extrêmement courant ici, ça arrivait au moins une fois par mois et les habitants prenaient ça avec philosophie. En tant qu’ingénieur, il pourrait apporter son aide. Mais l’altruisme l’emmerdait. Il ne se doutait cependant pas du rôle qu’il sera amené à jouer à Cantebégude à partir de cette banale intempérie.

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Cantebégude sous son habituel manteau d’hiver

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Wint’heure is commi(n)e (2)
9 février 2041 - Village de Cantebégude

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Troisième jour sans électricité. À Cantebégude, certains foyers étaient déjà équipés d’un groupe électrogène. À raison, ils avaient anticipé qu’une panne puisse se reproduire. Dans un bruit assourdissant, les générateurs battaient de leur plein, recouvrant de suie la neige environnante, qui avait perdu de son blanc immaculé et de son aspect de carte postale. La solidarité s’organise, pour que les moins prévoyants puissent se retrouver au chaud, au moins pour la nuit. « C’est normal, on est voisins » se félicite Victor, jeune retraité un peu ventripotent, qui accueillera trois malheureux SEF, « sans électricité fixe ». Difficile de dire si c’est la jouissance d’apparaître comme un messie en de telles circonstances pour ces trois brebis égarées ou la perspective de pouvoir négocier à l’avenir le prêt de la belle tondeuse qu’ils possèdent qui faisait arborer à ce sexagénaire ce si grand sourire. Sans doute un peu des deux. On n’hésita pas à allumer la chaîne hi-fi pour égayer un peu le dîner. L’électricité allait revenir de toute évidence, on n’était pas à quelques litres d’essence près. Avant la tombée de la nuit, quelques hommes vaillants partirent avec leurs pelles déblayer un peu la route. Mais force est de constater que le chantier était titanesque sans engin motorisé. Il y avait bien le tracteur de Monsieur Millhaud mais il avait lui aussi des convives à régaler. Interdiction de gâcher l’essence pour un déblaiement qui sera effectué par l’Etat d’ici quelques jours. Les hommes retournèrent au village sans avoir suer sous le froid glacial.

Nombre d’habitants : 397
Nombre de Sans Electricité Fixe : 54
Vivres suffisantes pour une durée de : 22 jours

12 février 2041 - Village de Cantebégude

Image

« Nous n’avons pas besoin de l’Etat après tout ! » rassure Monsieur le maire, Maurice Corriveau, face à ses administrés de plus en plus inquiets, qui ne manquait pas une occasion pour se faire mousser et chanter les louanges du localisme et de l’autonomisme. Sus aux technocrates de Forcastel, Cantebégude allait leur montrer que la solidarité n’était pas un vain mot et qu’une communauté aussi soudée que celle de son village pouvait relever tous les défis. Ce discours politique était nécessaire pour mieux faire avaler la pilule aux plus récalcitrants. Ces derniers jours, le village avait été plus cigale que fourmi et avait tapé dans les réserves plus que de raison. Même constat hélas pour l’essence qui alimente les groupes électrogènes. En bon chef des troupes, amené à prendre des décisions radicales, le maire avait convoqué un conseil municipal extraordinaire et avait voté à l’unanimité la réquisition de tous les galons d’essence. Désormais, seule la salle communale sera chauffée. Les freezers et autres congélateurs devaient tous été débranchés. Un banquet avait ainsi été organisé avec les restes surgelés de chacun pour les quelques 400 convives. L’esprit était encore bon enfant : on s’autorisa encore la chaîne hi-fi pour cacher le bruit de l’imposant groupe électrogène de la salle. La salle sera ensuite reconvertie en dortoir. Mais pour l’heure, on mange avec bonne humeur, en se disant qu’on réélira notre bon maire qui pense tant à nous.

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Tout le monde n’était pas à la fête. Certains avaient refusé de se joindre au banquet commun. Gautier Labbadie regarda depuis l’extérieur cette agitation dans la salle communale et cette dilapidation des ressources avec un certain dédain. De toute façon, physiquement, il lui était impossible d’entrer dans une salle où une chaîne hifi crachait des ondes. Rodé aux techniques de survivalisme, il avait conscience que les bonnes volontés ne suffisaient pas dans ces situations qui exigeaient des décisions autrement plus difficiles à prendre que la réquisition de l’essence. Heureusement, il n’était pas le seul à se faire à l’évidence que l’Etat ne bougera pas ses fesses pour venir les sauver et que c’était sans doute mieux ainsi. C’était l’occasion rêvée de créer en Santogne une enclave sans onde. Au détour d’une rue, il rencontra cinq autres villageois. A qui il avait donné rendez-vous :

Gautier Labbadie :
« Venez, je vais vous montrer quelque chose… »

Nombre d’habitants : 397
Nombre de Sans Electricité Fixe : 0 (essence réquisitionnée)
Vivres suffisantes pour une durée de : 15 jours

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Wint’heure is commi(n)e (3)
15 février 2041 - Village de Cantebégude

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« Il arrive, il arrive ! ». Jeanne avait réveillé toute la communauté de Cantebégude venue regarder sur le petit écran, durant les deux seules heures où l’on pouvait se permettre de faire fonctionner la télévision, un nanar comme le cinéma santognais savait en produire dans les années 1990. À vrai dire, la commune ne s’était pas constituée une vidéothèque digne de ce nom et ce DVD traînait dans une salle annexe qui faisait selon les semaines office de salle de classe pour les douze enfants de moins de dix ans ou de salle de mariages. Mais la dernière fois que deux personnes se sont échangé des alliances à Cantebégude, c’était en 2035… et encore, il s’agissait un remariage entre deux personnes qui avaient divorcé un an plus tôt. L’hélicoptère ou plutôt les hélicoptères affrétés par l’Etat avaient accroché le ravitaillement nécessaire pour les 400 habitants pour une semaine, essentiellement des féculents et des bonbonnes d’eau... Impossible d’atterrir ici-bas, le terrain n’était nulle part stabilisé.

Loin de les considérer comme des sauveurs, Gautier Labbadie se tenait la tête. Un fonctionnaire faisait cracher le haut-parleur de l’hélicoptère pour demander s’il y avait des Cantebégudiens souhaitant la ville le temps que la situation revienne à la normale. À peine sept personnes répondent par la positive, les autres se faisant la réflexion que cette vie coupée du monde s’apparentait à des vacances et qu’en plus, l’Etat venait remplir le frigo. Ils pouvaient aborder le reste de l’hiver en toute quiétude !

Nombre d’habitants : 390 (départ de 7 personnes)
Vivres suffisantes pour une durée de : 21 jours (ravitaillement)

18 février 2041 - Village de Cantebégude

Douzième jour sans électricité. Gautier ne s’était jamais senti aussi heureux et avait pour la fois depuis un an dormi plus de six heures. Au village, la vie économique était drastiquement ralentie mais continuait son cours, à la seule exception qu’au lieu de se payer en pistoles, on se payait en sucre, en boissons alcoolisées et autres shampooings ultra-doux. On se disait partout que c’était un mal pour un bien, que l’argent avait perverti les hommes et qu’on pourrait vivre comme ça jusqu’à ses 120 bougies, que c’était grâce à ça que Cantebégude était « le village des centenaires » de la Santogne. Quelques petits plaisirs de la vie manquaient toutefois… comme le chocolat ! « Je mangerai mon chat contre une tablette de chocolat ! » s’enthousiasme Jeanne, à qui on demanda pour la trente-deuxième fois d’arrêter de parler de nourriture durant la partie de cartes. Gautier, qui était assis dans un coin dans la salle commune, écouta les complaintes de la femme, qui était à mille lieues d’imaginer que l’ancien ingénieur en avait cinq kilogrammes. Ils n’étaient qu’une dizaine à le savoir, des Cantebégudiens triés sur le volet pour leur résistance psychologique et chacun pouvait recevoir un carré par jour en échange de leur fidélité. Gautier était devenu le maître des horloges. Leur foutu maire pouvait-il se vanter d’un tel palmarès ?

Image


« Je sais où je peux en trouver : à Sainte-Félicie, c’est à peine à kilomètres de là. » promit Bernat, le berger du village, que tous ici voyaient comme un sage du haut de ses 94 ans, encore capable de gravir les flancs de l’Argentône qu’il connaissait par cœur. En 2037, son portrait avait été dressé dans Sentinelles. Il se proposait d’aller au village voisin par un sentier assez difficile d’accès, qui avait déboussolé plus d’un randonneur d’été venu de Varaunes. « Mais je ne pourrai pas tout porter seul. J’aurais besoin d’un volontaire pour m’accompagner. ». Gautier n’hésita pas une seconde à se proposer : le trentenaire était à vrai dire l’un des plus jeunes de Cantebégude. « Je prends quelques vêtements chauds et je vous rejoins à la sortie du village ! » précisa-t-il.

Vingt minutes plus tard, le berger avec son bâton et son fidèle chien, qui toutefois commençait à se faire un peu vieux lui aussi, partirent en direction de l’ouest. Il fallait compter deux bonnes heures par beau temps comme aujourd’hui, le double s’il neigeait. La liste de courses comptait tous les produits difficiles à se procurer ailleurs que dans une épicerie. Bernat n’était pas de nature très bavard et dévalait les mètres avec une déconcertante facilité, ce qui n’était pas pour déplaire à Gautier. S’il voulait devenir le maître des horloges, il devait tuer le maître des lieux. Sans se douter de ce qui allait lui arriver, le berger traça sa route en tête, avec son chien tout aussi silencieux qui connaissait bien la route. Gautier, quelques mètres derrière, regarda s’il n’y avait personne dans les environs. Evidemment que non. Il plongea sa main dans la large poche de son manteau de laquelle il sortir un revolver, dont il désactiva la sécurité.

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Le petit « clic » de la sécurité alerta brièvement l’animal. Gautier s’avança à grandes enjambées vers sa future victime, qui malgré sa vigueur physique, commençait à être un peu dur de la feuille. Ils étaient maintenant à mi-parcours, loin du village. Gautier actionna son revolver et tira dans la jambe du berger, qui s’écroula dans la neige tachetée de sang. Le chien n’eut pas le temps d’aboyer que Gautier l’acheva d’une balle dans la tête. Sonné par la douleur, Bernat tenta en vain de se relever avec son bâton. Mais sans un mot, Gautier lui fit face et lui tira une balle dans le cœur, qui le tua sur le coup… Demain, le village s’éveillera avec un seul maître.

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Bernat (1947-2041)


Nombre d’habitants : 389
Vivres suffisantes pour une durée de : 17 jours

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Sébaldie
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Wint’heure is commi(n)e (4)
18 février 2041 - Village de Cantebégude

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Le corps inanimé de Bernat gisait sur le sol, non loin de celui du vieux chien de berger. Gautier poussa le cadavre de l’animal dans une crevasse, où il finira par être dévoré par quelques ours qui avaient colonisé cette partie de l’Argentône. Il se mit ensuite à genoux, enleva son sac de ses épaules et avec ses gants, commença à écarter la plaie béante du berger pour en extraire la balle. Nul ne devait se douter que c’était un meurtre et après vingt bonnes minutes, l’ingénieur qui n’avait aucune notion en chirurgie cardiaque, finit par trouver le bout de métal qui avait tué le vieil homme. Il avait dû s’y reprendre à plusieurs reprises, l’aspect était peu ragoûtant. Il se saisit ensuite d’un tissu pour improviser un garrot et panser la plaie. Officiellement, il avait tout fait pour le sauver après qu’il eût chuté sur un rocher saillant. Le chien, hélas, ne pouvait être sauvé… et ce n’était qu’un vieux chien après tout ! Mais le plus dur attendait désormais le survivaliste. Il fallait transporter le cadavre de quatre-vingts kilogrammes sur trois kilomètres. Il cacha son arme à feu dans un tronc d’arbre et son sac sous un rocher, qui seront l’un et l’autre récupéré en temps voulu.

À peine mort, le corps du berger commençait déjà à se rigidifier et les températures négatives y apportaient leur contribution. Gautier porta Bernat comme le sac qu’il avait déposé, les bras bleutés du berger servant de lanières et les pieds traînèrent dans la neige. Un très long périple attendait Gautier qui transpirait comme jamais. Lorsque la pente était descendante, il s’accordera cependant à pousser le corps et laisser la loi de la gravité faire son travail : ça donnera plus de crédit à la théorie de la chute ! Une traînée de sang précédait les deux hommes, qui finit par s’estomper au fur et à mesure que s’écoulèrent les sept litres de sang. Au bout de deux heures et demi, au crépuscule, il put apercevoir la seule lumière qui rayonnait encore dans l’enclave sans électricité de Cantébégude, celle de la salle commune où tout le monde l’attendait, sans doute plein de chocolats. Gautier eut droit à un comité d’accueil totalement estomaqué. Il déposa le corps avec bien plus de délicatesse qu’il n’en a eu lorsqu’il l’a fait dévaler la pente. S’écroulant de fatigue, que les villageois interprétèrent comme des pleurs. « Mon dieu ! Que s’est-il passé ?! ». Gautier entendait les cris d’effrois de ses voisins mais n’avait plus la lucidité pour y répondre. « Il est t-tombé sur un rocher saillant… J-J’ai fait de mon possible p-pour le sauver… ».

Nombre d’habitants : 389
Vivres suffisantes pour une durée de : 17 jours (personne n’aura la force de manger aujourd’hui)

21 février 2041 - Village de Cantebégude

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Un enterrement de fortune avait été organisé la veille. Un vieux diacre avait présidé la cérémonie. Cela faisait bien longtemps que Cantebégude n’avait plus de curé attitré, la crise des vocations avait conduit les clercs à préférer d’autres paroisses. Gautier raconta à peu près onze fois la même histoire : il était assailli de questions quant aux circonstances de la mort de Bernat. Celui-ci avait été placé dans un cercueil conçu avec des planches de bois difformes mais enterré au plus près de Jésus, qui a porté sa croix comme Gautier a porté le berger sur deux kilomètres. Certains osèrent la comparaison, nul ne doutait que l’ancien ingénieur ait pu avoir d’autres intentions que de la pure bienveillance. « Tu as fait ce que tu as pu… » : voilà ce qu’il entendait le plus auprès d’une communauté à qui il demanda pardon. « Malgré ce qui s’est passé, Bernat a de la chance d’être tombé sur toi. » osa un crédule. Toute la communauté était aux petits soins au chevet de Gautier, on lui proposa même une tartine de miel qui, si on s’amusait à lui donner une valeur financière par rapport à l’offre et à la demande actuelle pouvait bien valoir 120 pistoles. Bien sûr, en faisant abstraction du litre de miel qui était enfoui sur terre, dans l’abri de l’ancien ingénieur de Voïdex. « Non, c’est gentil, proposez-la à quelqu’un d’autre qui en a plus envie que moi. » déclina-t-il en toute modestie. Allongé dans un lit de la salle commune, jouissant du place de choix près de la chaudière, ce concert de compliments fut interrompu par la mélodie des hélices d’hélicoptère. Tout le monde l’avait oublié mais c’était le jour de la livraison par l’Etat de vivres pour tenir une semaine de plus. Il n’y avait cependant pas la même effervescence qu’il y a sept jours.

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Martin Dartigues, le Vice-Premier ministre charge de l’Intérieur


L’hélicoptère resta plus longtemps que la dernière fois dans les airs. Gautier guetta à travers la fenêtre et vit l’impensable : le ministre de l’Intérieur descendre avec un harnais de l’hélicoptère, accompagné d’un sbire avec une petite caméra. Deux policiers descendirent à leur tour de l’aéronef, qui repartit vers d’autres cieux. Des villageois l’accueillirent et après quelques minutes d’échange, l’un d’eux pointa son doigt vers la salle commune où Gautier restait allongé. Les policiers prirent les devants et une montée de tension envahit l’ancien ingénieur, qui était au bord de la syncope. Ça y est, ils étaient venus le rechercher ! Philippe, un des villageois avec lequel s’est entretenu le ministre, annonça la couleur : « Gautier, ils veulent te voir. Ils ont repéré des traces de sang là où vous étiez Bernat et toi. ». C’est bon, c’était cuit, ils savent tout, ils sont venus le coffrer. Arriveront-ils seulement à le menotter tant il tremblait des mains ? Il prit une grande inspiration et serra la main du ministre.

Martin Dartigues
Vice-Premier ministre de la Santogne chargé de l’Intérieur
Membre du Parti communiste santognais

« Vous êtes monsieur Abbadie ? Je regrette de venir en ces circonstances tragiques… »

La caméra de l’assistant du ministre envoyait des ondes qui affectèrent d’autant plus Gautier. Ce dernier regarda cependant les flics postés quelques mètres plus loin, ils n’avaient pas de menottes.

Gautier Labbadie
« C’est bien moi… Je suis désolé de vous recevoir comme ça, monsieur le ministre, je ne suis pas du tout dans mon assiette… »

Martin Dartigues
Vice-Premier ministre de la Santogne chargé de l’Intérieur
Membre du Parti communiste santognais

« Ne vous inquiétez pas. Le reste de la communauté de Cantebégude m’a raconté ce qui s’est passé… C’est terrible. Vous n’auriez rien pu faire mais si la Santogne avait que des hommes de votre morale, nous dominerions le monde. »

L’ingénieur comprit qu’il n’allait pas être arrêté aujourd’hui et laissa échapper un long soupir de soulagement…

Gautier Labbadie
« C’est trop d’honneur que vous me faites… J’ai surtout beaucoup de chance de faire partie d’un village où la solidarité et l’union font encore sens. »

Martin Dartigues
Vice-Premier ministre de la Santogne chargé de l’Intérieur
Membre du Parti communiste santognais

« Tout à fait ! C’est ce pour quoi je me bats depuis que j’ai l’âge de militer… Je vais aller à l’essentiel : je crains que la situation perdure à Cantebégude, de nouvelles intempéries sont à prévoir dans les prochains jours et nous préférons débloquer la voie lorsque les températures remonteront. Je suis impressionné par la capacité de Cantebégude à relever les obstacles et je pense que vous y êtes pour beaucoup… J’aimerais que vous soyez un peu le porte-parole du village, vous seriez l’interlocuteur unique de l’Etat, vous nous tiendrez au courant de tout ce qui passe ici. Nous vous équiperons d’un téléphone satellitaire pour faciliter les communications. »

Gautier Labbadie
« Ce serait avec grand honneur ! »

Un policier s’approcha de Gautier avec le parfait sésame. Le ministre, souriant, se leva de sa chaise mais avant de repartir, fit une dernière annonce bien moins réjouissante pour Gautier :

Martin Dartigues
Vice-Premier ministre de la Santogne chargé de l’Intérieur
Membre du Parti communiste santognais

« J’oubliais ! Je voulais vous prévenir que des enquêteurs devront revenir sur les lieux de l’accident du défunt. C’est la procédure classique, je préfère vous prévenir. »

Gautier s’immobilisa, bouche bée, en pensant à l’arme à feu qu’il avait laissée dans un tronc d’arbre. Visiblement mal à l’aise, il bégaya :

Gautier Labbadie
« J-Je… b… Je ne sais plus où e-e-exactement où ça s’est p-produit... »

Martin Dartigues
Vice-Premier ministre de la Santogne chargé de l’Intérieur
Membre du Parti communiste santognais

« Ne vous inquiétez pas, nous disposons d’un excellent réseau satellitaire et nous pourrons nous appuyer sur nos patrouilles en hélicoptères. Nous préférons le faire avant que les traces soient recouvertes par la prochaine tempête de neige. Mais si des informations vous reviennent, vous pouvez nous appeler. Bonne journée, monsieur Labbadie, c’était un honneur de vous rencontrer ! »

Nombre d’habitants : 389
Vivres suffisantes pour une durée de : 23 jours (ravitaillement)

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Sébaldie
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Re: RP | La Santogne au jour le jour

Message par Sébaldie »

Langues les plus maîtrisées en Santogne
Données 2041
Le tableau suivant donne des estimations des langues les plus maîtrisées par la population officiellement enregistrée en Santogne en 2041. Par langue maîtrisée, on entend une langue qui l’est suffisamment pour que le locuteur émette un avis et comprenne celui de son interlocuteur, tout du moins si l’objet de la conversation est familier (référence IRL : entre le niveau B1 et B2 du CECRL). Une même personne peut ainsi maîtriser une ou plusieurs langues.

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La Santogne, un Etat-nation imparfait
Malgré son statut de langue officielle, le gallique n’est pas maîtrisé de manière unanime, il reste près de 1 % de la population qui ne parvient pas à tenir une conversation de base dans cette langue. Ce sont quasi-exclusivement des étrangers installés sur le sol santognais faiblement diplômés, mais aussi plus rarement des personnes ayant la nationalité santognaise. Ces derniers sont pour la plupart des naturalisés à la suite d’un mariage mixte avec une personne santognaise, qui octroie de manière quasi-automatique la nationalité au conjoint étranger sans le soumettre à un test de compréhension de la langue gallique. Pour autant, malgré ces exceptions, la Santogne reste un Etat-nation, avec le monopole d’une seule langue.

Hispanique, euskal et hellène : les influences des voisins et des colonies
Des minorités hispaniques existent au sud de la Santogne, et même si l’hispanique peut être leur langue maternelle, ils maîtrisent presque aussi bien le gallique. La réciproque est presque aussi vraie : l’hispanique est facile à apprendre pour le Santognais gallophone, avec un score de 20, les échanges avec la Léontarie aidant. C’est moins véridique en revanche pour la langue euskale, moins accessible (score de 50), pourtant parlée par une minorité significative au sud de Rodessac. Ils sont néanmoins de plus en plus nombreux à tenter d’apprendre l’euskal, pour s’ouvrir des opportunités avec le Txile. L’hellène est quant à lui en recul, devant la perte de l’influence réciproque entre la Santogne et le Royaume des Ménechmes, malgré le statut de ce dernier de protectorat militaire.

Anglais et slézan : l’influence de la Communauté des Nations Dytoliennes
Relativement accessible pour un gallophone (score de 34), l’anglais est maîtrisé par une majorité de Santognais, sous l’influence des Îles Lorthon mais aussi des grandes puissances économiques comme le Commonwealth ou le Caeturia. C’est nettement moins le cas pour le slézan, dont la complexité amène seulement moins de 8 % de la population santognaise à le maîtriser, en dépit des efforts de la Slézanie pour la démocratiser.

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